Allier rentabilité économique et urgence écologique est devenu le cheval de bataille de dix producteurs de la Vienne. Réunis au sein d’un Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE), ces professionnels multiplient les innovations culturales pour protéger durablement l’aire de captage de l’eau potable à Antigny, érigeant leur démarche en modèle pour les générations futures.
Une charte environnementale pour reconquérir la qualité de l’eau
Le projet prend racine sur l’aire de captage du Gué-de-Sciaux, à Antigny. Face aux enjeux de pollution et de préservation de la ressource, dix agriculteurs locaux ont structuré leurs efforts dès janvier 2018 en fondant le GIEE du Gué de Sciaux. En étroite collaboration avec la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Agence de l’eau et le syndicat mixte Eaux de Vienne, ce collectif est à l’origine de l’écriture d’un programme d’action local baptisé « Re-sources », pensé pour sécuriser durablement l’approvisionnement en eau potable.
Sous la houlette d’Eaux de Vienne, trois priorités opérationnelles guident désormais le travail des exploitants : la couverture permanente des sols pour éviter le lessivage des nutriments, le développement de techniques alternatives au désherbage chimique et l’allongement des rotations de cultures. Pour y parvenir, les agriculteurs intègrent massivement des protéagineux (comme la féverole ou le pois) et de la luzerne à bas intrants, des végétaux particulièrement précieux pour régénérer la fertilité naturelle des sols tout en fournissant une alimentation de qualité pour les cheptels régionaux.
Le chanvre, pilier d’une nouvelle filière écoresponsable
Pour franchir une nouvelle étape, le groupement mise sur la diversification et s’intéresse de près à une culture d’avenir : le chanvre. Très sobre en eau et économe en intrants, cette plante s’impose également comme un piège à carbone exceptionnel, capable de séquestrer entre 9 et 15 tonnes de CO2 par an et par hectare. Selon La Nouvelle République, pour pérenniser ce stockage de carbone, les agriculteurs privilégient les débouchés dans l’éco-construction. Le GIEE concrétise d’ailleurs cette ambition à travers le projet de construction d’un séchoir à foin coopératif dont les murs seront isolés en béton de chanvre, garantissant le blocage du CO2 pour plus d’un siècle.
Cette transition agronomique s’appuie sur des partenariats solides. Accompagnés par l’expertise d’Hubert Rinaldi, producteur de chanvre dans les Deux-Sèvres, et soutenus par la société Soleil du Thouet, les exploitants d’Antigny engagent une partie de leurs terres dans cette nouvelle voie. Des démarches ont également été entreprises auprès du lycée agricole de Montmorillon pour implanter une parcelle expérimentale. Pour les pionniers du projet, l’objectif est désormais de convaincre les derniers exploitants hésitants de rompre avec les habitudes des quarante dernières années, convaincus que l’avenir économique des fermes est désormais indissociable de leur empreinte environnementale.
