En quelques années, il est devenu l’un des créateurs de contenu les plus suivis de France. Avec près de 1,9 million d’abonnés sur YouTube, Lucien Cupif, plus connu sous le nom de Thierry Vigneau Boiserie, a bâti un véritable empire à seulement 31 ans. Nous l’avons rencontré dans son château, niché au cœur de la campagne angevine.

Dans un vaste salon à la décoration contemporaine, les trophées YouTube sont accrochés fièrement au mur. Face aux grandes baies vitrées qui offrent une vue imprenable sur les champs et la piscine fabriquée avec des ballots de paille, un majestueux piano blanc triomphe sous le poids des moulures du plafond. C’est ici que Lucien nous reçoit, accompagné de sa mère Nathalie. Pour Angers Info, il se livre avec simplicité sur son parcours hors du commun.
Difficile d’imaginer que tout a commencé dans un modeste mobile-home installé en pleine campagne angevine. « On a vécu près de dix ans dedans. L’hiver, les tuyaux gelaient. Pour se laver, on faisait chauffer de l’eau dans des casseroles. Parfois, on faisait même fondre des glaçons pour pouvoir se laver. On avait presque une vie de manouche », raconte-t-il en souriant.
Une enfance modeste, sans véritable confort, mais qui lui a appris très tôt la valeur du travail. Un père absent, décédé trop tôt, et une mère, Nathalie, passionnée de motos, qui lui transmet le goût de la mécanique. Après son collège à Brissac, Lucien s’oriente naturellement vers cette filière. « Mon objectif, c’était simple : avoir une maison. Dès que j’ai eu un CDI, j’ai économisé, j’ai fait un crédit et je me suis acheté ma baraque. C’était ma priorité : sortir du mobile-home. »
Les débuts sur YouTube
En 2013, presque par hasard, il publie sa première vidéo sur Internet. Il filme son quotidien, ses voitures, ses motocross, ses projets mécaniques. Rapidement, une communauté se forme autour de cet univers authentique. Au bout d’un an, ses vidéos lui rapportent environ 900 € par mois. « Je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire… mais sans me prendre la tête. »
L’aventure prend alors une toute autre dimension. Très vite, son premier hangar de 100 m² devient trop petit. « En réalité, je voulais juste de l’espace. De l’espace pour faire ce que j’aime, bricoler, rouler en motocross, préparer des voitures, sans avoir de comptes à rendre à personne. Et surtout être dans la légalité », sourit-il.
À la recherche d’un terrain plus vaste, l’idée lui traverse l’esprit. « Pourquoi pas acheter un château ? » Après plusieurs visites, il tombe sous le charme d’une propriété dans le sud du Maine-et-Loire. Le château devient alors le décor de ses vidéos… mais aussi le siège de ses nombreuses activités. Au fil des années, Lucien ne se contente plus de produire des vidéos. Il crée des entreprises, développe de nouveaux projets et reste fidèle à sa communauté, qui compte désormais des millions de personnes.
Aujourd’hui, il dirige 22 sociétés, emploie 130 salariés et revendique un chiffre d’affaires de 43 millions d’euros. De quoi faire tourner la tête ? Pas pour Lucien, qui poursuit sa vie de chef d’entreprise. Malgré cette réussite spectaculaire, celui que tout le monde surnomme « Lulu » assure être resté le même.
« Je fais ça pour assurer mon avenir, construire du patrimoine. Ça fait plus de dix ans que je travaille comme ça, que je ne sors pas, que je ne fais pas la fête, que je bosse comme un malade. Et surtout, je n’oublie jamais d’où je viens. »
« Les impôts ? Une grande histoire d’amour… »
Une réussite qui attire forcément les regards… mais aussi les critiques. « Je m’en fous de ceux qui me jugent. Je sais ce que je fais, je m’éclate, c’est le principal. » Interrogé sur son rapport à l’argent et au fisc, Lucien répond avec humour. « Les impôts ? C’est une grande histoire d’amour… une grande histoire d’amitié. Nous sommes très intimes ! », plaisante-t-il. Derrière la boutade, l’entrepreneur assure gérer ses affaires avec rigueur.
Il évoque notamment un contrôle fiscal intervenu pendant la crise du Covid-19. « On m’a réclamé 140 000 € parce que j’avais continué à faire travailler mes salariés pendant la pandémie et je ne touchais aucune subvention de l’Etat. J’ai contesté cette décision devant la justice… et j’ai gagné. »
Aujourd’hui, il insiste sur la transparence de son organisation. « Je verse près de 100 000 € par an à un commissaire aux comptes. Tout est contrôlé. Je paie mes impôts en France, je paie mes salariés en France, j’investis en France. Je n’ai aucun compte à l’étranger, aucune voiture immatriculée à l’étranger. Même la maison que j’ai achetée au Maroc l’a été avec de l’argent gagné en France. »
À ses côtés, le bras en écharpe après un accident de quad, Nathalie, sa mère, écoute avec attention et beaucoup d’émotion. Elle acquiesce à chacun de ses propos. « Je suis très fière de mon fils. C’est un autodidacte qui travaille jour et nuit. Il mérite ce qu’il a aujourd’hui. » Elle aussi est devenue créatrice de contenu suivie par une très grande communauté. Sur les réseaux sociaux, elle partage son quotidien au château et met en scène les animaux dont elle s’occupe avec passion.
Toujours plus de projets
Lucien et sa mère ont le sens des affaires. C’est comme si ça coulait dans leurs veines. Alors ils investissent surtout dans l’immobilier. Les travaux du château arrivent à leur terme. Mais Lucien regarde déjà plus loin. Il vient d’acquérir une nouvelle propriété à quelques encablures du château. « Ici, nous sommes un peu à l’étroit. Nous avions besoin d’un autre espace pour filmer les travaux. Ce sera sûrement notre future maison avec ma mère. »
Une chose est certaine, pour Lucien, les idées ne manquent jamais. Son prochain rêve ? « Avoir un centre commercial et un restaurant à Angers. » Rien que ça… Et comme souvent avec lui, les projets les plus fous semblent presque ordinaires : « Je viens d’acheter un moteur d’avion. Il ira dans mon futur avion de chasse. »
Parti de rien, Lucien Cupif s’est construit un « empire » en une dizaine d’années. Un parcours qui fascine autant qu’il interroge. Malgré des millions d’abonnés, des dizaines d’entreprises, deux châteaux, un hélicoptère et un tank blindé de l’armée, il affirme avoir déjà décidé quand il allait arrêter de travailler. « Moi, à 40 ans, je suis en retraite. »
Une phrase qui résume sans doute le personnage : ambitieux, assumé et toujours tourné vers le prochain défi.