
Après plus d’un mois et demi de mobilisation, le dialogue a finalement abouti. Ce lundi 2 mars 2026, la direction du CHU d’Angers et les Assistants de régulation médicale (ARM) du SAMU-Centre 15, représentés par le syndicat SUD Santé, ont signé un protocole d’accord mettant fin à la grève entamée le 22 janvier.
Un soulagement pour ces professionnels de l’ombre, en première ligne chaque fois qu’un habitant du Maine-et-Loire compose le 15. « On ne voulait pas bloquer le système, on voulait pouvoir continuer à bien faire notre travail », confie un membre de l’équipe. Depuis plusieurs mois, la hausse continue du nombre d’appels et les transformations profondes de l’organisation pesaient lourd sur le quotidien des ARM.
Après trois réunions de négociation et des échanges intensifs ces derniers jours, les sept revendications portées par les représentants du personnel ont trouvé une réponse. Les grévistes ont levé leur préavis.
Des effectifs au cœur de la crise
Derrière le mouvement, une question centrale : celle des moyens humains. En 2024, le Centre 15 a décroché 323 668 appels. Un chiffre qui donne la mesure de la pression quotidienne. Chaque appel doit être évalué, priorisé, orienté. À l’autre bout du fil, il y a souvent une urgence, parfois une vie en jeu.
Depuis 2022, les effectifs budgétisés d’ARM sont passés de 23,6 à 41,8 équivalents temps plein. Une progression importante sur le papier. Mais dans les faits, plusieurs postes restent vacants. Aujourd’hui encore, 4,30 ETP manquent à l’appel.
La direction s’est engagée à atteindre l’effectif cible de 41,8 ETP et à pourvoir tous les postes ouverts. Un engagement jugé indispensable par les équipes, qui dénonçaient un sous-effectif chronique.
Le problème dépasse cependant Angers. Partout en France, les centres hospitalo-universitaires peinent à recruter. Depuis le 1er janvier 2026, seuls les titulaires du diplôme délivré par les Centres de formation des assistants de régulation médicale (CFARM) peuvent exercer. Une avancée en matière de qualification, mais qui réduit mécaniquement le vivier.
Fin janvier, lors de ses vœux à la presse, la directrice générale du CHU d’Angers, Cécile Jaglin-Grimonprez, résumait la situation : « Le niveau de formation s’est considérablement renforcé ces dernières années. Au niveau national, nous faisons tous le constat qu’il n’y a pas suffisamment de professionnels formés. Nous n’arrivons pas à recruter. »
Les prochaines promotions diplômées, attendues en août, pourraient offrir un peu d’oxygène.
Attirer et fidéliser dans un contexte tendu
En attendant ces renforts, l’hôpital tente de jouer sur tous les leviers. L’objectif est clair : attirer, mais aussi garder les professionnels. Car former un ARM prend du temps, et l’expérience compte énormément dans la gestion des appels complexes.
Le CHU travaille à mieux faire connaître le métier, à diffuser davantage ses offres d’emploi et à renforcer son attractivité, y compris à l’échelle de la ville d’Angers. Des contrats d’allocations d’études pourront être proposés aux étudiants en formation, avec une aide financière mensuelle en échange d’un engagement à venir travailler ensuite à Angers.
Des passerelles internes sont également envisagées. Des aides-soignants des urgences adultes pourront exercer ponctuellement au Centre 15 et, s’ils le souhaitent, évoluer durablement vers le métier d’ARM après une formation adaptée. Des étudiants en médecine, à partir de la quatrième année, viendront aussi en renfort en soirée ou le week-end, lors des pics d’activité.
L’établissement prévoit par ailleurs de valoriser davantage les ARM qui assurent des fonctions de supervision ou de coordination, ainsi que d’adapter les possibilités de titularisation pour ceux qui remplissent les conditions d’accès au concours.
Une organisation revue pour souffler un peu
Le protocole ne se limite pas aux recrutements. En attendant que les effectifs soient complets, la direction et SUD Santé se sont accordés sur une réorganisation du travail au quotidien. Les missions seront revues pour permettre aux ARM de se concentrer davantage sur le décroché des appels, cœur de leur métier.
Un travail est également engagé sur les plannings et les remplacements afin d’améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Un point sensible pour des équipes soumises à des horaires décalés et à une forte charge mentale.
Un suivi des engagements est prévu dans les prochains mois. De quoi rassurer des salariés qui réclamaient des actes concrets.
Derrière le 15, des professionnels essentiels
Lorsque l’on compose le 15, on pense d’abord au médecin régulateur ou au SMUR qui arrivera peut-être sur place. On oublie souvent la première voix entendue : celle de l’ARM.
Au centre de régulation du SAMU 49, basé au CHU d’Angers, c’est lui qui décroche, pose les premières questions, évalue l’urgence et transmet les informations au médecin régulateur, qu’il soit urgentiste hospitalier ou généraliste. C’est aussi lui qui rassure, qui fait répéter une adresse, qui guide un proche dans les premiers gestes.
Ces derniers mois, l’activité s’est intensifiée. De plus en plus d’habitants appellent le 15 avant de se rendre aux urgences. À cela s’est ajouté, depuis novembre, le déport temporaire de la régulation de la Mayenne vers Angers. Le changement de système informatique, avec le déploiement du logiciel national SI-SAMU piloté par l’Agence du Numérique en Santé, a également bouleversé les habitudes de travail. Sans compter les épidémies hivernales et les grèves de médecins libéraux, qui ont provoqué un afflux d’appels en janvier.
Dans ce contexte, la grève se voulait un signal d’alerte plus qu’un bras de fer. Avec la signature de l’accord, le CHU d’Angers entend réaffirmer le rôle central des assistants de régulation médicale dans la sécurité et l’orientation des patients.
Pour les équipes du Centre 15, l’essentiel est ailleurs : « Ce qu’on veut, c’est pouvoir répondre correctement à chaque appel. Derrière, il y a toujours quelqu’un qui attend une aide. »