
Un avocat du barreau de Rennes (Ille-et-Vilaine) a mandaté un détective privé pour que sa mère, originaire d’Angers (Maine-et-Loire), puisse enfin retrouver la sienne fin janvier 2026 à Charleroi (Belgique).
La mère d’Arnaud Le Bourdais – inscrit au barreau de Rennes depuis le 2 janvier 2023 – a en fait été placée à l’âge de “deux jours” à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) par sa propre mère : Isabelle XXX a donc été élevée avec sa demi-sœur et ses deux frères au sein d’une famille d’accueil qui n’avait pas d’enfant.
Elle-même devenue à son tour “famille d’accueil” après avoir travaillé comme “cheffe de rayon” dans des grandes surfaces d’Angers (Maine-et-Loire) puis de Lorient (Morbihan), la mère de l’avocat rennais avait souhaité adopter l’un des enfants qu’elle accueillait.
Mais il lui fallait pour cela un extrait d’acte de naissance de sa mère biologique : elle s’était alors rendu compte que cette dernière était encore vivante… “Quand ma mère m’a annoncé ça au téléphone [en juillet 2025, ndlr], je me suis souvenu que, quatre ou cinq ans auparavant, elle m’avait parlé de l’idée d’engager un détective privé”, raconte Arnaud Le Bourdais. L’avocat de 32 ans commence alors tout simplement par “taper “Détective Rennes”” dans la barre de recherche de Google, sans le dire à sa mère.
MISSION ACCOMPLIE EN SEULEMENT DEUX SEMAINES
Le recours à un détective privé pour ce type de démarches est en effet légal en France, où l’on en compterait plus de 3.000. Ce professionnel obligatoirement agrémenté par le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) – rattaché au ministère de l’Intérieur – a pour mission de “recueillir, même sans faire état de sa qualité ni révéler l’objet de sa mission, des informations ou renseignements destinés à des tiers, en vue de la défense de leurs intérêts”, selon le code de la sécurité intérieure (CSI).
Son activité est cependant strictement encadrée : il doit notamment “éviter toute confusion avec un service public, notamment un service de police”. Il doit également respecter la vie privée des personnes concernées par son enquête.
“J’ai appelé le premier numéro de portable que j’ai vu, je voulais pouvoir parler directement à la personne”, se remémore Arnaud Le Bourdais, qui n’a pas eu d’inquiétude particulière au moment de se lancer dans cette démarche.
“En tant qu’avocat, on est déjà le réceptacle de beaucoup de choses”, explique-t-il. “Alors au moment de se confier à quelqu’un sur un pan de ma vie – qui n’est en plus pas forcément le mien – je ne me suis pas heurté à la pudeur”. D’ailleurs, le détective privé a su “tisser un lien de confiance”, note Arnaud Le Bourdais.
“J’AI DECOUVERT UNE MAMAN COMME TOUTES LES MAMANS”
Pour mener ses recherches, ce professionnel de l’investigation n’a eu besoin que de l’acte de naissance et du livret de famille. “Deux semaines plus tard, il avait localisé ma grand-mère en Belgique”, retrace l’avocat rennais.
A ce moment-là, Isabelle XXX ignore alors tout de la démarche entreprise par son fils. Or, impossible pour le détective privé de transmettre la moindre information personnelle sans son consentement… La mère d’Arnaud Le Bourdais se voit donc demander d’écrire une “lettre” à sa propre mère, pour formaliser son feu vert à cette démarche et pour que le détective puisse remettre la missive en mains propres.
“Lorsqu’elle a appris qu’on avait retrouvé sa mère, elle a fondu en larmes”, se rappelle Arnaud Le Bourdais. “C’était un choc énorme pour elle.” Dans sa lettre écrite “sans rancœur”, Isabelle XXX explique qu’elle n’en “voudra” jamais à sa mère et qu’elle ne lui “demandera jamais des comptes” car “le temps est passé”.
“Arnaud a osé faire ce que j’avais un peu peur de faire, même si je pense qu’au fond de moi, je voulais le faire”, estime Isabelle XXX, âgée aujourd’hui de 61 ans. Celle qui vit désormais à Caudan, près de Lorient (Morbihan), admet qu’elle s’est “un peu méfiée” au début, par “peur de découvrir quelque chose qui n’est pas bien derrière”.
DES RETROUVAILLES DANS UNE FRITERIE DE CHARLEROI
Mais “à travers mon histoire, mon métier, je me rends compte que la vie n’est pas simple”, philosophe la sexagénaire. “On ne peut pas savoir ce qui se passe dans la vie des gens… Si j’avais vécu en 1964 [son année de naissance, ndlr], qu’est-ce que j’aurais fait à la place de ma mère ?”
Le jour même où sa lettre arrive en Belgique, Isabelle XXX reçoit un appel… de sa petite sœur biologique, qui était restée vivre avec sa mère et qu’elle n’avait vu qu’une fois “vers 16 ou 17 ans”. C’est cette sœur, ancienne militaire, qui organisera la rencontre entre la grand-mère, la mère et le fils dans une friterie de Charleroi, fin janvier 2026.
“Pour ne pas troubler ma grand-mère, on lui a présenté ma mère comme une amie française de ma tante [l’ancienne militaire, ndlr]”, explique Arnaud Le Bourdais. Mais il est sûr que cette femme de 93 ans a “reconnu” sa fille biologique. “Elle l’a dévisagée extrêmement longtemps, puis elles se sont mises à parler de leur ville natale”, se souvient l’avocat. “Ma mère était troublée, émue.”
“J’ai découvert une maman comme toutes les mamans”, abonde Isabelle XXX. Depuis cette rencontre, la sexagénaire confie se sentir “apaisée” : cette amatrice de “voyages” a désormais “l’impression d’avoir arrêté de chercher”. Même si elle n’envisage pas de nouvelle rencontre avec sa mère pour “rester prudente”, elle “incite” les enfants dans sa situation à “chercher” leurs origines “dans un esprit de paix, pas de guerre”. “Je voulais juste voir quelqu’un qui me ressemble”, résume-t-elle. “Je pense que j’ai eu ce que je voulais.”/RB et GF