Charente-Maritime

Après la faillite de leur installateur, les acheteurs de panneaux solaires du Maine-et-Loire et du Grand Ouest dépouillés par des escrocs

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Le tribunal correctionnel de Rennes a condamné ce jeudi 15 janvier 2026 neuf personnes pour avoir participé à une gigantesque escroquerie au préjudice d’habitants du grand Ouest et d’établissements de crédit.

A chaque fois, le mode opératoire des escrocs était le même : ils prenaient contact avec des particuliers qui avaient fait installer quelques années auparavant des « panneaux photovoltaïques », des « éoliennes » ou bien encore des « pompes à chaleur » à leur domicile par des entreprises qui avaient « déposé le bilan » après les travaux.

Les mis en cause avaient en fait récupéré leurs noms sur les « fichiers clients » de ces sociétés et se présentaient ensuite chez eux, généralement sous de fausses identités et pour le compte de « sociétés fantoches » spécialisées dans les « travaux de rénovation énergétique ». Ils faisaient croire que, en raison de la liquidation des entreprises qui avaient réalisé les travaux, leur matériel n’était « plus garanti ». Ils leur proposaient donc d’assurer les installations ou de reprendre leurs contrat de prêts à des taux d’intérêts « plus avantageux ».

A la demande de ceux qui se présentaient comme « courtiers » ou « commerciaux », les victimes remettaient alors un certain nombre de documents, dont la copie de leurs « pièces d’identité », leur « RIB » et leurs « justificatifs de revenus et de domicile ». Les victimes recevaient également l’ordre de ne pas ouvrir les lettres des organismes de crédit qui arriveraient chez eux, mais de les renvoyer directement aux escrocs sous peine « d’annuler la transaction » ou de « rajouter des pénalités ».

« DEUX MILLIONS D’EUROS » DE PREJUDICES

Les 200 victimes – souvent « des retraités », des « personnes aux revenus modestes », voire « en situation de « vulnérabilité » – découvraient finalement plusieurs semaines après que leurs crédits initiaux n’avaient pas été rachetés et que de nouveaux crédits étaient au contraire venus s’ajouter, par exemple pour l’achat de « camping-cars ».

Elles se retrouvaient donc parfois avec plusieurs dizaines de milliers d’euros à rembourser aux établissements de crédit. Les dossiers étaient en fait entièrement montés par les escrocs, qui allaient jusqu’à créer des « lignes téléphoniques » et des « adresses mail » factices pour se faire passer pour leurs victimes auprès des banques.

En proie par la suite à d’importantes « difficultés financières », de nombreuses victimes ont été « fichées » à la Banque de France ou poursuivies en justice par les banques. Certaines ont dû « reprendre le travail » alors qu’elles étaient à la retraite, et d’autres ont même tenté de se « suicider ». Le préjudice total est évalué à près de « deux millions d’euros ».

L’enquête avait au final mis en évidence un système « pyramidal » où on retrouvait à sa tête David XXX. Pour démarcher les particuliers, cet habitant de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) de 36 ans utilisait notamment sa propre société First Generation, qui était domiciliée à Mayenne (Mayenne) et qui a cessé son activité en 2017.

LE PROCES DU « PATRON » RENVOYE POUR VICE DE FORME

Mais il plaçait aussi des gérants de « paille » à la tête d’autres « sociétés éphémères » : déjà condamné pour « escroquerie » et « abus de faiblesse » par le passé, David XXX n’avait en effet plus le droit de créer d’entreprise à son nom… Il restait cependant le véritable « dirigeant de fait » de ces sociétés, pour lesquelles il agissait comme le « donneur d’ordres ».

David XXX n’a cependant pas pu être jugé à cause d’un « vice de forme » dans sa convocation au procès ; il le sera donc à une date ultérieure encore inconnue. Ses onze coprévenus – sept hommes et quatre femmes vivant à Fay, Arnage, Le Mans, Saint-Mars-la-Brière (Sarthe), Antibes, Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes), Ruffec (Charente), Boistrudan (Ille-et-Vilaine), Venansault et Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) – ont eux comparu de ce lundi 12 janvier 2026 à ce jeudi 15 janvier 2026 pour « escroquerie et blanchiment en bande organisée ».

S’ils ont reconnu la majorité des faits, tous ont expliqué avoir agi sous « l’influence » de David XXX, le véritable « patron » qui détenait les « moyens de paiement » de ce système. « C’était le maître d’œuvre et on était ses pantins », a imagé Bruno XXX, un ancien « chauffeur routier international » de 62 ans qui vit aujourd’hui à Ruffec (Charente) mais vivait au Mans (Sarthe) à l’époque. Il avait été placé par David XXX – le fils de son « ami » – à la tête de plusieurs sociétés impliquées dans l’escroquerie.

Mais « je n’étais qu’un mouton, un pion » de ce « très grand manipulateur qui vous fait miroiter des choses », a assuré Bruno XXX. Le sexagénaire – qui s’est présenté à la barre sans avocat – a admis avoir agi pour « l’argent facile » : il a pu de cette manière s’offrir un « voyage à Marrakech » (Maroc) et louer des « voitures de luxe »…

LA VIE DES VICTIMES EST DEVENUE UN « CHEMIN DE CROIX »

« Plus que de l’argent », David XXX « a vendu du rêve », a confirmé l’avocat d’Angélo XXX, un « gars simple » d’Antibes (Alpes-Maritimes) qui travaillait à l’époque comme « cuisinier » dans le restaurant de son père. Lui aussi été « gérant de paille » de sociétés dirigées officieusement par son « ami de longue date ». Sa compagne de l’époque, Lolita XXX, qui habite à Juan-les-Pins, a d’ailleurs elle-même travaillé dans ces entreprises.

« C’est un homme inséré, qui n’a pas demandé à se retrouver dans cette parabole et qui s’y est retrouvé bon gré mal gré », l’a défendu son avocat Me Arnaud Le Bourdais : David XXX avait en effet « besoin d’un prête-nom ».

Reste que les prévenus « n’ont pas pu ne pas se rendre compte » de « l’escroquerie d’ampleur » à laquelle ils participaient, a tancé le procureur de la République. Les victimes, elles, se sont retrouvées prises dans la « réalité la plus crasse » qui a transformé leur vie en « chemin de croix ».

Il avait donc requis à l’encontre de Bruno XXX six mois de prison ferme et dix-huit mois avec sursis probatoire pendant trois ans, avec l’obligation de travailler, de réparer le dommage causé, ainsi qu’une interdiction définitive d’exercer une activité en lien avec la rénovation de l’habitat et une inéligibilité de cinq ans.

LES « PETITES MAINS » CONDAMNEES

Pour Angélo XXX, le représentant du parquet avait réclamé six mois de prison ferme, la même interdiction que pour Bruno XXX, ainsi qu’une inéligibilité de trois ans. Pour les autres prévenus, qui ont agi comme les « petites mains » du système, le procureur de la République avait requis des peines allant de simples interdictions d’exercer dans le secteur de la rénovation de l’habitat à six mois de prison ferme, en passant par des amendes et des peines de prison avec sursis.

Au final, le tribunal correctionnel de Rennes a condamné Bruno XXX à quatre mois de prison ferme et vingt-six mois avec sursis probatoire, avec l’obligation de travailler et d’indemniser les victimes. Il est également définitivement interdit d’exercer toute activité en lien avec la rénovation de l’habitat. Son fils Brice XXX, qui habite Fay (Sarthe), a été condamné à la même peine.

Angélo XXX a écopé de quatre mois de prison ferme et vingt mois avec sursis probatoire, avec les mêmes obligations et interdictions. Son ex-compagne Lolita XXX a pour sa part été condamnée à trois mois de prison avec sursis.

Anaïs XXX, qui habite Venansault (Vendée) et qui a travaillé pour les entreprises de David XXX et Bruno et Brice XXX, a écopé de la confiscation des sommes saisies sur son compte bancaire, soit 6.800 €. Maddly XXX, une habitante d’Arnage (Sarthe) qui a elle aussi travaillé pour les sociétés des escrocs, a été condamnée à six mois de prison avec sursis et une interdiction d’exercer une activité professionnelle dans le secteur de la rénovation de l’habitat pendant cinq ans.

L’INDEMNISATION DES VICTIMES RENVOYEE A UNE AUDIENCE ULTERIEURE

Gabriel XXX et Noham XXX, originaires de Boistrudan (Ille-et-Vilaine) et Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), ont été condamnés à quatre mois de prison qu’ils effectueront à domicile avec un bracelet électronique et une interdiction d’exercer une profession en lien avec la rénovation de l’habitat.

Antoine XXX, un habitant de Saint-Mars-la-Brière (Sarthe), a écopé de quatre mois de prison ferme et quatorze mois avec sursis probatoire. Véroniqua XXX et Kadret XXX, un couple originaire du Mans (Sarthe), ont pour leur part été relaxés « faute d’éléments suffisants ». Le montant des dommages et intérêts que les condamnés devront verser aux victimes sera quant à lui fixé lors d’une nouvelle audience dans quelques mois.

Parmi les 200 victimes recensées entre 2015 et 2018 parmi les enquêteurs, un grand nombre vivaient en Maine-et-Loire : des faits ont été recensées à Angers, Cholet, Saumur, Chanzeaux, Chemillé-en-Anjou, Coron, Noyant-Villages, Marigné, Sèvremoine, Orée-d’Anjou, Briollay, Seiches-sur-le-Loir, Brigné, Pouancé, Erdre-en-Anjou, Cantenay-Epinard, Gennes-Val-de-Loire, Vaudelnay, Chalonnes-sur-Loire, Morannes-sur-Sarthe, Brissac-Loire-Aubance, Fontaine-Guérin, Cornillé-les-Caves, Doué-en-Anjou, Neuvy-en-Mauges, Varennes-sur-Loire, Beaufort-en-Anjou, Saint-Martin-de-la-Place et Vezins.

D’autres victimes venaient de la Sarthe : des escroqueries ont en effet eu lieu au Mans, à Saint-Osmane, Roëzé-sur-Sarthe, Montfort-le-Gesnois, Aubigné-Racan, Montbizot, Courgains, Louvigny, Melleray, La-Suze-sur-Sarthe, Brûlon, La-Fontaine-Saint-Martin, Marigné-Laillé, Lhomme, Champagné, Chemiré-le-Gaudin et Parennes. D’autres venaient de Tours, Beaumont-Louestault, Noizay, Bléré, Saint-Epain, Veretz (Indre-et-Loire), d’Argenton-l’Eglise et Niort (Deux-Sèvres) ou encore de Bacilly (Manche). La banque Crédit Agricole Consumer Finance de Massy (Essonne) figure également parmi les victimes./RB et GF (PressPepper)

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