La situation est alarmante depuis l’affaire de la petite Lyhanna. Ce jeudi 18 juin, le syndicat Alliance fait un point sur les nombreux dossiers en attente sur le bureau des enquêteurs spécialisés dans les atteintes aux personnes et notamment des mineurs. A Angers, Cholet et Saumur, les plaintes s’accumulent et le manque de moyens se fait sentir. Des enquêteurs témoignent.

Dans les trois commissariats du Maine-et-Loire, les enquêteurs chargés des atteintes aux personnes et des dossiers impliquant des mineurs disent faire face à une charge de travail devenue difficilement soutenable. Les chiffres avancés par Jérôme Hanarte, délégué départemental du syndicat de police Alliance témoignent d’une pression croissante sur des unités déjà fortement sollicitées.
À Cholet, six enquêteurs sont aujourd’hui mobilisés pour suivre près de 320 dossiers concernant des mineurs. À Saumur, quatre enquêteurs prennent en charge 130 dossiers de mineurs, en plus des affaires de violences intrafamiliales et de violences conjugales qu’ils traitent au quotidien.
À Angers, l’unité des atteintes aux personnes compte 14 enquêteurs répartis en trois groupes : six affectés aux dossiers concernant les mineurs, quatre aux violences intrafamiliales et quatre aux dossiers visant les majeurs. Selon Alliance, les enquêteurs de cette unité ont actuellement près de 550 dossiers à traiter uniquement pour les mineurs , soit une charge jugée particulièrement lourde.
100 dossiers supplementaires en 15 jours
Pour Jérôme Hanarte, la situation s’aggrave depuis plusieurs mois. « En quinze jours, ce sont 100 dossiers de mineurs supplémentaires qui arrivent sur le bureau des enquêteurs. Tous les dossiers ne cessent d’augmenter depuis près d’un an. »
Le syndicaliste relie cette inquiétude au contexte national provoqué par l’affaire de la petite Lyhanna, qui a suscité une forte émotion dans le pays. Selon lui, les policiers partagent cette émotion mais dénoncent également un manque de moyens qui ne serait pas nouveau.
« Cela fait des années que nous alertons nos dirigeants sur le manque de moyens et il n’y a pas de solution à court terme. Les décideurs ne découvrent pas cette situation aujourd’hui : les syndicats ont alerté à plusieurs reprises. »
Au-delà des effectifs, il pointe aussi des difficultés matérielles. « Nos logiciels ne fonctionnent pas correctement, les outils sont obsolètes. Et il manque du personnel. » Selon ses estimations, l’unité des atteintes aux personnes à Angers devrait compter douze enquêteurs dédiés aux mineurs pour être en mesure d’apporter une réponse satisfaisante.
Le représentant syndical évoque plus largement une « difficulté globale de la chaîne judiciaire », tout en refusant de mettre en cause le travail des magistrats ou enquêteurs. « Ce n’est pas une attaque contre les magistrats ni contre les collègues. Tout le monde fait son travail avec les moyens qu’il a. »
Cette pression est également décrite par des enquêteurs de terrain. L’un d’eux témoigne anonymement : « On travaille dans la pression, dans la précipitation. Il y a toujours quelque chose de plus urgent. On a parfois l’impression de faire comme à l’hôpital : trier les dossiers. Mais comment prioriser quand on parle d’enfants ? »
Comment hierarchiser lorsqu’il s’agit d’enfants ?
Dans les services, certains reconnaissent vivre avec une inquiétude permanente. « On se demande toujours : est-ce qu’il y a dans mes dossiers une affaire, comme celle de Lyhanna, qui nous échappe ? Est-ce qu’il y a un Jérôme qui traine ? C’est stressant, c’est culpabilisant. »
Alors que le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a demandé un état des lieux des dossiers avant le 14 juillet, plusieurs enquêteurs interrogés jugent cet objectif difficilement atteignable au regard des flux de nouvelles procédures.
Ils rappellent également qu’avant toute éventuelle mise en cause ou garde à vue, de nombreux actes d’enquête doivent être réalisés. « Contrairement à ce qu’on entend parfois, la garde à vue n’est pas le premier acte de l’enquête. Elle arrive au bout d’une chaîne de travail. »
Du côté des policiers, beaucoup disent ressentir le soutien de leur hiérarchie et des magistrats, tout en soulignant que les attentes restent fortes. Une question revient régulièrement dans les couloirs des services : comment hiérarchiser l’urgence lorsqu’il s’agit de protéger des enfants ?