Grand Ouest
Prison avec sursis pour l’ancien militaire « assez dur » d’Angers qui avait harcelé deux collègues
La chambre militaire du tribunal correctionnel de Rennes a condamné ce lundi 2 février 2026 un ancien militaire d’Angers (Maine-et-Loire) pour « harcèlement » et « violences » envers deux collègues féminines pendant leur formation, dont l’une avait été sa « maîtresse ».
Florian XXX avait en fait été visé en septembre 2019 par deux plaintes de Mélina XXX et Sophie XXX, dont il avait assuré la « formation initiale » pendant quelques mois en 2017 au 6e Régiment du génie à Angers. La première dénonçait des faits de « violences » et de « harcèlement » : Florian XXX l’avait précisément traitée de « grosse merde » et affirmait qu’elle n’avait « rien à faire » dans l’armée à cause de ses « difficultés ».
Mélina XXX relatait notamment un épisode – confirmé par des témoins durant l’enquête – pendant lequel il s’était « acharné » sur elle alors qu’elle prenait trop de temps à « nettoyer » son armement, ce qui l’avait laissée « en pleurs ». Lors d’un « événement festif » à Suippes (Marne), Florian XXX lui avait également donné un « coup de genou dans le bas-ventre » qui l’avait « pliée en deux » après qu’elle l’avait appelé « caporal » au lieu de « sergent ».
Sophie XXX – qui avait entretenu une « relation » éphémère avec Florian XXX pendant sa formation alors qu’il était marié – avait pour sa part expliqué que le militaire décrivait régulièrement aux autres soldats les « ébats sexuels » qu’il avait eus avec cette « pute » et cette « chienne » qu’il ne « fallait pas respecter ». Cela avait conduit selon elle à sa « mise à l’écart » : « dans la section, quand on est un gars on est un roi, quand on est une femme on est une pute », avait résumé un témoin entendu au cours de l’enquête.
Aucune des deux femmes n’avait fait le déplacement à l’audience à Rennes ce lundi 2 février 2026. Elles n’étaient pas non plus représentées par un avocat. A la barre, Florian XXX a reconnu qu’il était « assez dur » avec « les gens qu’il formait ». « Je manquais de pédagogie, je n’étais pas formé pour être pédagogue », a-t-il admis. Mais cet ancien militaire de 34 ans – qui a quitté l’armée et travaille aujourd’hui comme « responsable plateforme opération » avec « une trentaine de personnes » sous ses ordres – a assuré qu’il n’avait fait « aucune différence » dans la manière dont il traitait les soldats.
DEJA SANCTIONNE POUR DES « PROPOS RACISTES »
Mélina XXX avait d’ailleurs « de grosses difficultés avec le maniement des armes et le sport », ce que d’autres militaires avaient confirmé. « J’ai pu la soutenir quand elle faisait des choses positives mais avoir des mots quand elle faisait des choses négatives », a concédé Florian XXX. « Je l’imaginais en opération au Mali, elle n’aurait jamais pu porter son gilet pare-balles… » « Vous pensez que c’était cette dureté qui était attendue de vous ? », l’interroge la présidente de la chambre militaire. « Non, je ne pense pas… », souffle le prévenu.
Concernant le « coup de genou » donné à Mélina XXX, « je me suis excusé » et « je n’ai pas essayé de cacher les choses », assure Florian XXX. Quant à Sophie XXX, il n’y a eu « aucune intention de l’isoler » du reste de la section : d’ailleurs, elle aussi « relatait » à ses collègues les « relations » qu’elle avait eues avec un « chef d’équipe » après sa rupture avec Florian XXX.
« C’était sans doute un bon soldat avec des compétences techniques, mais ce n’était pas du tout un meneur d’hommes », a tancé le procureur de la République. Pour le magistrat, son « idée ancienne du fonctionnement de l’armée » a conduit Florian XXX à faire « ce qu’il ne lui viendrait pas à l’esprit de faire avec les gens qu’il a aujourd’hui sous sa responsabilité ». Il avait donc requis huit mois de prison avec sursis à l’encontre de l’ancien militaire, déjà visé par une sanction interne en 2015 pour des « propos racistes ».
Mais « ce dossier n’est pas limpide, pas clair », a fustigé l’avocate de Florian XXX. Son client a « peut-être » fait preuve de « disproportion », mais il n’a « pris personne pour cible » avec des « sanctions arbitraires ». « On était dans une période où il n’allait pas très bien, entre les attentats de Paris [en 2015, ndlr], sa première mission au Mali et ses difficultés de couple », a recontextualisé Me Caroline Ménard. « Il croit qu’il doit se durcir parce que ce qu’il a vécu est dur. »
Les deux victimes, qui ont d’abord fait preuve d’une « forte aversion » l’une envers l’autre, sont d’ailleurs devenues « très liées » au fil du temps et Sophie XXX a pu initier une démarche de « vengeance » après s’être sentie « trahie » par son ancien « amant ». L’avocate avait donc demandé aux juges de « réduire le quantum » de la peine requise par le procureur de la République. Au final, la chambre militaire a suivi les réquisitions du ministère public en condamnant Florian XXX à huit mois de prison avec sursis. Il aura également l’interdiction de se présenter à une élection pendant cinq ans./RB et CB