Culture
A Angers, Un trésor resté dans un grenier familial vendu aux enchères.
Restés invisibles pendant plus de soixante-dix ans, quatre bustes inédits du sculpteur symboliste Jean Carriès refont surface à l’occasion d’une vente exceptionnelle organisée mercredi 25 février 2026 chez IVOIRE ANGERS (DELOYS), précédée d’une exposition publique le mardi 24 février.
Un trésor resté dans un grenier familial
La collection provient directement de la maison de Auguste Hurtaud, chef d’atelier et collaborateur essentiel de l’artiste. Les sculptures furent découvertes au début des années 1950 dans le grenier de sa demeure puis conservées par ses descendants à Bonnétable sans jamais être exposées ni proposées à la vente.
Cette provenance exceptionnelle éclaire l’histoire de l’atelier installé par Carriès au château de Montriveau, à Saint-Amand-en-Puisaye, région réputée pour sa tradition potière. Hurtaud participa activement aux recherches techniques de l’artiste, notamment dans la réalisation de ses grès émaillés.
Un artiste expérimental et visionnaire
À la croisée de la sculpture et de la céramique, Carriès transforme la perception du grès à la fin du XIXᵉ siècle : d’objet utilitaire, il devient matériau artistique majeur. Les bustes présentés — marginaux, visages tourmentés, figures inquiétantes — témoignent de son esthétique sombre mêlant naturalisme et symbolisme.
Trois pièces sont en grès émaillé aux glaçures brun-beige caractéristiques. L’une d’elles, Épave au bonnet (estimation 4 000 – 5 000 €), possède un équivalent en plâtre conservé au Petit Palais.
Le peintre Louise Catherine Breslau immortalisa d’ailleurs l’artiste dans son atelier entre 1886 et 1887, représentant ce même modèle dans un portrait aujourd’hui conservé dans ce musée parisien.
Un cercle artistique prestigieux
Le succès de Carriès fut confirmé en 1888 lors d’une exposition organisée dans le salon du couple Aline Ménard-Dorian et Paul-François Ménard-Dorian. Ce lieu républicain accueillait régulièrement Émile Zola, Alphonse Daudet, les Frères Goncourt ou encore Auguste Rodin.
Plus tard, la commande d’une porte monumentale par Winnaretta Singer poussa l’artiste à transformer son atelier en véritable chantier architectural. Un projet ambitieux qui épuisera ses forces et restera inachevé après sa mort prématurée à 39 ans.
Une apparition majeure sur le marché
Jamais vues ni commercialisées depuis leur création, ces quatre œuvres constituent un ensemble inédit pour l’histoire de la sculpture symboliste et du renouveau céramique français. Leur provenance directe et documentée renforce leur intérêt scientifique autant que patrimonial.
Pour les amateurs comme pour les institutions, la vente du 25 février s’annonce donc comme l’un des événements marquants de ce début d’année sur le marché de l’art.