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Université d’Angers. Financement des universités : une visite ministérielle sous tension et une parole universitaire de plus en plus critique
La visite officielle de Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, à l’Université d’Angers, n’a pas seulement ouvert un débat de fond sur le modèle de financement des universités. Elle a également mis en lumière une crispation grandissante au sein de la communauté universitaire, illustrée par la diffusion d’une lettre ouverte particulièrement sévère à l’égard du ministre, rendue publique à l’occasion de son déplacement angevin.
Une université en difficulté budgétaire, mais riche de réussites
Accueillant le ministre en ouverture d’une table ronde consacrée au financement des universités, la présidente de l’Université d’Angers, Françoise Grolleau, a rappelé que cette visite, si attendue, ne signifiait pas la résolution immédiate des difficultés financières. « La discussion est désormais ouverte, et c’est une très bonne chose », a-t-elle souligné, tout en appelant à une réforme nationale « absolument nécessaire » du système d’allocation des moyens.
La situation de l’établissement angevin reste préoccupante : la sous-dotation est évaluée à un peu plus de 53 millions d’euros. Une trajectoire budgétaire jugée « dangereuse », mais qui n’empêche pas l’université de se distinguer par ses performances. Taux de réussite étudiante parmi les meilleurs au niveau national, innovations pédagogiques et sociales, partenariats publics-privés inédits, excellence en recherche : Françoise Grolleau a insisté sur le potentiel intact des universités publiques, malgré un modèle économique qu’elle estime aujourd’hui à bout de souffle.
Un malaise national dans l’enseignement supérieur
Au-delà du cas angevin, la présidente de l’université a élargi le propos à la situation nationale. Près de soixante universités françaises prévoient un budget 2026 en déficit, et une dizaine voient leur trésorerie dangereusement s’approcher de zéro. Pour elle, l’enjeu dépasse largement la question comptable : « Ce n’est pas qu’un sujet financier, c’est avant tout un sujet politique », interrogeant la place que la France souhaite accorder à son enseignement supérieur et à sa recherche.
Elle a également dénoncé les conséquences très concrètes des décisions récentes : baisse des taux d’encadrement, réduction des investissements, diminution des budgets de recherche, gels de postes d’enseignants-chercheurs et suppressions de postes BIATSS. Autant de choix qui fragilisent les missions fondamentales des universités et compromettent, selon elle, leur capacité à assurer la formation, la recherche et l’ascenseur social.
Une lettre ouverte au ton très critique
C’est dans ce contexte déjà tendu qu’une lettre ouverte adressée au ministre, signée par Alain Pagano, maître de conférences à l’Université d’Angers et ancien conseiller municipal PCF, est venue durcir le débat. Diffusée lors de la visite ministérielle, elle dénonce des propos prêtés au ministre qualifiant les universitaires de « bande de nuls (…) à la ramasse », des mots vécus comme « profondément injustes » par une communauté confrontée à une pénurie budgétaire chronique.
Dans ce texte, l’auteur interpelle directement le ministre, l’invitant à « défendre les agents de son ministère plutôt que de les houspiller » et à rétablir l’égalité de financement entre les universités. Il pointe une rupture de l’égalité républicaine, estimant qu’un étudiant angevin serait « notablement sous-financé » par rapport à d’autres établissements comparables.
Financements, emplois et engagements de l’État en question
La lettre ouverte remet également en cause le respect des engagements de l’État, notamment ceux inscrits dans la loi de programmation pluriannuelle pour l’enseignement supérieur et la recherche. Selon son auteur, les discussions budgétaires en cours laissent craindre que ces engagements ne soient pas tenus.
Autre revendication centrale : la relance de la création de postes d’enseignants-chercheurs titulaires. « Les étudiants sont en manque de professeurs et les jeunes chercheurs en manque d’emplois », écrit Alain Pagano, dénonçant une situation qui fragilise à la fois la qualité de l’enseignement et l’avenir de la recherche.
Enfin, si le ministre a annoncé l’organisation d’assises sur le financement des universités, cette perspective suscite du scepticisme. « On préfèrerait des décisions budgétaires courageuses et immédiates plutôt que des palabres », conclut la lettre, tout en laissant la porte ouverte à une révision de ce jugement si des mesures concrètes venaient à être prises.
Un dialogue engagé, mais une attente d’actes forts
Entre volonté de dialogue affichée par le gouvernement et exaspération croissante du terrain, la visite de Philippe Baptiste à l’Université d’Angers aura mis en évidence un fossé persistant entre discours et réalités budgétaires. Si la table ronde a permis de poser les bases d’une réflexion nationale sur le financement des universités, les prises de parole, institutionnelles comme syndicales, traduisent une impatience forte : celle de voir enfin les annonces se transformer en actes.