Plusieurs agents d’accompagnement des Trains Express Régionaux (TER) basés à Poitiers brisent le silence pour dénoncer des faits de harcèlement managérial et des pressions psychologiques répétées. Dans un contexte national marqué par une vive inquiétude syndicale autour de la santé mentale des cheminots, ces salariés pointent du doigt les dérives liées aux réorganisations permanentes de l’entreprise ferroviaire.
Des agents cibles de pressions hiérarchiques et d’isolement
Sous couvert d’anonymat ou à visage découvert, les témoignages recueillis auprès des contrôleurs poitevins décrivent un quotidien professionnel devenu destructeur. Plusieurs d’entre eux évoquent des injonctions à réaliser des tâches sans formation préalable, des incitations insistantes à la réorientation professionnelle et des reproches systématiques lors des bilans de compétences. Samuel Portron, fort de 25 ans d’ancienneté, a choisi de se positionner en lanceur d’alerte pour ses collègues après s’être vu retirer ses fonctions en 2024 à la suite d’un rapport hiérarchique qu’il juge abusif d’après France 3 Nouvelle Aquitaine.
Le malaise s’accentue également autour de la gestion des agressions, en nette augmentation sur le réseau TER. Un contrôleur, actuellement en arrêt pour accident du travail et sujet à des pensées suicidaires, rapporte qu’après avoir subi une violente altercation en 2024, sa hiérarchie l’a culpabilisé en lui intimant l’ordre de « remonter à cheval » sans tenir compte du danger psychologique. Face à cette situation, une partie de l’effectif local a choisi la voie judiciaire : Tiffany Tassier, agente depuis 17 ans, ainsi qu’un autre collègue, ont officiellement déposé plainte pour harcèlement moral, dénonçant un flot continu de courriers recommandés, d’e-mails de justification aberrants et de procédures disciplinaires non conformes au Code du travail.
Les réorganisations en série dans le viseur des syndicats
Pour les représentants du personnel, ce climat délétère est le produit direct d’une politique de restructuration incessante liée à l’ouverture à la concurrence et à la filialisation du groupe public. Selon Christophe Gouillard, délégué Sud Rail à Poitiers, les projets de réorganisation se succèdent tous les six mois à un an, privant les salariés de toute visibilité sur l’évolution de leurs postes et entraînant des déplacements géographiques ou fonctionnels subis.
Au total, 9 contrôleurs sur les 35 que compte le dépôt de Poitiers ont formellement signalé des agissements s’apparentant à du harcèlement moral. Le syndicat Sud Rail affirme avoir alerté la direction à de multiples reprises et réclamé l’ouverture d’un audit interne indépendant, une demande restée sans suite. Sollicitée par écrit, la direction de la SNCF a refusé toute interview filmée. Par le biais d’un courriel, l’entreprise s’est bornée à rappeler « l’attachement fort » des contrôleurs de Poitiers à leur métier et a assuré que la société restait « très attentive » à la situation et au bien-être de l’ensemble de ses collaborateurs.
