« No Bassaran ! », 300 personnes se sont réunis à Brissac-Quincé pour dénoncer un projet de « méga bassine »

11/04/2026
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Suite à l’appel de la Confédération Paysanne, plus de 300 personnes ont arpentés les rues de Brissac Quincé pour protester contre un projet de mega bassine aux Alleuds / Crédit: Angers Info / Mathéo Durigneux

Reportage 300 personnes se sont réunies vers 10h à Brissac-Quincé pour protester contre un projet de méga-bassine situé aux Alleuds, commune déléguée de Brissac-Loire-Aubance. Organisé par la Confédération paysanne, le syndicat a très vite été rejoint par des collectifs citoyens, des associations et des syndicats du Maine et Loire.

Image rare. Des carottes et des poireaux déambulaient ce samedi 11 avril dans les rues de Brissac-Quincé. Autour d’elles gravitaient quelque 300 personnes venues dénoncer un projet de méga-bassines aux Alleuds, commune déléguée de Brissac-Loire-Aubance. Tous ont répondu présents à l’appel de la Confédération syndicale relayé par un bon nombre de syndicats et d’organisations du Maine-et-Loire.

“No Basaran !”

Dès 10h, une centaine de manifestants se réunissent devant le rond-point de la zone des Fontenelles à Brissac-Quincé. Une grande banderole jaune alerte « Ici, bientôt une méga-bassine ». La même qui avait déjà été utilisée le 5 mars dernier lorsque la Confédération paysanne était venue alerter la population de la commune concernée. Les rangs se garnissent, ils seront bientôt 300 à écouter les prises de parole des membres du syndicat agricole, de l’UD CGT 49, des Soulèvements de la terre. « Si nous ne nous opposons pas à sa mise en place, ce genre de procédé dépassé verra toujours le jour » déclare Benoît Sénéchal, membre de la Confédération paysanne 49. « Cette méga-bassine a un volume prévu de la taille de 120 piscines olympiques, mais ne servira qu’à une vingtaine de personnes. ».

Du haut de la remorque du tracteur dans lequel les prises de parole ont eu lieu, les intervenants annoncent la suite du programme. Le cortège se tourne vers la mairie de Brissac-Quincé, dirigé par deux salves de banderoles. Sur la première, il est possible de lire « Des sols vivants, de l’eau pour nos enfants. ».

Après un arrêt place du Général-de-Gaulle, le tracteur se dirige vers la mairie. Bloqué par le maire venu « s’occuper de la sécurité », le conducteur et ses passagers feront les quelques mètres qui les séparent du bâtiment à pied. Une fois devant le fronton, les poireaux et les carottes, qui jouaient jusqu’ici un rôle de figurants, se réunirent autour de la banderole « Ici, bientôt une méga-bassine ». Les prises de parole se succèdent à nouveau. « En tant que citoyens, il faut continuer d’alerter et de donner son avis » affirme Benoît Sénéchal.

L’opposition au nouveau maire de Brissac-Loire-Aubance a elle aussi apporté son plein soutien à la mobilisation, affirmant au passage qu’elle ferait bloc face à la construction de cette méga-bassine. « Pendant 6 ans, j’étais assis en tant qu’habitant aux conseils municipaux et j’ai vu la manière dont a été porté ce projet par un petit groupe de personnes. Certains élus n’étaient même pas au courant de son existence. » affirme Grégory Florance, tête de file de l’opposition. L’élu demande « Plus de transparence, et la fin des conflits d’intérêts » tout en s’appuyant sur l’article 2 de la charte de l’élu local.

De la solidarité et un soutient massif

Outre la Confédération paysanne, des collectifs citoyens, des organisations et des syndicats du département et même au-delà sont venus apporter leur soutien à la manifestation. « C’est hyper important d’être présent car l’eau est un bien commun qui est ici mis en danger. » explique Stéphanie Takacs, secrétaire générale de la CGT en Maine-et-Loire. « La politique de l’eau est importante à nos yeux, la captation de l’eau ne doit pas se faire pour quelques gros agriculteurs, qui plus est pour des ressources qui ne servent pas aux locaux. ».

Comme beaucoup, l’UD CGT 49 a appelé ses membres à se joindre à la manifestation d’aujourd’hui, dans une logique de continuité. « Quand on a appris l’existence de cette mobilisation, nous ne pouvions pas ne pas venir » poursuit-elle. À ses côtés, Jean-Marc Bozzani, du collectif environnement de l’UD CGT. Lui affine la proposition. « On sait que les agriculteurs sont acculés, mais à nos yeux ce n’est pas la solution que de stocker de l’eau à grande échelle pour mettre des pesticides et faire du maïs qui servira à l’exportation. Cela ne répond pas au besoin de la population, mais plutôt à celui de gros actionnaires » poursuit-il.

Partout dans le cortège de la manifestation flottent des drapeaux aux couleurs des organisations présentes sur place, parmi lesquelles on compte aussi Extinction Rebellion ou encore Greenpeace. Venue de Nantes, l’association La tête dans le sable est venue « donner son soutien » aux contestataires du projet de méga-bassine. « On est situés à 20 km au sud de Nantes, assis sur un énorme gâteau de sable qui fait saliver GSM » précise le représentant présent sur place. « Il y a de l’espoir. Nous avions réussi à faire plier Lafarge qui avait le même projet que GSM, qui a vu celui-ci être repoussé d’un an grâce à un gros effort collectif. ».

Un contexte tendu

Quelle est donc cette fameuse entreprise GSM ? Il s’agit d’une société du groupe allemand Heidelberg Materials, exploitant de la carrière de roche des Alleuds depuis 2002. Celle-ci compte pour l’instant 87 hectares, mais un projet d’extension de 77 hectares de terres déjà acquises par la société est actuellement en négociation. Une fois l’autorisation actée, le groupe compte artificialiser une partie des sols via des projets de méga-bassine d’une taille estimée à 350 000 m cubes et de panneaux agrivoltaïques. Tous les cinq ans, les sols exploités seront restitués en terres agricoles.

Selon la Confédération paysanne, ce projet de méga-bassine ne profiterait « qu’à une vingtaine de producteurs, principalement pour du maïs semence qui servirait à l’exportation. ». La question de la souveraineté de l’eau se pose aussi. « La politique de l’eau est importante à nos yeux, la captation de l’eau ne doit pas se faire pour quelques gros agriculteurs. C’est un bien commun qui doit être équitablement réparti. » précise Stéphanie Takacs. « Nous sommes pour des services publics de l’alimentaire » poursuit Jean-Marc Bozzani.

L’eau captée par les méga-bassines provient essentiellement des nappes phréatiques ou d’accompagnement (alimentant directement les cours d’eau). Celle des Alleuds est située à l’étage géologique du Cénomanien, à environ 40m de profondeur. Très large, elle couvre plusieurs communes aux alentours. « Des prélèvements dans cette nappe directement seraient très graves puisque son rechargement serait extrêmement lent. » explique Thibault Voyard, membre de la Confédération paysanne. « Elle possède des affleurements en surface. Quand on sait à quel point les réseaux d’eau sont connectés les uns aux autres, et que la carrière des Alleuds est très proche de cette nappe phréatique, cela pose question. ».

Il poursuit en alertant sur le fait que l’Aubance, le cours d’eau du secteur, est régulièrement en alerte rouge quant à sa sécheresse durant les périodes estivales. En juillet 2025, le préfet du Maine-et-Loire de l’époque, Philippe Chopin, avait appliqué des restrictions et placé l’Aubance en état d’alerte renforcée. « Des études d’impacts des prélèvements devraient prendre en compte l’intégralité des bassins de l’Aubance. » termine Thibault Voyard.

Le sujet des méga-bassines, déjà central dans le monde agricole, revient de plus en plus sur le devant de la scène. Le 8 avril dernier, la ministre de l’agriculture Annie Genevard déposait un projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole qui, selon elle, pourrait voir, via des dérogations préfectorales, plus de 90 projets de stockage d’eau (méga-bassines incluses) se débloquer.

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