Le débat sur l’occupation de l’espace public s’invite de nouveau dans la vie politique angevine. Trois semaines après la signature par le maire Christophe Béchu d’un arrêté interdisant les « regroupements statiques » sur plusieurs places du centre-ville jusqu’au 31 mai 2027, le groupe d’opposition Demain Angers monte au créneau et demande son retrait.

Dans un communiqué diffusé ce jeudi 23 juillet, les élus dénoncent une mesure qu’ils jugent à la fois inefficace et stigmatisante. Si le groupe reconnaît la nécessité de garantir la tranquillité publique, il estime que l’arrêté ne répond pas aux véritables difficultés rencontrées dans le centre-ville.
« La pauvreté moins visible »
L’arrêté municipal, signé le 3 juillet, interdit les regroupements statiques sur plusieurs espaces publics emblématiques d’Angers. Pour la municipalité, il s’agit de prévenir les troubles à l’ordre public. Mais pour Demain Angers, cette disposition cible indirectement les personnes les plus vulnérables.
« Les comportements violents, les dégradations, les menaces ou les atteintes à la sécurité doivent être sanctionnés. Les outils juridiques existent déjà pour cela », rappelle le groupe. Selon lui, le texte ne s’attaque pas aux causes des difficultés mais aux personnes qui occupent durablement ces espaces, notamment les personnes sans domicile.
Silvia Camara-Tombini, élue du groupe d’opposition, dénonce une approche qui consiste davantage à déplacer le problème qu’à le résoudre. « On ne lutte pas contre la précarité en la déplaçant d’une place à une autre. Cet arrêté ne règle rien : il rend simplement la pauvreté moins visible. Une ville apaisée est une ville qui accompagne, protège et agit sur les causes, pas une ville qui éloigne les plus fragiles de son centre », affirme-t-elle.
Un arrêté jugé disproportionné
Au-delà du fond, Demain Angers critique également la durée de la mesure. Applicable jusqu’au 31 mai 2027, soit près d’un an, l’arrêté concerne plusieurs des principaux lieux de vie du centre-ville.
Le groupe estime qu’une telle restriction de l’usage de l’espace public aurait dû faire l’objet d’un véritable débat au sein du conseil municipal plutôt que d’être simplement publiée par voie administrative en pleine période estivale.
Pour les élus d’opposition, il s’agit d’un « arrêté anti-mendicité qui ne dit pas son nom ». En visant les regroupements statiques, ils considèrent que la mesure touche principalement des personnes qui n’ont souvent pas d’autre solution que d’occuper l’espace public.
« Une ville plus juste et plus humaine »
Sans remettre en cause la nécessité d’assurer la sécurité des habitants et des commerçants, Demain Angers plaide pour une autre stratégie.
« La tranquillité publique est une exigence que nous partageons. Mais elle ne peut pas être obtenue au prix de la dignité humaine. La bonne réponse, c’est davantage de médiation, un accompagnement social renforcé, des solutions d’hébergement, l’accès aux soins et au logement. C’est ainsi que l’on construit une ville plus sûre, plus juste et plus humaine », poursuit Silvia Camara-Tombini.
À travers ce communiqué, le groupe appelle le maire d’Angers à revenir sur sa décision et à privilégier des politiques sociales permettant de lutter contre la grande précarité plutôt que de déplacer les personnes concernées d’un espace public à un autre.
Cet arrêté, qui suscite désormais un débat politique, pourrait ainsi devenir l’un des prochains sujets de confrontation entre la majorité municipale et son opposition sur la gestion du centre-ville et des questions de précarité.