
Ce jeudi 2 avril 2026, Perle Gruet, étudiante de 20 ans en première année de BTS Commerce International à l’ESPL Angers, montera sur la scène du célèbre Théâtre des 2 Ânes à Paris. Face à elle, les représentants de 30 campus français du réseau Eduservices. Durant cinq minutes , elle abordera un drame profondément intime et universel : les violences sexuelles.
D’un défi personnel à la finale nationale
L’ascension de Perle Gruet dans ce concours est aussi fulgurante qu’inattendue. Le mardi 10 février, lors de l’étape départementale angevine, elle a su faire la différence face à quinze autres étudiants devant un jury composé de cinq avocats. Fin février, c’est grâce à sa performance filmée qu’elle a passé le cap de l’étape régionale des Pays de la Loire, s’offrant ainsi un ticket pour le cercle très fermé des douze finalistes nationaux. « Honnêtement, je ne m’y attendais pas du tout » , confie l’étudiante qui peine à y croire, « Je ne pensais pas du tout en arriver là, c’était à l’origine uniquement un challenge personnel ». À l’approche de l’échéance parisienne, l’appréhension se mêle à la fierté. « On fait cela dans un théâtre, donc c’est quand même un bel endroit », réalise-t-elle, « Je suis forcément un peu stressée, mais c’est du bon stress parce que je suis fière de mon texte. ». Loin d’être tétanisée, elle aborde l’événement avec impatience et hâte.
Marier le rythme, les mots et les silences
Pour préparer sa première prise de parole, Perle a travaillé sans relâche durant un mois et demi, à raison de quatre heures par semaine. Elle a notamment pu compter sur le soutien de Tony, un intervenant professionnel du spectacle engagé par son école pour des cours d’éloquence facultatifs. Aujourd’hui, en vue de la finale, le processus de préparation a évolué vers plus de solitude et un travail personnel.
La naissance de son texte suit un processus presque cathartique. « Au tout début, j’écris tout ce que je ressens, mais je le fais de manière très brouillonne.» déclare Perle Gruet, «Ensuite, je refais des dizaines et des dizaines de fois mon texte jusqu’à ce que j’ai des phrases qui me conviennent. Mon point faible, c’est les rimes ».
La véritable difficulté d’un concours d’éloquence réside dans l’incarnation, la gestion du regard des autres et de l’attention. « Je trouve que c’est même la partie la plus dure, c’est difficile de captiver le public pendant 5 minutes », avoue t-elle. Pour perfectionner l’alliance du fond et de la forme, la jeune femme se filme inlassablement, jusqu’à se convaincre elle même.
Briser le silence sur les violences sexuelles
Si Perle Gruet met autant de ferveur dans l’exercice, c’est parce que le sujet qu’elle défend est ancré dans sa propre histoire. Face au jury, elle parlera des violences sexuelles. Un thème gravé en elle, né d’un traumatisme survenu il y a cinq ans. Prendre la parole sur ce sujet qui l’a longtemps bloqué n’avait rien d’une évidence. « Au début c’était vraiment un challenge, mais j’ai réussie à en faire une force et j’en suis fière» affirme t-elle. C’est grâce à l’oreille attentive de son coach, qui a pris le temps d’écouter et de traiter son histoire, mais aussi grâce à sa propre force intérieur, que le déclic a eu lieu. « Le fait de poser les mots, de parler avec Tony qui m’écoutait, qui m’aidait aussi à écrire ce que je ressentais, ça m’a libérée et ça m’a donné encore plus envie d’en parler» avoue la principale concernée.
Un discours dont la puissance réside dans ce qui est gravé dans le marbre. “On ne choisit pas ce qui nous brise, mais on choisit qui, on devient quoi que l’on dise. Nous pensons que certaines choses n’arrivent qu’aux autres. Pour ma part, je pensais que mon corps m’appartenait, que dire non suffisait. J’ai décidé de devenir une force qu’il n’avait pas prévu d’affronter.” pourra t’on entendre demain soir dans le théâtre des 2 Ânes.
Pour amplifier l’impact de son message, Perle a opté pour une construction narrative qu’elle juge adapté, né d’une volonté d’avoir une écoute active de la part du public. « Je tourne le texte d’une manière narrative. Le début, c’est l’histoire d’amour, puis il y a la tournure brutale que cette dernière prend », précise t-elle, « On a l’impression que tout est beau, tout est rose, mais il y a la violence de ce qui s’est passé. Je pense que c’est ça qui rend le texte encore plus fort parce qu’en fait on ne s’attend pas du tout à cette finalité. ».
Éveiller les consciences d’une société qui détourne le regard
Perle Gruet souhaite avant tout éveiller les consciences et détruire le mythe selon lequel le drame n’arrive qu’aux autres. « Mon intention derrière ce discours, c’est que les gens puissent réaliser que ça arrive à n’importe qui.» rajoute t-elle. La jeune femme pointe du doigt la désensibilisation face à ces crimes, leurs banalisation collective. Bien qu’elle soit actuellement concentrée sur sa finale, son engagement semble ancré dans son avenir. « C’est sûr que je n’ai pas arrêté d’en parler juste après le concours, c’est vraiment une cause qui me tient à cœur et que je soutiendrais jusqu’au bout » analyse t-elle.