
La jeune femme d’Angers (Maine-et-Loire) interpellée à proximité de l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne) avec une valise de 23 kg de cocaïne a expliqué à la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes, ce lundi 11 mai 2026, avoir agi “en free lance” alors qu’elle travaillait pour “quatre à six réseaux différents”.
Nawel XXX avait à peine 19 ans, n’avait pas le permis de conduire et vivait encore “chez [s]a mère et [s]on père” lorsqu’elle s’est retrouvée engluée dans un trafic international de stupéfiants. “Quelle entrée en matière”, lui a d’ailleurs fait remarquer le président de la JIRS de Rennes. Son casier judiciaire était jusqu’alors vierge, mais elle aurait pu comparaitre “devant une cour d’assises spéciale”, comme l’avait indiqué le magistrat à l’ouverture du procès, le 4 mai 2026.
Cette jeune femme de 22 ans défendue par Me Sami Khankan – mais qui est sa “meilleure avocate” selon le pénaliste nantais – comparait donc depuis le lundi 4 mai 2026 devant la juridiction spécialisée dans la criminalité organisée dans le grand Ouest pour s’être livrée à des “importations” de cannabis et cocaïne entre janvier et en septembre 2023. Des faits pour lesquels elle a déjà passé deux ans en prison, dont six mois sous bracelet électronique à Angers.
Pour rappel, le 26 septembre 2023, elle avait été interpellée dans un hôtel à proximité de l’aéroport d’Orly alors qu’elle venait d’atterrir avec une valise chargée de “23 kg de cocaïne” en échange de “10.000 €”. La drogue était destinée à irriguer le tentaculaire trafic d’Issam Lahrach, surnommé “La Plume” et désigné comme “le patron des patrons” du trafic de drogue à Nantes en fuite au Maroc depuis plusieurs années, avec qui elle conversait sur un “groupe Signal”.
“L’IMPRESSION DE VOIR UNE SORTE DE LARA CROFT”
“Quand j’ai lu le dossier, j’ai eu l’impression de voir une sorte de Lara Croft [l’héroïne du jeu vidéo “Tomb Raider”, ndlr]. Il n’y avait rien pour vous arrêter, comme une warrior [guerrière, ndlr]”, lui lance le président de la JIRS de Rennes au cours des 4h30 d’interrogatoire, ce lundi 11 mai 2026. “J’étais très forte, je suis une professionnelle pour porter des masques… Comme un petit papillon, j’allais de réseau en réseau”, abonde la jeune femme qui “proposait ses services de transporteuse” à “quatre ou six réseaux différents”.
D’abord présentée comme une simple “mule tétanisée” qui a cédé à “l’argent facile” après une rencontre en discothèque, Nawel XXX n’avait pas convaincu le premier juge d’instruction de ce dossier. “On ne confie pas 23 kg de cocaïne à une mule”, lui avait-il alors fait remarquer. L’exploitation du téléphone de cette jeune femme “particulièrement intelligente” – qui travaillait au restaurant L’Entrecôte à Nantes au moment des faits – lui avait donné raison. L’expert en téléphonie a en effet pu retracer les multiples trajets qu’elle faisait de nuit dans le grand Ouest, en région parisienne et au moins jusqu’à la frontière espagnole.
“J’adhère à ce terme de ‘free lance'”, a validé la jeune femme devant les juges. La cheffe du parquet JIRS de Rennes l’a pour sa part qualifiée de “mercenaire” qui était “recommandée” par les trafiquants et qui “choisissait” pour quels commanditaires elle officiait. “Je ne me reconnais pas dans ce terme”, lui a répondu l’intéressée, promettant toutefois d’aller “regarder la définition”. Dans les échanges interceptés, son surnom était “Anti-Vice”, littéralement “celle qui ne se mélange pas”.
A la barre, la jeune femme – qui encourt dix ans de prison – a certifié qu’elle n’avait “pas peur” d’officier pour de telles organisations et a réfuté toutes les perches tendues par le président sur une éventuelle “insécurité” qui l’aurait “poussée à accepter” de se rendre en République dominicaine pour importer de la cocaïne.
“JE SUIS TRES FIERE DE CE QUE JE SUIS DEVENUE”, ASSURE-T-ELLE
Parfois, elle roulait même “jusqu’à 48h d’affilée” pour opérer des livraisons, au point de “s’endormir au volant” et d’avoir “un accident”…“J’étais complètement déconnectée de la réalité”, a dit Nawel XXX, manifestement obnubilée par “les films, les séries, les programmes” qu’elle consommait au moment des faits. Après avoir joué les “semi-grossistes”, elle s’était mise à “livrer les particuliers”.
Sur les photos qui s’affichent sur le grand écran de la salle d’audience, on la voit arborer fièrement un “9 mm” et des “liasses de billets” sur plusieurs clichés découverts dans son téléphone. L’expert psychologue qui l’a examinée a relevé son “intelligence notable” et justifié son passage à l’acte par un besoin “d’adrénaline”.
“Maintenant, je me dis ‘comment j’ai pu faire ça ?’ J’étais l’espoir de tout le monde, j’avais des capacités”. Et elle a parfaitement su rebondir à sa sortie de prison : elle manage aujourd’hui “une équipe de huit personnes” dans une entreprise de Beaucouzé où elle est “seule responsable du site”. “Le travail, c’est mon exutoire, je donne tout. C’est ma manière de me repentir, j’ai réellement changé”, a-t-elle expliqué aux magistrats de la JIRS de Rennes.
Elle souhaite aujourd’hui “délivrer un message d’espoir”. “C’est possible de s’en sortir, j’ai passé mon permis de conduire, j’ai un appartement, un travail (…) et je suis très fière de ce que je suis devenue”, a même déclaré Nawel XXX. Mais “contrairement à ce que je pensais, le procès ne va pas me permettre de tourner la page”, a-t-elle nuancé en se demandant “de qui vient la dénonciation anonyme” aux autorités dominicaines qui a permis d’intercepter la livraison à Orly. “Ce n’est pas le réseau qu’on essaie d’éteindre, c’est mon nom !”, a-t-elle fait remarquer. “Anti Vice” n’aura probablement jamais la réponse, les investigations internationales en la matière n’ayant pas prospéré. Elle sera en revanche fixée sur sa peine le 20 mai 2026./CB et RB