
Le dossier Philippe Chabert continue de révéler ses zones d’ombre. Derrière l’infanticide qui a bouleversé le Maine-et-Loire au printemps 2025, une autre affaire judiciaire se dessine désormais : celle de la dernière compagne du quadragénaire, soupçonnée de ne pas avoir alerté les autorités alors qu’elle aurait eu connaissance du passage à l’acte.
L’affaire avait sidéré l’opinion publique lorsque ce paysagiste de 42 ans, avait revendiqué sur internet le meurtre de sa fille Emma, 13 ans, avant de tenter de se suicider. L’adolescente avait été retrouvée morte au domicile paternel de Mûrs-Erigné, près d’Angers, le 7 mai 2025.
Quelques jours plus tard, l’homme était mis en examen pour meurtre sur mineure de moins de 15 ans et placé en détention provisoire. Hospitalisé sous contrainte après sa tentative de suicide, il avait ensuite été transféré en prison. Fin juin 2025, il était retrouvé mort dans sa cellule de la maison d’arrêt de Nantes, dans ce qui apparaît comme un suicide.
Destruction de document, non-assistance à un mineur…
Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée avec sa mort. Selon plusieurs éléments de l’enquête, la nouvelle compagne de Philippe Chabert aurait eu connaissance de ses intentions criminelles avant le drame. Les magistrats cherchent désormais à déterminer si elle disposait d’informations suffisamment précises pour empêcher le passage à l’acte ou alerter les secours.
Virginie L. a été mise en examen pour non-assistance à mineur de moins de 15 ans en danger, destruction de document en lien avec un crime et soustraction de document. Elle bénéficie aujourd’hui de la présomption d’innocence. ” J’ai été alerté de cette mise en examen il y a quelques jours “, confie Bertrand Salquain, avocat de Philippe Chabert.
Pour le conseil angevin, cette mise en examen est ” le souhait d’un magistrat de ne pas clôturer ce dossier par un simple non-lieu suivant le décès de l’auteur. La phrase écrite dans la lettre ne peut déduire clairement, de façon définitive, qu’il était en train de murir une tentative de meurtre et de suicide. Je trouve que cette analyse reste fragile. Le doute profite toujours à l’accusé donc il est difficile d’interpréter la lettre que Philippe Chabert a adressée à sa dernière compagne. Est-ce qu’une lettre d’adieu peut laisser présager une tentative de meurtre ? “, se demande l’avocat qui a consulté l’écrit en question.
L’observatoire indépendant du notariat seul héritier
Car derrière ce drame familial se cache aussi une obsession financière et successorale. Avant le meurtre de sa fille, le père de famille s’était fait connaître localement pour son combat acharné contre le notariat français. Sur son site internet et ses réseaux sociaux, il accusait des notaires de l’avoir ruiné et répétait que “les notaires l’avaient tué”.
L’homme affirmait être victime d’injustices liées à une succession familiale, un contentieux qui aurait nourri pendant des années sa dérive psychologique. Plusieurs proches décrivent un homme enfermé dans une logique paranoïaque, persuadé d’avoir été spolié.
Aujourd’hui, cette dimension patrimoniale revient brutalement au centre du dossier. Avec la disparition d’Emma, seule enfant du suspect, puis le suicide de Philippe Chabert, se pose désormais la question du devenir de ses biens et de ses éventuels droits successoraux.
Sa compagne, malgré sa mise en examen, aurait pu prétendre à certains actifs selon la nature de leur relation juridique et des dispositions prises avant le drame. Me Bertrand Salquain a été chargé d’executer son testament lors de sa première tentative de suicide.
” C’est finalement l’observatoire indépendant du notariat, que Philippe Chabert a créé en 2022 et qui compte de nombreux adhérents, qui sera seul légataire de son héritage. Si nous n’avions pas pu immatriculer cet observatoire à la préfecture, effectivement, sa dernière compagne aurait pu prétendre à un héritage”.
A noter que selon les dernières volontés du meurtrier présumé, ce dernier a demandé à son avocat angevin de terminer son livre et de le faire éditer avec ce titre accusateur : ” Les notaires m’ont tuer”.