Justice
Les trafiquants de cigarettes de Nantes et Angers ont été condamné après la saisie de cinq tonnes de cigarettes de contrebande d’une valeur de « 4 millions d’euros »
Les cinq hommes de Nantes (Loire-Atlantique) et Angers (Maine-et-Loire) qui avaient été interpellés en septembre 2025 après la saisie de cinq tonnes de cigarettes de contrebande d’une valeur de « 4 millions d’euros » ont été condamnés ce mercredi 11 février 2026 par le tribunal correctionnel de Nantes à de la prison ferme et surtout à une amende douanière avoisinant le million d’euros.
Entre 2021 et 2025, le réseau avait écoulé « plusieurs tonnes de tabac contrefait en Loire-Atlantique, Maine-et-Loire et Morbihan », en particulier sur les villes de Nantes, Carquefou, Rezé, Pont-Saint-Martin et Bouaye.
L’enquête avait débuté en octobre 2023, avec l’interpellation d’un livreur de l’entreprise DPD en possession de trois colis contenant 290 cartouches de cigarettes. Les douanes avaient aussi retrouvé 10.800 € en espèces et une arme de poing dans le véhicule de Khabiboul XXX. Cet habitant du quartier des Dervallières, à Nantes, faisait en fait des trajets « en Biélorussie, Belgique et Allemagne ». Sur le plan judiciaire, il avait déjà été condamné six fois, notamment pour de la vente de tabac à la sauvette.
Les investigations ultérieures permettront de retrouver 1.400 cartouches « dans un box à Carquefou », puis 2.800 autres de marque Marlboro « dans un garage ». Les surveillances, écoutes téléphoniques et géolocalisations dirigeront ensuite les enquêteurs vers un hangar à Rezé, loué sous un faux nom par Aslambek XXX pour son activité de garagiste. Des camions « immatriculés en Allemagne et Pologne » y avaient été vus en train de « décharger des marchandises », et lui-même avait fait des « transferts d’argent vers la Géorgie ».
UN TRAFIC « AUSSI RENTABLE » QUE CELUI DES STUPEFIANTS
Le 22 septembre 2025, une perquisition permettra d’y saisir « 25.600 cartouches, soit environ cinq tonnes de cigarettes ». Dans cette « organisation structurée », chacun avait « un rôle précis », selon le parquet, que ce soit à la « location du hangar », la « réception des palettes », le « transport vers d’autres villes », la « récupération des fonds » ou la « coordination logistique ».
Khabiboul XXX – arrivé en France en 2018 et dont le titre de séjour en France expire en août 2026 – aurait ainsi occupé « une place centrale » : officiellement « technicien dans la fibre optique », il « coordonnait les approvisionnements depuis l’étranger ». Son frère, Mayrbek XXX, avait lui « assuré des relais logistiques et des contacts locaux ».
Aslambek XXX, le mécanicien de 35 ans sans emploi stable qui avait » loué le hangar sous un faux nom » à Rezé, avait pour sa part « fourni un compte bancaire pour la location ». Adlan XXX aurait quant à lui participé aux « contacts avec les fournisseurs » et à la « récupération des fonds ». Quant à Oumalt XXX, le cinquième prévenu, il a été présenté comme « l’ouvrier du tabac » : il aurait « transporté à plusieurs reprises des cargaisons », notamment 700 cartouches saisies à Lorient (Morbihan) en mars 2025.
Cette entreprise « lucrative et organisée » a ainsi contribué à un « marché parallèle évalué à plusieurs milliards d’euros en France », rappelle la procureure de la République. Le trafic de cigarettes est en effet « aussi rentable que les stupéfiants », mais « avec des risques pénaux moindres » pour les malfaiteurs.
« UN DOSSIER À TROUS »
Lors de leur procès, les cinq prévenus ont pourtant nié toute implication dans ce trafic. Leurs avocats ont contesté « l’existence d’une organisation criminelle structurée » dans ce « dossier à trous » qui a été « construit par déduction » et qui aurait « mérité une instruction plus approfondie ».
L’avocat de Mayrbek XXX a plus particulièrement contesté la « hiérarchie pyramidale » décrite par les enquêteurs : les « liens » entre les prévenus relèvent aussi de « relations familiales et amicales ». L’avocate d’Oumalt XXX a elle souligné « l’attitude coopérative » de ce protagoniste « en bas de l’échelle », son « respect du contrôle judiciaire » et « l’absence de saisie de cigarettes à son domicile ».
Khabiboul XXX et Aslambek XXX ont finalement écopé de trois ans d’emprisonnement et d’un maintien en détention. Le premier a aussi vu révoqués six mois de prison initialement prononcés avec sursis lors d’une précédente condamnation. Son frère Mayrbek XXX a lui été condamné à un an de prison et un autre avec sursis probatoire.
Adlan XXX écope pour sa part de deux ans de prison ferme et d’un autre avec sursis probatoire, avec maintien en détention ; Oumalt XXX, « l’ouvrier » du réseau, est ressorti du Palais de justice de Nantes avec six mois de prison ferme à purger avec un bracelet électronique. Surtout, sur le plan financier, les cinq prévenus devront payer ensemble une amende douanière de 946.320 € ; le fabricant de cigarettes Philipp Morris touchera lui 1.000 € pour son « préjudice moral » et 5.000 € pour ses frais d’avocat./LR et GF