Plusieurs stations-service du Maine-et-Loire sont actuellement confrontées à des ruptures de SP98 ou de SP95. Si la situation ne ressemble pas encore à une pénurie généralisée, elle commence à se voir sur le terrain. En cause, probablement, un cocktail de tensions sur l’approvisionnement, de forte consommation estivale et de redémarrage progressif de la raffinerie de Donges.

Il suffit parfois d’une pompe condamnée pour faire naître le doute. Depuis plusieurs jours, des automobilistes du Maine-et-Loire constatent que certaines stations-service n’ont plus de SP98, voire de SP95. À Angers, Cholet, Saumur ou encore dans plusieurs communes rurales du département, les ruptures commencent à apparaître dans les relevés de disponibilité.
La situation est suffisamment visible pour poser la question : pourquoi certains carburants commencent-ils à manquer dans les stations du Maine-et-Loire ?
Les données disponibles ce lundi 17 août 2026 montrent surtout une situation contrastée. Le SP98 est davantage touché que le SP95, tandis que de nombreuses stations continuent de proposer du SP95-E10 et du gazole.
Pas encore de pénurie générale
Avant de parler de pénurie, il faut donc regarder ce que disent les chiffres officiels.
Le site gouvernemental des prix des carburants suit séparément les différents produits disponibles dans les stations. Une station peut ainsi être en rupture de SP98 tout en continuant à vendre du SP95-E10 et du gazole. Elle apparaît alors comme connaissant une difficulté sur un produit, mais cela ne signifie pas qu’elle est totalement à sec.
À l’échelle des Pays de la Loire, les données officielles ont récemment montré quelques pourcents de stations confrontées à des difficultés d’approvisionnement. La situation régionale reste donc très éloignée d’une pénurie généralisée.
Mais localement, les ruptures de produits se multiplient et peuvent devenir particulièrement gênantes pour les automobilistes qui recherchent précisément du SP98.
Le SP98 davantage touché que le SP95
Dans les relevés disponibles pour le Maine-et-Loire, le SP98 apparaît actuellement comme le carburant essence le plus exposé aux ruptures.
Plusieurs stations sont notamment signalées sans SP98 à Angers, Cholet, La Séguinière, Saumur, Sèvremoine, Chemillé-en-Anjou ou encore dans les Mauges.
Le SP95 est lui aussi concerné, mais de manière plus ponctuelle. Dans plusieurs stations, le problème porte donc davantage sur une référence particulière que sur l’absence totale d’essence.
Cette différence est importante. Elle signifie que les automobilistes peuvent encore trouver du carburant en changeant de station ou en se reportant vers du SP95-E10 lorsque leur véhicule l’accepte.
Le rôle de la raffinerie de Donges
Pour comprendre la situation, il faut regarder vers l’ouest.
À quelques dizaines de kilomètres de Nantes se trouve la raffinerie TotalEnergies de Donges, un site industriel majeur pour l’approvisionnement en produits pétroliers de l’Ouest. TotalEnergies indique une capacité de raffinage de 219 000 barils par jour, soit environ 10 millions de tonnes de pétrole brut par an.
Or, la raffinerie vient de connaître son Grand Arrêt 2026, une importante période de maintenance programmée. Les opérations d’arrêt ont commencé au printemps avant une phase de redémarrage progressive des unités. TotalEnergies indique que les travaux se sont terminés progressivement à partir de juin et que le redémarrage des différentes unités s’est poursuivi dans les semaines suivantes.
Le 24 juillet encore, l’exploitant indiquait que le redémarrage des unités de production se poursuivait après la fin des travaux.
Il faut toutefois rester prudent : TotalEnergies n’établit pas de lien direct entre ce redémarrage et les ruptures actuellement constatées dans les stations du Maine-et-Loire. Il s’agit donc d’un facteur possible dans une chaîne d’approvisionnement qui reste sous tension, et non d’une cause officiellement confirmée.
Un calendrier qui n’aide pas
À cette situation industrielle s’ajoute un autre élément : le calendrier.
Le week-end du 15 août correspond chaque année à une période de déplacements particulièrement importants. Cette année encore, Bison Futé avait placé ce week-end sous haute surveillance en raison des nombreux déplacements liés aux vacances d’été.
Une forte consommation peut suffire à vider temporairement une cuve dans une station, notamment lorsqu’une livraison n’est pas encore arrivée.
Le mécanisme peut ensuite s’amplifier. Un automobiliste qui ne trouve plus de SP98 dans une première station se rend dans une autre. Cette seconde station voit alors sa consommation augmenter plus rapidement que prévu. Et si les livraisons ne suivent pas immédiatement, une nouvelle rupture peut apparaître.
C’est ainsi qu’une tension limitée peut rapidement devenir très visible à l’échelle locale.
Pourquoi le SP98 plutôt que l’essence en général ?
Le SP98 est aussi un produit particulier dans le fonctionnement des stations.
Toutes les stations ne disposent pas des mêmes volumes de stockage pour les différents carburants. Une cuve de SP98 peut donc être épuisée alors que les autres carburants restent disponibles.
Le phénomène est d’autant plus visible que le SP95-E10 est largement distribué. Un automobiliste qui ne trouve plus de SP98 peut parfois se reporter sur l’E10, ce qui permet d’éviter une rupture totale d’essence.
Ce que l’on observe actuellement ressemble donc davantage à une tension produit par produit qu’à une pénurie générale d’essence.
Pas de panique, mais une situation à surveiller
Pour les automobilistes du Maine-et-Loire, le conseil est donc surtout de ne pas attendre le dernier moment pour faire le plein si un déplacement important est prévu.
La situation peut évoluer très rapidement : une station en rupture peut être réapprovisionnée quelques heures plus tard, tandis qu’une autre peut à son tour se retrouver à court.
Le site gouvernemental permet d’ailleurs de consulter les disponibilités station par station et de distinguer le SP98, le SP95-E10, le SP95 et le gazole.
Pour l’heure, il serait excessif de parler d’une pénurie d’essence en Maine-et-Loire. Mais les ruptures ponctuelles de SP98 et de SP95 sont suffisamment nombreuses pour constituer un signal à surveiller.
Et les prochains jours seront particulièrement intéressants. Si la situation s’améliore à mesure que les unités de Donges retrouvent leur fonctionnement normal, cela renforcera l’hypothèse d’une tension temporaire liée aux flux d’approvisionnement. Si, au contraire, les ruptures continuent de progresser, il faudra chercher du côté d’une tension plus large sur les produits raffinés et la logistique.
Pour les automobilistes angevins, la question est donc moins de savoir s’il n’y aura bientôt « plus d’essence », que de savoir combien de temps certaines stations devront attendre leur prochaine livraison de SP98.