Orne

À Vimoutiers, l’étang du Vitou va être vidé pour raisons de sécurité publique

Publié

le

DR : À Vimoutiers, l’étang du Vitou va être vidé sur ordre du préfet en raison de graves non-conformités du barrage, une décision motivée par la sécurité publique mais contestée localement pour ses impacts environnementaux et hydrauliques

Le paysage du domaine du Lac, anciennement connu sous le nom de Vitou, est en train de changer à Vimoutiers. Jeudi 8 janvier, une pelleteuse de l’entreprise TTA, basée à Joué-du-Bois, est entrée en action pour lancer la vidange de l’étang, une opération décidée par les autorités au nom de la sécurité publique.

Une décision ordonnée par le préfet de l’Orne

Selon Actu.fr, dans un communiqué daté du 9 janvier, la préfecture de l’Orne précise que « le propriétaire privé de l’étang du Vitou, situé à Vimoutiers, procède à la vidange préventive de cette retenue d’eau ». Cette opération a été ordonnée par le préfet « pour prévenir tout risque pour les personnes et les biens situés en aval, en raison de la dégradation progressive du barrage et de l’absence d’entretien de l’ouvrage ».
Selon Geneviève Sanner, cheffe du service Eau et biodiversité à la Direction départementale des Territoires (DDT), le chantier doit conduire « à la vidange de l’étang d’ici à la fin du mois de janvier ».

Un barrage jugé non conforme et dégradé

Les services de l’État justifient cette intervention par des constats techniques répétés. Des inspections menées par la Dreal en mai et août 2022 ont mis en évidence « une dizaine de non-conformités réglementaires », explique Jean-François Noël, chargé de la sécurité des ouvrages hydrauliques à la Dreal.
Il alerte également sur un point majeur : « chose très préoccupante, l’organe de vidange, le moine, qui permet de juguler le niveau de l’eau en cas de crue, est hors service ». Une expertise complémentaire n’a pas permis de rassurer les autorités. « Elle sous-entend que l’ouvrage n’est plus étanche. Un ouvrage qui ne l’est plus, tombe, faisant courir le risque en cas de débordement, que la digue parte ».
Jean-François Noël évoque « un ouvrage hors de contrôle avec un volume d’eau, a priori, de 60 000 m³, plus un petit barrage en aval de 15 000 m³ ». En cas de rupture, « ce sont 75 000 m³ d’eau qui se dirigeraient vers Vimoutiers en moins de 5 minutes ».

Des mises en demeure restées sans suite

La vidange marque l’aboutissement de mises en demeure adressées par la préfecture depuis 2022 aux propriétaires du site, Pierre Chiche et Jean Audoye, détenteurs du domaine depuis 2008. La situation avait déjà été rendue publique en juin 2023. Jean Audoye étant décédé en juin 2025, la procédure concerne désormais sa succession.
« Il est de la responsabilité des propriétaires de procéder à la mise en sécurité et à la mise en conformité de leur plan d’eau », rappelle l’administration. Des investigations complémentaires avaient été demandées, mais « elles n’ont jamais été faites », selon la Dreal, qui souligne également l’absence de plan de récolement permettant de comprendre précisément le fonctionnement de l’ouvrage.

Un plan d’eau sans existence légale depuis 2002

Autre élément relevé par les services de l’État : l’étang n’a plus d’existence administrative légale. L’autorisation accordée en 1972 pour alimenter un enclos piscicole à partir du ruisseau du Vitou était limitée à trente ans, soit jusqu’en 2002. « Depuis, aucune demande ne nous a été faite », indique Geneviève Sanner, qui précise que les services accompagneront les propriétaires « sur leur futur projet en ayant l’objectif d’un étang différent, laissant le cours d’eau circuler ».

Des inquiétudes environnementales et locales

Une étude menée par la LPO Normandie en mai 2025 alerte sur les conséquences écologiques de la vidange, estimant qu’elle « impactera de manière permanente et irréversible les territoires de plusieurs espèces protégées ». L’écrevisse à pieds blancs, espèce menacée, a notamment été observée sur le site.
Sur ce point, Geneviève Sanner nuance : « pour la principale espèce, le Crapaud commun, il est prévu de laisser des zones en eau pour permettre à l’espèce de se reproduire ». Elle ajoute que « les écrevisses à pieds blancs sont liées quant à elles au cours d’eau. Vider l’étang ne remettra nullement en cause leur lieu de vie et de reproduction ». Les poissons seront capturés puis transférés vers « des lieux appropriés ».

Une opposition qui s’organise

Sur place, la décision suscite de vives réactions. Emmanuel Fouré, qui se présente comme le gardien du site, se dit « écœuré ». Il redoute que « ce sera la porte ouverte à des inondations de la ville » une fois que le ruisseau du Vitou aura retrouvé son cours libre, et s’inquiète de « l’impact sur l’écosystème qui s’est créé ».
Une pétition « pour sauver l’étang », à l’initiative de Margo Guérin, a été lancée en ligne sur le site www.mesopinions.com. Contacté sur l’avenir du domaine, Pierre Chiche n’a pas répondu aux sollicitations.

Cliquer pour commenter

Les + vus

Quitter la version mobile