
Du 11 au 26 avril prochain, la Banksy Modeste Collection fait étape à la Collégiale Saint-Martin avec dans ses bagages plus de 250 œuvres et objets liés au street-artiste britannique. Tous les fonds récoltés serviront à mener à bien différents projets portés par des associations du Maine-et-Loire.
« Girl With Balloon », « Flower Thrower », « Pulp Fiction », tout le monde a déjà entendu parler de ces œuvres de Banksy. Pourtant, il est impossible de résumer sa carrière de street-artiste à quelques œuvres, à quelques sujets de surface, elle forme un tout disparate, toujours engagé.
Chercher à comprendre son art dans sa globalité semble contre-productif, car Banksy a toujours souhaité critiquer les travers de notre société et des hommes via des sujets variés. Pour le comprendre, rien de mieux que de les avoir face à soi. Les Angevins sont chanceux, puisqu’une grande partie de ces œuvres seront exposées à la Collégiale Saint-Martin du 11 au 26 avril prochain, grâce à la Banksy Modeste Collection qui fait escale dans la cité du roi René.
Plus de 250 œuvres seront visibles, des plus populaires aux grandes oubliées, mises en valeur par une scénographie pensée pour coller avec l’univers de Banksy. Il ne faudra donc pas s’étonner de voir les célèbres sculptures de la Collégiale ballon en main, ou la présence de caddies dans le cœur de celle-ci. Des résidus d’une exposition passée.
Un modèle qui force le respect
« Notre souhait c’est de rester le plus fidèle possible aux idées de Banksy » martèle Thierry Angles, créateur de la Banksy Modeste Collection. En 2020, il rachète la collection d’un ancien collectionneur privé qui essayait tant bien que mal de récolter le maximum de choses liées à l’artiste britannique.
Depuis 1990, il accumulait œuvres, objets, photos, qui ont permis ensuite à la fondation de posséder selon ses dires, la plus grande collection connue d’œuvres de Banksy au monde.
L’exposition retrace ainsi l’entièreté des 35 années qu’a consacrées le street-artiste le plus populaire de sa génération aux différentes causes qui l’animaient. Un artiste unique, qui a toujours soutenu les minorités et la différence. Alors, Thierry Angles et ses camarades ont voulu faire de même.
« Si c’est payant, c’est pas Banksy ! » s’exclame-t-il avec conviction. La gratuité est déjà quelque chose de plus en plus rare, mais là n’est pas la principale particularité de la fondation.
En 2022, elle a créé un fonds de dotation, qui lui permet depuis de soutenir les projets de différentes associations issues du territoire qui accueille les œuvres. « Nous avons aussi exposé en Italie, pays où les associations se font rares. Là-bas, beaucoup d’actes solidaires passent par l’église. Nous avons énormément de chance d’avoir autant d’associations en France, alors il faut les soutenir. » assure Thierry Angles.
L’entrée n’étant pas payante, une campagne de dons est lancée sur place, permettant à celle et ceux qui le veulent de financer les actions futures d’associations, trop souvent invisibilisées qui plus est.
Du street art à la Collégiale
« Banksy, c’est l’artiste inconnu le plus connu » s’amuse Florence Dabin, présidente du département de Maine-et-Loire, qui ne peut ensuite s’empêcher d’évoquer les révélations datant de mi-mars des journalistes de Reuters sur l’identité du street-artiste. Si le département a apporté son soutien à l’arrivée de cette exposition, celui-ci n’était pas financier, mais plutôt logistique, permettant de faire le lien avec les différents mécènes.
L’un d’eux, les Vergers d’Anjou, a même prêté les 200 palox qui servent de support pour la plupart des œuvres présentes sur place.
« Il y a deux mois, cette exposition n’était absolument pas prévue » avoue Yann Semler-Collery, vice-président du département en charge de la cultur, « Cette irruption, c’est la patte de Banksy ! ». Tout est donc allé très vite, la fondation a tout de même pu préparer une petite surprise au public angevin.
Seront présentes pour la première fois lors des expositions de la Banksy Modeste Collection des œuvres de Zehra Dogan, journaliste et artiste condamnée par le gouvernement turc en 2017 pour avoir critiqué celui-ci. Une plongée dans le quotidien carcéral de celle pour qui Banksy a réalisé une fresque de soutien de plus de 20m de long à Manhattan.
Porter des projets restés dans l’ombre
« La plupart des œuvres présentes sur place trouvent écho dans des intentions associatives. C’est aussi un des liens que l’on peut faire avec l’art de Banksy. » explique Thierry Angles.
Ce sont 20 associations angevines qui vont être aidées grâce aux dons des visiteurs, qui pourront repartir avec une sérigraphie inspirée de Banksy dès 120€ de participation.
Chaque association est venue avec un projet en poche, présenté et validé par la fondation. C’est le cas de l’association France Kivu, qui œuvre depuis plus de 30 ans pour soutenir les organisations sanitaires dans la région du Kivu en République démocratique du Congo.
« Notre objectif avec ces dons serait d’arriver à financer la construction de cuisines avec des réchauds à bois, des grandes gamelles, dans la région du Kivu » explique Marie-Paule Beaumont, présidente de l’association, « C’est une zone marquée par des instabilités de longue date. Aujourd’hui, avec l’invasion du M23, les gens sur place ont d’immenses difficultés à cultiver et à se nourrir. ». Le mouvement du 23 mars (M23) s’est emparé il y a un an de Goma et Bukavu, les capitales stratégiques du Nord et du Sud Kivu. Le groupe rebelle est soutenu par le Rwanda et notamment le FDLR, un groupuscule fondé par d’anciens génocidaires hutus en 1994. Fondée 5 ans plus tôt, lors du retour du Docteur Denis Mukwege en RDC, l’association soutient activement les étudiants de la région, et poursuit son combat.
« Notre objectif est de récolter 2 000€ pour que les étudiants puissent simplement manger. Comment peuvent-ils suivre leurs cours le ventre vide ? C’est impossible » poursuit la présidente de France Kivu. Un projet de première nécessité, simple en apparence, fait de repas constitués de haricots, de riz et d’huile, mais qui si on creuse ne l’est absolument pas. Sur place, les banques sont fermées, il faut donc envoyer du liquide mais comment faire, surtout si l’on n’a pas les fonds nécessaires ? France Kivu voit avec « Banksy à Angers » une bonne opportunité de récolter l’argent qui leur permettrait de venir en aide aux habitants de la région comme espéré.
« Denis Mukwege est quand même citoyen d’honneur de la ville d’Angers, Prix Nobel de la paix et tant d’autres titres honorifiques. On aimerait bien aussi que les Angevins le soutiennent dans son combat. Il est aujourd’hui menacé par le M23, voir ce qu’il considère comme son deuxième pays derrière lui serait émotionnellement très important. » déclare Marie-Paule Beaumont.
Les dons faits durant le passage de l’exposition permettront à France Kivu et tant d’autres associations de pouvoir mettre en place bon nombre de projets aussi importants.
La Banksy Modeste Collection a déjà permis de récolter plus de 380 000 euros en France et en Italie via les 360 000 visiteurs qui l’ont explorée. Elle fera escale à Angers du 11 au 26 avril à la Collégiale Saint-Martin d’Angers. L’entrée est gratuite, et l’accueil du public se fera de 11h à 19h.