
Bis repetita. Un ex-réfugié politique soudanais, accusé d’un triple meurtre commis en juillet 2022 à Angers, sera jugé à partir de vendredi, cinq mois après un premier procès avorté à cause d’une erreur dans la procédure.
Al Khawad Al Zine Sulaymane comparaîtra devant la cour d’assises du Maine-et-Loire pour avoir tué à l’arme blanche trois jeunes hommes âgés de 16, 18 et 20 ans avec lesquels il avait eu une altercation quelques instants plus tôt.
“Il faut tout recommencer à zéro”, relève auprès de l’AFP Me Isabelle Oger-Ombredane, avocate de plusieurs parties civiles.
Témoins, experts et enquêteurs ont en effet déjà été entendus lors du premier procès en octobre dernier, renvoyé la veille du verdict à la demande de l’avocat de l’accusé, Me Charles-Alexis Garo, pour une erreur rarissime.
Le président Xavier Lenoir avait transmis la veille aux parties un document papier comprenant des questions ainsi que le nom de l’accusé suivi d’un verdict (réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans), fruit d’un mauvais “copié remplacé”.
“La déception de l’échec du premier (procès) a été telle” pour les parties civiles, qu’elles ont aujourd’hui “hâte” que ce procès advienne, afin de “pouvoir passer à autre chose”, souligne Me Oger-Ombredane.
Contactés par l’AFP, les deux avocats de l’accusé, Me Garo et Me Valérie Castel-Pagès, n’ont pas souhaité partager l’état d’esprit de leur client à l’approche de l’audience afin de préserver la “confidentialité” de leurs échanges.
Hormis des éléments de personnalité relatifs à la détention de l’accusé depuis octobre, peu d’éléments nouveaux sont à attendre des nouvelles audiences, explique Me Anne-Pascale Lamy-Rabu, avocate de plusieurs parties civiles, ni sur le déroulé des faits.
Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2022, sur l’esplanade Cœur de Maine, cet homme fortement alcoolisé importune des passants, et commence à agresser sexuellement des jeunes filles, leur touchant les fesses.
Plusieurs garçons prennent la défense des filles et une bagarre éclate, suscitant l’intervention de pompiers et policiers, sans interpellation.
Altération du discernement
Après le départ des secours, l’homme quitte les lieux en voiture et, environ une heure plus tard, revient avec un couteau de 20 cm dissimulé.
Il tue alors trois jeunes hommes qui avaient été mêlés plus tôt à l’altercation et en blesse trois autres, selon l’accusation.
A l’ouverture du premier procès le 3 octobre dernier, M. Al Zine Sulaymane, 36 ans, avait plaidé l’amnésie: “Je ne me souviens de rien du tout”, avait-il déclaré, se disant “vraiment désolé de ce qui s’est passé”.
Si sa culpabilité ne fait pas de doutes pour les deux avocates des parties civiles jointes par l’AFP, la peine pourra dépendre de la prise en compte par les jurés de l’expertise psychiatrique de l’accusé.
Deux médecins ont en effet décelé chez l’accusé un état de stress post-traumatique complexe d’intensité sévère, liés à des traumatismes graves, répétés, survenus dès l’enfance.
L’accusé est un Soudanais qui affirme avoir fui le domicile familial vers l’âge de 15 ans. Il dit avoir traversé la Libye et l’Italie et avoir échappé à plusieurs attaques terroristes pour arriver en France en 2016.
Le statut de réfugié, qu’il avait obtenu en avril 2018 avec une carte de séjour valable dix ans, lui a été retiré sept mois après les faits.
Son trouble, accentué par la prise d’alcool le soir du drame, a entraîné une altération de son discernement, selon les experts.
Ces morts tragiques avaient donné lieu à des dizaines de milliers de commentaires sur les réseaux sociaux et suscité diverses réactions politiques, dont celles de Marine Le Pen ou d’Éric Ciotti.
M. Al Zine Sulaymane, qui a deux mentions à son casier judiciaire pour conduite et violence en état d’ivresse, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.