Charente-Maritime
Les voleurs de vélos et de motoculteurs avaient sévi en Maine-et-Loire, Vendée et dans le Grand Ouest

Quatre Roumains ont été condamnés ce jeudi 29 janvier 2026 en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Nantes (Loire-Atlantique) après une série de trente-huit cambriolages commis dans des magasins de motoculture et de vélos, de Dompierre-sur-Mer (Charente-Maritime) à Vire-Normandie (Calvados) en passant par Pornic (Loire-Atlantique), La Roche-sur-Yon (Vendée), Redon (Ille-et-Vilaine) et Sainte-Marie-Eglise (Manche).
Ce « Dossier Motoculture », comme le surnommait le parquet de Nantes, avait été renvoyé le 28 novembre 2025 « compte tenu de sa taille, du nombre de parties civiles et des préjudices très importants », avait justifié la présidente, en présence de l’ancien coureur cycliste professionnel Jérôme Pineau, dont le magasin 3 For Bike de Pornic (Loire-Atlantique) avait été cambriolé. Ce dossier comportait en effet « 3.700 cotes », avait confirmé Me Franck-Olivier Ardouin, avocat de deux des quatre prévenus.
Florin XXX (36 ans), Florin Ion XXX (23 ans), Alin XXX (29 ans) et son frère cadet Ionut XXX (26 ans) étaient soupçonnés d’avoir causé « 566.000 € de préjudices » à leurs victimes. L’enquête avait démarré le 26 septembre 2025 après des « vols récurrents » dans les magasins de motoculture du « Nord-Ouest de la France » : les gendarmes avaient repéré leur « mode opératoire », qui était « toujours le même ». Des « débroussailleuses », des « nettoyeurs haute pression » et des « vélos de grande valeur » étaient dérobés.
Les « deux véhicules » qui seraient à leurs « périples » nocturnes avaient alors été « géolocalisés » puis « suivis » par les gendarmes « jusqu’à leur retour au camp de gens du voyage » de Rezé (Loire-Atlantique). Tous « travaillent en bande » ou « en équipe », avec « des itinéraires bien particuliers » comprenant « des repérages » en amont. La BMW Série 7 d’Alin XXX, une « belle voiture », a d’ailleurs « servi » à cela, avait commenté la présidente du tribunal correctionnel de Nantes.
« S’IL N’Y AVAIT PAS LE SECOURS CATHOLIQUE, NOS ENFANTS SERAIENT MORTS DE FAIM »
La « grande question » que se posaient les juges tournait autour de la « filière d’écoulement » : une partie du butin partait sur « différents camps dès le lendemain » et « éventuellement en Roumanie ». Deux compatriotes des quatre Roumains auraient ainsi joué le rôle de « receleurs » des objets volés. La perquisition faite sur le camp où vit Florin Ion XXX a d’ailleurs été « positive » puisque « vingt-sept vélos » ont été retrouvés. Un fourgon Peugeot Boxer, qui contenait des outils « susceptibles de servir pour des cambriolages », a été saisi à cette occasion.
D’un point de vue socio-professionnel, les prévenus ont pour point commun d’avoir travaillé « dans le maraîchage » et d’être actuellement « sans emploi » ; le moins connu de la justice, Florin Ion XXX, a un casier judiciaire vierge et le plus connu, Florin XXX, dix. C’est pourtant le premier que le procureur de la République avait désigné comme leur « chef ».
« Il n’est le chef de rien du tout », avait répliqué l’avocat du jeune homme de 23 ans lors de cette première audience. « Les gendarmes avaient déjà identifié les prévenus mi-septembre… Ils auraient très bien pu les arrêter à cette date », avait aussi fait observer Me Samy Robert. « Mais ils se sont contentés de les regarder un peu des loin pendant des semaines et des semaines. »
Lors de leur procès ce jeudi 29 janvier 2026, les quatre prévenus ont répété qu’il n’y avait « pas de chef » parmi eux. « On a tous voulu y aller, on habite sur le même camp », ont-ils expliqué. « On a volé pour ramener de l’argent pour nourrir les enfants, par nécessité : s’il n’y avait pas le Secours catholique, ils seraient morts de faim. On ne fait pas ça par plaisir. »
« ON VA FAIRE TOUT NOTRE POSSIBLE POUR REMBOURSER »
« On sait qu’on a causé beaucoup de préjudices matériels à beaucoup de personnes, mais on va trouver un travail », avait promis l’un d’eux. « On sait que ce n’est pas possible de tout payer d’un coup, mais petit à petit on va faire tout notre possible pour rembourser. Les quatre voleurs ont confirmé par ailleurs que le matériel était « vendu » par la suite. « Il y avait d’autres gens qui venaient sur le camp pour vendre du champagne, donc on proposait ce qu’il y avait », ont-ils dit à la présidente du tribunal correctionnel de Nantes.
Le procureur de la République avait pour sa part rappelé que cette organisation « parfaitement bien rôdée » et « bien huilée » avait causé « un préjudice important pour les professionnels et la collectivité ». « Il ne faut pas se leurrer : ce que versent les assurances, ce n’est pas de l’argent sorti de nulle part », avait-il rappelé.
Il avait requis pour Florin XXX – dont le profil est « le plus ancré dans la délinquance » – cinq ans de prison ferme, quatre pour Ionut XXX et deux pour Alin XXX et le quatrième prévenu Florin Ion XXX. Les deux premiers ont finalement écopé de trois ans de prison ferme et les deux derniers de dix-huit mois de prison ferme. Ils seront tous bannis du territoire français pour trois ans, alors que le procureur avait requis une interdiction définitive du territoire français pour le premier, une autre de dix ans pour le deuxième et enfin une de cinq ans ans pour les deux autres. Le montant des dommages et intérêts sera arrêté lors d’une audience ultérieure, prévue le 2 juillet 2027.
Les malfaiteurs avaient précisément sévi en Pays de la Loire dans les magasins Presqu’île Motoculture à Saint-Molf, Terre de Cycle et Guérande Motoculture à Guérande, au garage automobile de Legé, à Blain et Saint-Gildas-des-Bois (Loire-Atlantique), mais aussi à La Roche-sur-Yon, au magasin Agri Motoculture Essartaise des Essarts-en-Bocage, au restaurant Le Brouhaha à La Ferrière, au magasin Motoculture Herminoise à Saint-Jean-d’Hermine et à la boutique Roland Vélo de Chantonnay (Vendée). Des faits leur avaient aussi été imputés à Saint-Pierre-des-Landes et Ernée (Mayenne), ainsi qu’aux Cycles des Mauges à Sèvremoine et au magasin Culture Vélo de Cholet (Maine-et-Loire).
En Bretagne, les cambrioleurs étaient passés chez Pontrieux Motoculture et au magasin Motoculture du Leff de Châtelaudren-Plouagat (Côtes-d’Armor), à Grand-Fougeray et Crevin (Ille-et-Vilaine) et enfin à Ploërmel, Muzillac et Theix-Noyalo (Morbihan). En Normandie, le magasin Doguet Motoculture à Sainte-Mère-Eglise, la pharmacie de Bourgvallées, les établissements Lebeurrier de Percy-en-Normandie et une autre à Saint-James (Manche) en ont été victimes, tout comme Jamotte Motoculture à Vire-Normandie et le Garage Normand de Sourdeval (Calvados). Des faits ont aussi été commis au restaurant O’Barjo de Dompierre-sur-Mer (Charente-Maritime), près de La Rochelle./KL et GF
