Education
À Angers, la recherche s’invite en orbite avec la mission de Sophie Adenot
Professeur à l’Université d’Angers et praticien au CHU, Marc-Antoine Custaud participe à la mission spatiale εpsilon de l’astronaute française Sophie Adenot. Deux projets de recherche angevins seront menés à bord de la Station spatiale internationale pour mieux comprendre les effets de l’absence de gravité sur le cœur et les os.
Cinq ans après Thomas Pesquet, une nouvelle astronaute française s’apprête à rejoindre la Station spatiale internationale (ISS). Sophie Adenot, membre de l’Agence spatiale européenne (ESA), doit décoller de Floride jeudi au plus tôt pour cause de mauvaise météo – pour une mission de longue durée, estimée entre huit et neuf mois.
À bord de l’ISS, elle mènera plusieurs expériences scientifiques et médicales, dont deux coordonnées par un chercheur angevin, le Pr Marc-Antoine Custaud, spécialiste de physiologie et de médecine environnementale.
Deux projets de recherche portés depuis Angers
Professeur des universités en physiologie à l’Université d’Angers et praticien hospitalier au CHU, Marc-Antoine Custaud travaille depuis plus de vingt ans sur les effets de l’environnement spatial sur le corps humain. Ses recherches s’inscrivent au sein du laboratoire Mitovasc, dédié notamment aux fonctions cardiovasculaires.
« C’est l’aboutissement de toute une thématique de recherche que je poursuis depuis de nombreuses années, avec le soutien de l’Université d’Angers, du CHU, des collectivités et du Cnes », souligne le chercheur.
Lors de la mission εpsilon, deux programmes seront mis à contribution : PhysioTool, consacré à la régulation cardiovasculaire, et EchoBones, centré sur les troubles osseux.
Les effets de l’absence de gravité sur le cœur
Développé en partenariat avec le Centre national d’études spatiales (Cnes), PhysiTool prend la forme d’un boîtier compact et non invasif. Il permet d’enregistrer de nombreux paramètres physiologiques : activité cardiaque, pression artérielle, respiration, activité musculaire, perfusion cérébrale ou encore réponses neurosensorielles.
« Le vivant a évolué avec la gravité et la régulation cardiovasculaire est intimement liée à cette force », explique Marc-Antoine Custaud. « Quand on s’en affranchit, comme en microgravité, l’organisme se déconditionne très rapidement. »
Ces données permettront de mieux comprendre pourquoi les astronautes peuvent souffrir de malaises, de pertes de capacité à l’effort ou de risques de syncope au retour sur Terre. Des résultats qui intéressent aussi directement la médecine du quotidien.
« Ce que nous observons chez les astronautes ressemble beaucoup à ce que l’on voit chez les personnes très sédentaires ou alitées pour raison médicale », précise le chercheur.
Comprendre la fragilisation des os en apesanteur
Le second projet, EchoBones, s’attaque à un autre enjeu majeur des missions spatiales : la perte osseuse. En microgravité, les astronautes peuvent perdre jusqu’à 1 % de densité osseuse par mois, sans toujours récupérer totalement après leur retour.
L’objectif est de développer une technique d’échographie innovante permettant de « visualiser ce qui se passe dans l’os, de mesurer sa structure et d’observer le déplacement du sang ».
« On pensait jusqu’ici que l’os était inaccessible à l’échographie. Grâce à de nouvelles corrections mathématiques, on peut désormais observer la perfusion sanguine intra-osseuse », explique Marc-Antoine Custaud. Une avancée qui pourrait aider à comprendre pourquoi certains astronautes récupèrent mieux que d’autres.
Si l’échographe utilisé reste encore trop volumineux pour être embarqué dans l’ISS, des mesures seront réalisées avant et après le vol, avec l’objectif, à terme, de miniaturiser l’appareil.
Une recherche spatiale aux retombées bien terrestres
Au-delà de l’exploration spatiale, ces travaux ont des applications directes pour la santé publique : ostéoporose, troubles cardiovasculaires, sédentarité, arthrose ou encore maladies osseuses chroniques.
« La recherche spatiale agit comme un accélérateur. Elle nous permet de développer plus vite des outils qui seront ensuite utiles pour les patients sur Terre », souligne le professeur.
Une vitrine pour la recherche angevine
Pour l’Université d’Angers, cette participation à une mission spatiale internationale constitue également un signal fort.
« C’est une immense fierté de voir des travaux développés à Angers valorisés jusque dans l’espace », a souligné la vice-présidence de l’université lors de la présentation à la presse. « Cela montre à nos étudiants que la recherche menée ici est de très haut niveau et tournée vers le monde. »
À 400 kilomètres au-dessus de la Terre, les expériences de Sophie Adenot porteront ainsi la signature de la recherche angevine, confirmant qu’à Angers aussi, la science peut viser les étoiles.