Face à la solitude et à l’isolement liés au handicap moteur consécutif à son accident vasculaire cérébral (AVC) en 2020, Jérôme Jardin a décidé de créer en juin 2024 l’association Rencontres, Amitiés et Handicap (RAH 49). Son objectif : permettre aux personnes en situation de handicap, mais pas seulement, de créer des liens à travers de nombreuses activités.
Une renaissance après le drame
C’est le 24 décembre 2020 que la vie de Jérôme Jardin bascule. Ce jour-là, victime d’un AVC hémorragique avec une tension artérielle montée à 28, il frôle la mort. « J’aurais dû y passer », confie-t-il. Par miracle, le quarantenaire survit mais passe une semaine dans le coma, suivie de dix mois de convalescence au centre Les Capucins. Il en garde aujourd’hui des séquelles motrices, principalement au bras droit.
C’est lors de ses sorties durant sa convalescence qu’il fait un constat marquant : « J’écoutais les conversations des gens autour de moi au café Les Variétés qui est devenu depuis le QG de notre association et j’ai réalisé une chose : les gens sont seuls. »
Résidant à Mazé, il décide alors de fonder, avec l’aide de ses proches, une structure pour inciter les personnes isolées ou porteuses d’un handicap visible ou invisible à sortir de chez elles.
« Quand on travaille, on sort la semaine, on voit des amis. Mais pour une personne en situation de handicap, c’est beaucoup plus dur : il y a la peur de sortir, le poids du regard des autres, le manque d’opportunités. C’est un cercle vicieux. »
Quelles activités proposez-vous pour rompre ce cercle vicieux ?
Jérôme Jardin : « En fait ce que je veux, c’est que les gens ne soient plus seuls. C’est pas en restant chez soi que la vie elle avance. Sortir, être bien coiffé, bien habillé, c’est hyper important. Ce que j’essaie de leur faire comprendre, c’est que les gens ne te regardent pas. Tu vois, moi je peux avoir une canne, on va en fauteuil, mais ça on s’en fout ! Ce qu’il faut, c’est sortir. C’est hyper important pour rompre l’isolement.
Avant d’emmener le groupe quelque part, je m’y rends toujours à l’avance. C’est indispensable pour vérifier que le lieu est parfaitement accessible, qu’il y a des places de stationnement handicapés à proximité et que tout est adapté aux personnes à mobilité réduite. On ne peut pas se permettre d’arriver sur place et d’avoir une mauvaise surprise.
On va au cinéma, au théâtre, au bowling, à la piscine Aquavita, à la Maison des associations pour faire de la cuisine, de la couture ou de l’anglais. On fait aussi un loto une fois par an, une journée à la mer à Pornic, une soirée années 80, et le barbecue de rentrée au Lac de Maine. »
Comment fonctionne RAH 49 au quotidien ?
J. J. : « Pour créer l’association, il fallait être trois : un président, une trésorière et un secrétaire. Deux amies infirmières m’ont épaulé au lancement. Aujourd’hui, nous avons un bureau solide composé d’Hélène à la trésorerie, Cathy au secrétariat, Yoann à la vice-présidence, Marielle comme vice-secrétaire et moi-même à la présidence.
L’association compte 129 membres. L’adhésion c’est 10€. ensuite on propose des réductions pour les sorties. Une place de cinéma c’est 12 €, c’est cher, tout est cher… Nous, ce qu’on fait, c’est que je rencontre les directeurs. Je ne veux pas que ce soit l’argent qui freine de venir. Au restaurant Le Sens, c’est un gastro à 90 €. On s’est rencontrés, j’y vais deux fois dans l’année et elle nous fait 30 €. L’association rajoute un petit peu, donc on mange au Sens pour 20 €.. »
Qui soutient votre démarche aujourd’hui ?
J. J. : « Claire Supiot, c’est notre marraine. Dans une autre vie j’étais nageur, c’était un peu mon idole, le Zidane de la natation ! Elle a fait les Jeux valides en 88 à Séoul, elle a eu la maladie de Charcot, et elle s’est battue pour retourner dans l’eau et faire les Jeux paralympiques. Je lui ai fait connaître l’association et elle a dit bingo, je te suis !.
L’agence de communication Mimosa, c’est eux qui ont créé notre site internet et ils ont fait ça gratuitement. Alors que tu sais, un site c’est 6 000 ou 7 000 €, c’est hyper cher ! Ils nous ont pas donné de l’argent cash, ils nous ont fait notre site bénévolement. Moi de l’autre côté je fais de la pub pour eux. Il y a deux types de partenaires : ceux qui donnent de l’argent cash et ceux qui donnent du matériel. Par exemple, Mustapha de Darty Espace Anjou nous a donné une belle télé à 1 000 € pour la tombola de notre soirée années 80. »
Quelles sont les prochaines étapes pour l’association ?
J. J. : « À la rentrée, nous allons accueillir quatre étudiantes de l’Université Catholique de l’Ouest (UCO). Elles vont bosser avec moi pour l’association. Mais je leur ai dit : c’est pas un truc où on y va tranquille, on se voit tous les vendredis midi pour voir ce qu’il y a à faire et où ça a bloqué !
Là c’est l’été, mais on prépare septembre, octobre, novembre. On commence à réfléchir à la soirée des pulls moches. Ce que je veux, c’est que les gens aient toujours quelque chose à faire et que l’association continue de s’agrandir, l’important c’est pas les sorties en elles-mêmes , mais l’action de sortir »
Vous êtes également très impliqué dans les instances politiques et de santé locales…
J. J. : « Oui, Je siège au département, je fais partie des commissions handicap avec Florence Dabin (au CDCA 49). On se voit une fois par mois et on parle de plein de choses, par exemple les places de stationnement handicapés. Je fais aussi partie du conseil local à Angers et du conseil municipal à Mazé avec le maire Christophe Pot.
J’ai aussi fait une formation d’Intervenant Pair, c’est un diplôme récent et Angers est la seule ville en France à le faire. Le but, c’est d’aller revoir les patients au centre Les Capucins dès le mois d’octobre. Je serai jamais médecin ni infirmier, mais je suis passé par là (l’AVC, manger mixé, les questions de sexualité ou du quotidien). Je vais là-bas pour répondre aux questions que les patients n’osent pas toujours poser aux équipes médicales. »
Aidan Bossard
