
À Poitiers, la série d’accidents sur l’avenue de Nantes, entre le 24 janvier et le 8 février 2026, a ravivé la colère des habitants du secteur. Lundi 16 février, une présence inhabituelle de la police municipale donnait pourtant à la circulation un air presque apaisé. Radar cinémomètre en main, cinq agents étaient positionnés aux deux extrémités de l’avenue. Objectif assumé : « On a une présence dissuasive, qui fait que les automobilistes lèvent le pied. »
Selon La Nouvelle République, à la demande de la municipalité, ce dispositif renforcé doit se poursuivre jusqu’au 22 février, le temps d’évaluer plus finement la situation sur cet axe passé entièrement à 30 km/h en 2023.
« L’accidentologie n’est plus un hasard »
Pour certains riverains, ces chocs successifs ne relèvent pas du simple concours de circonstances. L’administrateur du groupe WhatsApp Poitiers sans danger parle d’un problème structurel : « L’accidentologie n’est plus un hasard, mais la conséquence directe de l’absence d’aménagements physiques pour faire respecter la zone 30 ».
Créé en 2024, ce collectif informel rassemble aujourd’hui une douzaine d’habitants du quartier. Plusieurs pointent notamment la configuration du virage et l’effacement progressif du marquage au sol.
Interpellé au détour d’une rencontre fortuite, l’adjoint municipal Amir Mistrih a recueilli sur place les doléances. Un habitant lui résume la situation sans détour : « J’habite ici depuis trente-cinq ans et de jour comme de nuit, les gens roulent trop vite. » Et d’ajouter : « le marquage au sol dans le virage a été refait il y a cinq ans après la pétition [de 2019] et comme vous le voyez, il est quasiment invisible aujourd’hui, du coup les gens doublent n’importe comment ».
Un rapport de la police municipale pour « mieux comprendre la circulation »
Du côté de la Ville, on rappelle qu’aucun signalement particulier n’avait émergé jusque-là. « Depuis 2024, on n’a pas eu d’éléments ou d’alerte particulière qui nous permette de dire qu’il y a plus d’accidents sur l’avenue de Nantes qu’ailleurs », explique Amir Mistrih. La succession récente d’accidents a toutefois conduit la municipalité à commander un rapport de la police municipale afin de « mieux comprendre la circulation et les problématiques de l’avenue ».
Parmi les demandes portées par les riverains figure aussi l’installation d’un radar, fixe ou tronçon. La mairie indique avoir transmis la requête à la préfecture de la Vienne, sans retour à ce stade.
Marquages refaits, panneaux lumineux et stationnement revu
Sans attendre les conclusions complètes du diagnostic, la Ville annonce déjà plusieurs ajustements opérationnels, attendus d’ici la mi-mars. Le marquage au sol sera repris avant, dans et après le virage concerné. Deux panneaux à chevrons lumineux défilants seront installés, dont un pour remplacer un équipement endommagé lors d’un accident récent.
Un panneau lumineux « fantôme » viendra également rappeler alternativement la limitation à 30 km/h et la dangerosité du virage. En sortie de courbe, dans le sens descendant, trois places de stationnement disparaîtront, remplacées par des barrières anti-stationnement. Une mesure directement liée aux dégâts recensés par les habitants, qui évoquent « huit voitures stationnées défoncées » en l’espace de quinze jours.
Si ces ajustements ne suffisent pas, la municipalité n’exclut pas d’autres pistes, évoquant des « solutions alternatives » pouvant aller jusqu’à une modification plus profonde de la circulation, en concertation avec les riverains.