
Annoncé en 2022, en construction depuis mars 2025, le nouveau parking silo du château d’Angers sera mis en service le lundi 27 avril prochain, malgré une forte opposition au projet. Situé entre la gare et le château d’Angers, son édification se fait dans la continuité des aménagements de la place Kennedy et de la future place de l’Académie.
Il avait suscité de vives critiques, le voilà désormais sur pied. Enclavé entre les rues de Quatrebarbes et Kellermann, le nouveau parking silo du château d’Angers est sorti de terre. Avec ses quelque 10 000 mètres carrés de surface, érigé sur un terrain de 2 600 mètres carrés, il se distingue par une certaine singularité. Et pour cause, si son objectif premier est d’accueillir des véhicules venus se stationner pour laisser leurs propriétaires profiter du centre-ville, il se réserve aussi le droit à une transformation en habitat. Un projet d’envergure, le premier de ce type sur Angers, qui ouvrira ses barrières le 27 avril prochain à 7h du matin.
À mis chemin entre le végétal, le béton et le schiste
« On ne sait pas s’il y aura autant de monde lundi à 7h qu’à l’expo sur Banksy, mais on l’espère. » s’amuse Michel Ballarini, directeur général d’Alter, maître d’ouvrage du projet. Lui qui quittera ses fonctions le 30 juin prochain savoure un des derniers grands projets auxquels il aura participé, « c’est un ouvrage élégant ».
Orné de toutes parts d’ailettes en béton bas carbone qui jouent un rôle à la fois esthétique mais aussi de ventilation naturelle, le parking pourra accueillir à son maximum quelque 300 voitures et 115 vélos. « C’est un projet simple, fonctionnel, urbain et qui a le luxe d’être visible du château. Il s’inscrit dans la continuité de ce qui va être fait place de l’Académie. » poursuit Michel Ballarini.
Autrefois, un bâtiment de la caserne des pompiers se trouvait sur place, mais cette époque est révolue. Le terrain a été mis à nu, permettant la récolte de 14,5 tonnes de matériaux qui ont été réemployés pour différents usages, dont celui de constituer en partie le nouveau parking.
« L’identité architecturale était évidente quand on voit la rue, et le bâtiment qui était sur place avant » explique Jérôme de Crozé, président de l’agence Frédéric Rolland & Associés qui a été retenue en décembre 2022 par Angers Loire Métropole pour chapeauter ce projet. « Au final, le parking s’insère parfaitement dans son environnement ».
Pour permettre un meilleur accès à celui-ci et fluidifier le trafic, une voie reliant la rue de Quatrebarbes et la rue Kellermann a été créée de toutes pièces. Elle possède son jumeau piéton de l’autre côté du parking, reconnaissable à sa végétalisation et à sa parure d’ardoise.
« Le plus grand défi de cet ouvrage c’était son insertion urbaine » avoue Michel Ballarini, qui se dit fier du résultat.
Côté prix, pas de baisse, mais pas d’envolée non plus par rapport aux prix habituels sur Angers. Le nouveau parking du château proposera des tarifs horaires à 2,50 € de l’heure avec 60 minutes offertes, et des abonnements pour les voitures. Rien ne changera non plus du côté des vélos, si ce n’est le nombre de places disponibles puisque ce nouveau bâtiment a la capacité d’accueil de deux-roues la plus élevée de la cité du roi René.
Le premier parking réversible de la ville d’Angers
« Il devait être réversible, c’était le point central de notre cahier des charges » continue-t-il. L’objectif caché de cet ouvrage, c’est de pouvoir abriter, si le besoin se pose, des logements. Il a donc été pensé ainsi, comme un élément malléable, capable de se transformer pour accueillir une cinquantaine d’habitations. « C’est une possibilité et pas une certitude. Les modes de déplacement peuvent changer, si ce parking devient obsolète, il aura au moins le droit à une deuxième vie » précise Michel Ballarini.
Pour ce faire, des poteaux en métal ont été dressés en plus de ceux en béton. Si ces derniers ne bougeront jamais, peu importe la configuration, ceux en métal peuvent disparaître et laisser place à une cour en U entourée de logements.
Une disposition que l’on retrouve sur les étages un, deux et trois. Le rez-de-chaussée restera quant à lui un parking, voué à accueillir les voitures des potentiels futurs locataires.
Cette versatilité a un coût, on parle d’environ un million d’euros inclus dans les 8,5 millions investis dans le projet. En résulte un bâtiment massif, en harmonie avec l’extérieur. Au deuxième étage, une ouverture nous laisse entrevoir la lumière, le soleil, et nous indique que l’étage du dessus n’est pas totalement fermé. Un bloc végétalisé en son centre, il abrite à ses deux extrémités des places de parking couvertes. Sur les toits des deux installations, on retrouve des panneaux photovoltaïques, reliés à l’infrastructure mais aussi au réseau de la ville. Les plantes présentes au centre de ce dernier étage sont quant à elles, arrosées grâce à un service de retenue d’eau de pluie en contrebas.
Une construction attendu, bien que contesté
Dans les petits papiers depuis 2020, la construction de ce parking silo n’a rien d’un hasard. Il s’inscrit dans la continuité de l’aménagement des places Kennedy et de l’Académie. La livraison de cette dernière devrait se faire fin 2028, et engendrera bon nombre de modifications. La voirie se verra changée. La rue Hoche par exemple sera désormais une voie à sens unique. À noter qu’une harmonisation avec la place Kennedy est aussi prévue, comme annoncé depuis 6 ans et les premières bribes d’annonces sur ces aménagements. 150 à 170 places de parking disparaîtront, avec la volonté de laisser plus de place aux piétons et aux cyclistes.
Le projet du parking silo n’a laissé personne indifférent. De vives critiques ont fusé, des recours ont même été déposés. Le collectif « non au parking silo à Angers » a notamment vu le jour pour dénoncer la construction de celui-ci. Une pétition avait également vu le jour visant à empêcher sa construction. Elle avait notamment reçu le soutien d’Extinction Rebellion Angers, Justice Climatique Angers & Greenpeace Angers, et avait recueilli 3 317 signatures. « Gaspillage d’argent public, pollution de l’air, bruit, atteinte grave à la santé des enfants de l’école proche, intérêt archéologique méprisé du site… » pouvait-on lire en préambule de celui-ci.
En 2023, un recours est déposé par le groupe AES (pour Angers écologique et solidaire) pour pointer du doigt la dispense d’étude environnementale, il sera refusé. Idem pour la requête déposée par la FNE en 2024. Un an plus tard, c’est le tribunal administratif de Nantes qui rejette la requête de trois habitants du quartier de l’Esvière qui demandaient la suspension de l’exécution du permis de construire dont ils jugeaient la demande incomplète. Dernière action juridique en date, plus rien n’a depuis pu entraver la construction de l’édifice, qui ouvrira au public lundi.