Affaire Dany Leprince : Angers sera au cœur de l’un des dossiers criminels les plus marquants de ces trente dernières années.

La Cour de révision a annulé, jeudi, la condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité de Dany Leprince pour le quadruple meurtre commis en 1994 dans la Sarthe. Elle a ordonné la tenue d’un nouveau procès devant la cour d’assises du Maine-et-Loire, à Angers.

Archive – Dany Leprince quitte la prison de Poissy, près de Paris, le 8 juillet 2010, après avoir été libéré par la Commission de révision des peines. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour un quadruple meurtre commis en 1997, il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Cette décision, particulièrement rare en matière criminelle, ouvre un nouveau chapitre dans une affaire qui a profondément marqué l’opinion publique. Depuis 1945, seules une douzaine de condamnations criminelles ont été annulées par la Cour de révision.

Âgé de 69 ans, Dany Leprince, libre après avoir passé 18 ans en prison, continue de clamer son innocence. À la sortie de la Cour de cassation, très ému, il a déclaré : « Il faut que la vérité éclate. Le combat continue », évoquant une première « victoire » après des décennies de procédure.

La Cour de révision a estimé que deux éléments retenus lors de sa condamnation en 1997 étaient désormais fragilisés par des faits inconnus à l’époque des jurés. Selon son président, Nicolas Bonnal, ces nouveaux éléments sont « de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Dany Leprince ».

Le futur procès angevin devra donc réexaminer l’ensemble du dossier sans préjuger de l’issue. La Cour de révision ne s’est pas prononcée sur l’innocence ou la culpabilité de l’ancien ouvrier d’une usine de boucherie, mais uniquement sur l’existence d’un doute justifiant un nouveau jugement.

Pour Me Olivier Morice, avocat de Dany Leprince, cette décision constitue « une grande victoire et une décision historique ». « Aujourd’hui, il n’y a plus le “Boucher de la Sarthe”, il y a M. Leprince, présumé innocent », a-t-il déclaré, affirmant viser un acquittement devant les assises d’Angers.

Parmi les éléments nouveaux retenus figure notamment le témoignage de Solène Leprince, unique survivante du massacre. Âgée de deux ans au moment des faits, elle explique aujourd’hui n’avoir aucun souvenir du drame, alors que ses réactions d’enfant avaient été interprétées par les enquêteurs comme des indices à charge contre son oncle. Venue soutenir la demande de révision, elle avait confié être « brisée » par la perte de sa famille et « en colère qu’il reste des zones d’ombre aujourd’hui ».

La Cour a également relevé les contradictions concernant les pertes de mémoire invoquées par Martine Compain, l’ex-épouse de Dany Leprince. Une expertise réalisée dans le cadre de la procédure de révision estime qu’elle ne présente pas de troubles de la mémoire et que certaines de ses absences de souvenirs pourraient relever d’une simulation. Les magistrats considèrent que cet élément pourrait avoir privé la justice d’un éclairage complet sur le déroulement de la soirée du 4 septembre 1994.

Les avocats de Martine Compain ont toutefois rappelé que la décision de la Cour de révision « ne signifie aucunement l’innocence de M. Leprince, ni la culpabilité de Mme Compain », dénonçant un climat de « harcèlement médiatique » plus de trente ans après les faits.

Le 4 septembre 1994, Christian Leprince, son épouse et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, avaient été retrouvés assassinés à leur domicile de Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe. Seule la petite Solène avait survécu. Initialement accusé par son épouse de l’époque et sa fille aînée, Dany Leprince avait reconnu le meurtre de son frère avant de se rétracter rapidement.

Le regard se tourne désormais vers Angers, où la cour d’assises du Maine-et-Loire sera chargée de rejuger intégralement cette affaire emblématique, plus de trente ans après les faits.

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