
C’est un verdict qui fera date dans le paysage énergétique et environnemental de la Vienne. La justice a tranché en faveur de la biodiversité, annulant un projet de modernisation de parc éolien pour protéger une espèce d’oiseau en danger critique, comme le rapporte La Nouvelle République.
Le verdict de la Cour administrative d’appel
Saisie par la fédération Vienne environnement durable et l’association Sites et Monuments, la cour administrative d’appel a rendu son arrêt ce mardi 24 février 2026. Elle a officiellement annulé l’arrêté préfectoral de juin 2023 qui autorisait la société Sorégies à étendre et moderniser le parc éolien sur les communes de Champigny-en-Rochereau, Frozes et Villiers.
Le projet, baptisé « Rochereau I », prévoyait le remplacement d’anciennes éoliennes par quatre mâts géants culminant à 230 mètres de haut. Si l’objectif était d’augmenter la performance énergétique du site, l’impact visuel et écologique a finalement pesé plus lourd dans la balance judiciaire.
L’outarde canepetière, un enjeu de survie national
Au cœur de cette bataille juridique se trouve un petit oiseau migrateur : l’outarde canepetière. Le site prévu pour les éoliennes jouxte la zone de protection spéciale (ZPS) des « Plaines du Mirebalais et du Neuvillois », l’un des ultimes refuges de l’espèce dans le département. En France, la population de cet oiseau a subi une chute vertigineuse de 96 % en quarante ans.
Malgré l’engagement du promoteur Sorégies de créer 15 hectares de jachères pour compenser l’implantation, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et les magistrats ont jugé ces mesures dérisoires. La cour a souligné que : L’implantation se situait à seulement 180 mètres de la zone protégée. Les éoliennes créeraient un « effet d’effarouchement » perturbant la reproduction. Les experts recommandent normalement une zone d’exclusion de 2 km autour des nids.
Une annulation définitive sans retour en arrière
Contrairement à certains dossiers où le juge accorde un délai pour corriger des erreurs techniques, la cour a ici estimé qu’aucune régularisation n’était possible. Le risque pour la survie de l’outarde a été jugé trop « significatif » pour être compensé par de simples ajustements.
Le projet est donc enterré, et la société Sorégies a été condamnée à verser 1 500 euros aux associations pour leurs frais de justice. Ce jugement marque un coup d’arrêt important pour le développement éolien dans cette zone de la Vienne, rappelant que la transition énergétique ne peut se faire au détriment de la sauvegarde des espèces protégées.