Déserts médicaux : derrière les bons chiffres du Maine-et-Loire, des territoires de plus en plus fragilisés

11/06/2026
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Le Maine-et-Loire apparaît encore mieux doté que la moyenne nationale en nombre de médecins. Mais cette réalité statistique masque de fortes disparités entre l’agglomération angevine et de nombreux territoires ruraux. C’est le constat dressé par le laboratoire d’idées de gauche Anjou Lab dans une note publiée à la veille de l’examen au Sénat de la proposition de loi Garot contre les déserts médicaux.

À première vue, le Maine-et-Loire fait figure de bon élève. Avec une accessibilité potentielle aux médecins généralistes estimée à quatre consultations par an et par habitant, le département se situe au-dessus de la moyenne nationale fixée à 3,7.

Mais ces chiffres cachent une réalité beaucoup plus contrastée, souligne le laboratoire d’idées progressiste Anjou Lab dans une étude consacrée à l’accès aux soins. Selon ses auteurs, la présence du CHU d’Angers et la concentration de professionnels de santé dans l’agglomération angevine tendent à masquer les difficultés rencontrées dans de nombreux territoires ruraux.

Baugé, Doué ou Segré parmi les secteurs les plus exposés

L’étude identifie plusieurs bassins de vie particulièrement fragiles. À Baugé-en-Anjou, Doué-en-Anjou ou Segré-en-Anjou Bleu, la faible densité médicale se conjugue à une population vieillissante, plus consommatrice de soins.

D’autres communes comme Noyant-Villages, Mouliherne, Fontevraud-l’Abbaye ou encore Montrevault-sur-Èvre figurent également parmi les territoires les plus vulnérables.

« Trouver un généraliste et pire encore un spécialiste est compliqué », résume la note, qui rappelle que les inégalités d’accès aux soins ne se limitent pas au seul nombre de médecins mais concernent aussi l’ensemble du parcours de santé.

Des délais qui s’allongent

Les habitants en font déjà l’expérience au quotidien.

Si un rendez-vous chez un médecin généraliste peut généralement être obtenu en quelques jours, les délais s’allongent fortement pour certaines spécialités. Cardiologues, dermatologues et ophtalmologues figurent parmi les praticiens les plus difficiles à consulter.

Selon les données présentées par Anjou Lab, ces tensions conduisent de plus en plus de patients à repousser ou abandonner certains soins. Une situation qui contribue également à la saturation des services d’urgence.

La note rappelle qu’un quart des patients se rendent aux urgences faute d’avoir obtenu un rendez-vous médical dans un délai jugé acceptable.

Hôpitaux et maternités sous pression

L’étude revient également sur les nombreuses restructurations qui ont marqué le paysage hospitalier local ces dernières années : fermetures de maternités, fusions d’établissements ou réductions de services.

Pour les auteurs, ces évolutions ont parfois renforcé le sentiment d’éloignement des soins dans certaines parties du département.

Le document souligne néanmoins l’importance du Groupement hospitalier de territoire (GHT 49), qui associe les neuf hôpitaux publics du Maine-et-Loire autour de coopérations médicales et du partage de certaines spécialités.

Des solutions déjà expérimentées sur le territoire

Face à ces difficultés, plusieurs initiatives locales sont mises en avant.

À Varennes-sur-Loire, la commune a anticipé la désertification médicale en créant dès 2014 une maison de santé. Aujourd’hui, une vingtaine de professionnels de santé y exercent.

Le Centre hospitalier du Haut-Anjou, à Segré, a pour sa part développé une politique active de recrutement de médecins diplômés à l’étranger. En cinq ans, l’établissement est passé de 90 à 160 praticiens.

La télémédecine, les centres de santé mobiles ou médicobus, ainsi que le développement des maisons de santé pluriprofessionnelles figurent également parmi les pistes mises en avant pour améliorer l’accès aux soins dans les territoires les plus isolés.

Un débat relancé par la loi Garot

Cette publication intervient alors que le Sénat doit examiner la proposition de loi portée par le député socialiste de la Mayenne Guillaume Garot, adoptée par l’Assemblée nationale en février 2025.

Pour Anjou Lab, qui se présente comme un laboratoire d’idées de gauche créé en 2022, cette réforme participe au débat mais ne suffira pas à elle seule à résoudre le problème du manque de médecins. Le contrôle de l’installation dans les zones surdotées ne concernerait qu’une part limitée du territoire national.

Le think tank annonce d’ailleurs l’organisation de débats publics à Angers et à Saumur à la rentrée de septembre afin d’enrichir le diagnostic et les propositions formulées dans cette note.

Car au-delà des chiffres, concluent les auteurs, c’est bien la question de l’égalité d’accès aux soins entre les habitants des villes et ceux des territoires ruraux qui est aujourd’hui posée.

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