La galerie Kengo Kuma inaugurée devant la cathédrale d’Angers

10/04/2026
0
La galerie de la cathédrale Saint Maurice, pensé par l’architecte japonais Kengo Kuma, a été inauguré hier / Crédit: Angers Info / Mathéo Durigneux

Après 13 mois de construction, la galerie de la cathédrale Saint-Maurice d’Angers a été inaugurée hier, en présence de la ministre de la Culture et de l’architecte japonais Kengo Kuma, qui avait remporté l’appel d’offre lancé par l’état en 2019. Un projet dans lequel l’État a investi près de 8 millions d’euros, mais qui fait face à de vives critiques.

Ce fut une douce soirée, rythmée par le vent et l’agréable chaleur du soleil. Devant le parvis de la cathédrale Saint-Maurice, c’est plus d’une centaine d’Angevins s’étaient réunis pour admirer la nouvelle galerie de l’édifice. Inaugurée pendant plus de deux heures, entrecoupée de discours, d’une bénédiction et de spectacles organisé par le Centre Dramatique National du Quai, l’œuvre de Kengo Kuma a attiré quelques grands noms de la scène politique française. Une cérémonie durant laquelle la gestion du projet a été abordée, tout comme les réticences de certains quant à la réussite esthétique de la création. Une soirée qui met fin a plus de 19 longues années de travaux centralisé autour du portail de la cathédrale Saint Maurice.

Un projet de longue date

Le portail occidental de la cathédrale Saint-Maurice abrite des sculptures du XIIe siècle dont la polychromie originelle est exceptionnellement conservée à près de 70 %. Autrefois protégé par une galerie médiévale, ce chef-d’œuvre a été directement exposé aux intempéries suite à la destruction de l’ouvrage en 1807. C’est lors d’un nettoyage en 2009 que la richesse de ces couleurs a été redécouverte. L’ancien porche ne pouvant être reconstruit à l’identique, l’État a lancé un concours d’architecture inédit en 2019. Remporté en 2020 par l’architecte japonais Kengo Kuma, le projet a pris la forme d’une galerie contemporaine en béton. Pensée comme un bouclier contre les éléments, cette structure est totalement autoportante : elle protège le portail historique sans jamais s’appuyer sur la façade de la cathédrale. « Il ne s’agit pas seulement de conserver, mais de faire vivre, d’ouvrir à nous, contemporains, ce que nos anciens nous ont dessiné. » précise Catherine Pégard, ministre de la Culture.

Un grand nom de l’architecture contemporaine

« J’espère que la ville et la cathédrale entretiendront désormais des liens plus forts » déclare Kengo Kuma, « Notre souhait était de faire en sorte que les habitants se réapproprient cette place ». Son dessin géométrique, marqué par cinq arcs successifs formant des voussures, s’inspire des plis des drapés des sculptures médiévales du portail, créant un dispositif contemporain qui filtre la lumière, le vent et la pluie. Le choix du béton, utilisant du sable et des granulats de la Loire, a été privilégié au tuffeau pour sa légèreté, limitant l’impact sur les vestiges archéologiques via 8 micropieux. L’ensemble, d’un volume comparable à un immeuble de deux étages pour respecter la monumentalité de l’édifice, orchestre le passage entre le parvis ouvert et l’intérieur de la cathédrale.

Des présences remarquées

C’est un projet d’ampleur nationale, qui pour son inauguration a réuni du beau monde. « On se croirait à Cannes » s’amuse Roselyne Bachelot en regardant le nombre de journalistes présents. Elle qui a validé le projet lorsqu’elle était ministre de la Culture, se tenait aux côtés de celle qui occupe aujourd’hui le poste qu’elle exerçait hier: Catherine Pégard. Elle aussi est venue, et a accompagné dans l’exercice du discours Christophe Béchu, Kengo Kuma et Emmanuel Delmas. « Kengo Kuma est l’une des grandes figures de l’architecture contemporaine » assure-t-elle, « Nous sommes satisfaits de cette pièce qui fait corps avec l’édifice. Je tiens à souligner que la création ne modifie pas l’histoire, elle continue de l’écrire ». L’architecte, qui a travaillé à la construction du stade national du Japon pour les jeux olympiques d’été de 2020 et la gare de Saint-Denis Pleyel, n’a quant à lui pas cessé de mettre en avant sa volonté de voir son œuvre fédérer. « C’est une ville particulière, riche d’histoire. Nous espérons avoir réussi à créer une connexion entre le passé et le présent d’Angers. » poursuit-il.

Une galerie qui divise

Du côté du maire d’Angers, la parole se voulait rassurante face aux critiques très vives qui ont fleuri sur les réseaux sociaux. « Si les réseaux sociaux existaient à l’époque des changements précédents que la cathédrale a connus, il y aurait aussi des critiques » s’amuse le maire d’Angers. Sur place, la tendance chez ceux qui se sont déplacés pour cette inauguration est plutôt positive. « J’aime beaucoup cette galerie de loin, quand je monte les marches, mais lorsque je m’approche je suis moins conquise » explique Valérie, retraitée. Certains doutent de l’esthétique de la construction, demandent un temps d’adaptation, quant d’autres apprécient ce lien visuel entre les arts modernes et traditionnels. « J’aime cette dualité, je trouve que cela permet de réconcilier les générations » déclare Alain, courtier en Télécom. « Des personnes parlaient d’une construction affreuse, je ne les ai jamais comprises. Il y a une harmonie appréciable qui se dégage du lieu. ».

La galerie Kengo Kuma est désormais accessible au public. Elle permettra à bon nombre d’angevin de découvrir à la fois une œuvre contemporaine qui ne se font pas dans l’indifférence, et le portail qui n’était plus visible depuis 2007 et le début des nettoyage lancé par l’Etat.

Quitter la version mobile