« C’est l’horreur, on est piqué de partout » : le moustique tigre envahit Angers et sa région, l’été vire au cauchemar
Depuis maintenant plusieurs semaines, le moustique tigre fait vivre l’enfer aux habitants d’Angers et sa région. La présence de l’insecte, apparue pour la première fois à Trélazé en 2017, s’est développée à une vitesse folle et pourrit la vie de ses habitants. Mais que faire pour lutter contre lui ?

Il suffit d’ouvrir une porte ou de s’installer quelques minutes sur une terrasse pour être assailli. Depuis plusieurs semaines, les témoignages se multiplient dans l’agglomération angevine et dans de nombreuses communes du Maine-et-Loire. Les habitants décrivent un quotidien devenu insupportable, rythmé par les piqûres, les répulsifs et l’impossibilité de profiter de leurs extérieurs.
Sur les réseaux sociaux, les habitants utilisent tous les mêmes mots : « invasion », « horreur », « enfer ». À Trélazé, qui a pourtant mis en place des pièges pour lutter contre le fléau, une habitante raconte qu’il est devenu « impossible de profiter du jardin ». Les spirales anti-moustiques permettent seulement de limiter leur présence, sans véritablement résoudre le problème.
Dans le secteur du CHU d’Angers, Morgane, une autre riveraine, explique que seuls les ventilateurs permettent encore de passer quelques moments en terrasse : « Les moustiques n’arrivent pas à voler dans le flux d’air. » Au sud d’Angers, une famille témoigne qu’il est désormais impossible de sortir dans le jardin sans revenir couverte de piqûres. « Une toute petite quantité d’eau stagnante suffit », rappelle-t-elle, convaincue que les insectes se développent désormais dans tout le voisinage.
À Saint-Barthélemy-d’Anjou, la situation est tout aussi préoccupante. Lucie, une mère de famille explique que ses enfants, très allergiques aux piqûres, voient parfois leurs jambes doubler de volume. À partir de la fin de journée, chaque ouverture de porte devient une source d’angoisse. « Je passe mon temps à chasser les moustiques pour éviter qu’ils montent dans les chambres », confie-t-elle. Même constat dans le quartier Lafayette à Angers, où Ludivine, une habitante, affirme devoir appliquer du répulsif quasiment en permanence pour éviter les piqûres.
Une expansion qui gagne de nouvelles communes
Cette prolifération n’est pas une simple impression. Selon l’agence régionale de santé (ARS), le moustique tigre poursuit sa progression dans le Maine-et-Loire et de nouvelles communes apparaissent désormais comme colonisées. La carte régionale de l’Agence régionale de santé montre que plusieurs secteurs de l’agglomération angevine sont désormais concernés, avec une extension continue vers les communes périphériques. Cette année encore, de nouveaux territoires rejoignent la liste des communes colonisées comme à Loire-Authion , preuve que l’espèce continue de s’installer durablement. « Les communes les plus touchées sont généralement celles où le moustique tigre s’est implanté le plus tôt dans la région. Il s’agit également de communes comportant de nombreuses zones pavillonnaires, particulièrement favorables à son développement, en raison de la présence de végétation et de gîtes larvaires dans les jardins », explique Théo Pineau, coordinateur de la lutte antivectorielle au sein du laboratoire Inovalys.
Pourquoi une telle explosion ?
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Les épisodes pluvieux de la fin de l’hiver et du printemps ont laissé de nombreuses zones d’eau stagnante où les larves peuvent se développer. Les fortes chaleurs accélèrent ensuite leur cycle de reproduction. Cette évolution prévisible, peut varier d’une année à l’autre en fonction des conditions météorologiques. « Les températures élevées favorisent le développement du moustique tigre en réchauffant les eaux stagnantes, ce qui accélère le cycle larvaire. Dans ces conditions, les larves peuvent se développer et devenir des moustiques adultes en seulement sept jours. Bien que très rares, les averses survenues à la fin du mois de juillet ont pu réalimenter en eau certains gîtes larvaires et conduire à de nouvelles émergences, contribuant ainsi aux nuisances signalées », détaille Théo Pineau.
Le moustique tigre n’a besoin que de quelques millilitres d’eau pour pondre : une soucoupe de pot de fleurs, un arrosoir, une gouttière bouchée ou un simple récipient oublié suffisent à produire des dizaines de moustiques en quelques jours.
Un enjeu sanitaire
Au-delà des nuisances, le moustique tigre est également surveillé pour sa capacité à transmettre certaines maladies comme la dengue, le chikungunya ou le virus Zika lorsqu’il pique une personne infectée puis une autre. En 2025, un cas importé de dengue avait conduit à une opération exceptionnelle de démoustication à Trélazé afin d’éviter tout risque de transmission locale. Cet épisode avait déjà suscité une forte inquiétude parmi les riverains.
Les collectivités rappellent que la lutte contre le moustique tigre repose en grande partie sur les habitants eux-mêmes. Supprimer toute eau stagnante autour des habitations reste aujourd’hui le moyen le plus efficace de limiter sa reproduction. Coupelles, récupérateurs d’eau non protégés, seaux, jouets laissés dehors ou gouttières obstruées sont autant de lieux où les femelles peuvent pondre.
« Dans le contexte actuel de sécheresse, les principaux gîtes larvaires observés se situent sous les plaques de regard des descentes de gouttières et dans les récupérateurs d’eau de pluie mal protégés ou mal fermés », ajoute le spécialiste angevin. Mais pour de nombreux Angevins, ces recommandations ne suffisent plus. « Même quand notre jardin est impeccable, les moustiques viennent des terrains voisins », résume un riverain.
Un sentiment partagé par de nombreux habitants de l’agglomération, qui redoutent que cette situation ne devienne désormais la norme de chaque été.
en partenariat avec REGIEPRO

