
La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes a refusé ce vendredi 3 mai 2024 de remettre en liberté à Angers (Maine-et-Loire) un Nantais soupçonné d’avoir été à la tête d’un trafic de stupéfiants entre 2021 et 2023.
Youenn XXX avait été placé en détention provisoire le 15 décembre 2023, mais l’enquête avait en réalité débuté dès juillet 2022 : ce jeune de 24 ans est soupçonné d’avoir été à la tête d’une lucrative “PME de revente de produits stupéfiants” qui générait plus d’1,7 million d’euros de chiffre d’affaires, selon les enquêteurs.
Ces derniers s’étaient d’abord aperçus de la “diffusion d’annonces de livraisons de stupéfiants à Nantes et dans les alentours”, a retracé la présidente de la chambre de l’instruction lors de l’audience publique, ce jeudi 2 mai 2024, au cours de laquelle il réclamait sa remise en liberté à Angers.
Une “organisation pyramidale” avait pu être mise à jour grâce à des “investigations techniques” particulièrement poussées : l’écran de téléphone du jeune homme avait été “dupliqué” sur les ordinateurs des policiers, qui suivaient donc en direct ses échanges et les transactions. Des voyages à Dubaï et au Brésil, “des conversations sur le trafic”, sur “les livreurs” et “les moyens de remercier les clients” seront ainsi été établis après “plusieurs semaines” à suivre ses activités téléphoniques.
Youenn XXX avait aussi investi dans des commerces de restauration rapide et dans un salon de coiffure ; ces derniers n’étant le théâtre d’aucun “mouvement financier”, il est également mis en examen pour “blanchiment” du produit de son trafic de stupéfiants. Une “opération d’interpellation assez importante” avait en effet conduit à la découverte, chez lui, de cocaïne, de cannabis, d’ecstasy, d’armes, mais aussi d’un tracker GPS. Sa propre tante, pour sa part âgée de 75 ans, est soupçonnée d’avoir “fait la nourrice” pour le trafic.
SA TANTE ET SA MERE INCRIMINEES
Près de 12.000 € ont aussi été découverts “dans un coffre-fort” appartenant à la mère de Youenn XXX : elle a pour sa part indiqué qu’elle était “en instance de séparation” et que son avocate “lui avait conseillé de retirer” tout son argent. “Elle justifie d’une partie des retraits, mais pas de la totalité”, a toutefois recadré la présidente de la cour.
Mais pour l’avocat du jeune homme, ces “nouvelles techniques” mises en oeuvre ont permis d’obtenir “l’intégralité des tenants et aboutissants du compte de livraison qui lui est imputé” et “l’intégralité des protagonistes ont été entendus”, dont certains sont d’ailleurs “en liberté”.
Me Sami Khankan proposait donc à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes de le placer sous surveillance électronique chez “un cousin” à Angers, dans la mesure où “les investigations à venir ne pourront plus être parasitées” puisque la justice connait déjà “l’intégralité de la manière de fonctionner” de ce trafic.
L’avocat général estime lui que “le terme de criminalité organisée s’applique” à ce dossier, au vu de la “professionnalisation” des relations. “Personne n’est bavard” et Youenn XXX “donne consigne aux autres de se taire”, avait-il déploré. Le représentant du parquet général souhaitait donc qu’il soit maintenu en détention.
“Je vais me réinsérer dans la société”, avait pour sa part fait valoir le principal intéressé, avant de se voir rétorquer qu’il devrait déjà “[s’]insérer tout court” et qu’il ne présentait aucune proposition de travail. “Vous croyez que c’est sérieux ?”, avait donc grincé la présidente de la chambre de l’instruction à l’endroit du jeune homme. Il a finalement été maintenu en détention, comme l’avait demandé l’avocat général./CB