
Autour de la table, les visages restent concentrés, mais l’atmosphère a changé. La séance est présidée par le maire d’Angers et président d’Angers Loire Métropole, Christophe Béchu. À ses côtés, élus, techniciens et représentants de l’État suivent désormais des courbes orientées à la baisse.
Cyrille Lefeuvre, directeur de cabinet du préfet de Maine-et-Loire, est présent. En visioconférence, Gilles Piton, vice-président chargé des Routes au Département, participe aux échanges. La présidente du Conseil départemental, Florence Dabin, engagée sur d’autres dossiers, n’a pu être présente.
Mais ce sont les chiffres qui donnent le ton.
Des niveaux en baisse, des tendances inédites
« Les chiffres sont bons. Bons sur les niveaux, mais surtout bons sur les tendances », souligne Christophe Béchu.
La Maine est repassée sous les 6 mètres, marquant la sortie de la vigilance rouge au profit de l’orange. Ce matin, elle affichait 4,98 m. La Loire, à Montjean, est redescendue à 5,40 m.
Au-delà des seuils symboliques, c’est le rythme de décrue qui impressionne : environ un centimètre par heure actuellement, avec une accélération attendue entre jeudi et la nuit de vendredi à samedi. Sur certains points, jusqu’à 30 centimètres pourraient être perdus en seize heures. Une vitesse rarement observée lors des précédentes crues.
La décrue s’installe donc durablement, même si la vigilance reste de mise.
Le pont de Verdun rouvre aux piétons et aux cyclistes
Symbole fort de ce retour progressif à la normale : le Pont de Verdun a rouvert dès aujourd’hui aux piétons et aux cyclistes.
Après des inspections de surface menées notamment avec l’appui du Cerema, les premiers constats se veulent rassurants. Les circulations douces peuvent reprendre, offrant un soulagement aux habitants privés de cet axe stratégique depuis plusieurs jours.
Pour les véhicules, et en particulier les poids lourds, des expertises complémentaires sont encore nécessaires, notamment sous l’eau. La sécurité demeure la priorité absolue avant toute réouverture complète.
Pompages intensifs et réouvertures en chaîne
Dans la nuit, dès 23 heures, les équipes départementales ont engagé des opérations de pompage dans la tranchée couverte de la rocade. Le niveau baisse progressivement et l’objectif est clair : permettre une remise en circulation avant la reprise liée à la fin des vacances d’hiver.
À Angers, les rues rouvrent les unes après les autres. Sur des dizaines de voies déjà rendues à la circulation, un seul dégât significatif a été constaté, quai des Carmes, où un affaissement de chaussée lié à une canalisation rompue mobilise les équipes d’assainissement.
Les transports Irigo fonctionnent selon le plan de reprise. Toute la journée, les agents travaillent à la réinstallation d’armoires électriques sur les lignes B et C du tramway, dans les secteurs les plus bas de la ville, avec séchage des rails et vérification de l’alimentation.
Catastrophe naturelle : 77 communes reconnues
Autre étape importante : la reconnaissance accélérée de l’état de catastrophe naturelle pour 77 des 87 communes proposées.
Les habitants concernés disposent de trente jours pour déclarer leurs sinistres auprès de leurs assureurs. Une communication spécifique sera diffusée afin de rappeler les démarches à suivre et éviter toute perte de droits.
L’heure du nettoyage et de l’organisation
La décrue ouvre désormais le temps du nettoyage. Des bennes « tout-venant » sont installées dans les quartiers sinistrés, avec une vigilance particulière sur le tri, notamment pour l’électroménager qui fera l’objet de collectes spécifiques.
Les équipes municipales restent fortement mobilisées. La priorité départementale demeure la surveillance des ouvrages d’art et la sécurisation des axes structurants, tandis que les communes assurent le nettoyage de surface, avec l’appui des services d’assainissement pour les réseaux.
Un soulagement prudent
Si l’eau se retire rapidement, certains ouvrages fissurés restent sous surveillance quotidienne. L’éclairage public renforcé est maintenu par précaution. Quelques foyers demeurent privés d’électricité ou de gaz.
Mais le symbole est là : les ponts rouvrent, les rues réapparaissent, la ville respire à nouveau.
Après des jours d’inquiétude et de tension, Angers entre dans la phase du rétablissement. Et, pour la première fois depuis le début de la crue, l’horizon semble nettement se dégager.