« N’attendons pas le 8 mars pour une grève féministe. » À Angers, plusieurs collectifs et organisations appellent à se mobiliser contre les violences sexistes et sexuelles. Un rassemblement est annoncé lundi 7 septembre 2026 à 10 h 30, devant le palais de justice.

Le rendez-vous veut donner le ton dès la rentrée. À quelques mois de la prochaine Journée internationale des droits des femmes, les signataires de l’appel refusent d’attendre le traditionnel 8 mars pour remettre la question des violences sexistes et sexuelles au centre du débat.
Derrière cette mobilisation angevine, plusieurs collectifs et organisations dénoncent ce qu’ils considèrent comme une réponse insuffisante des pouvoirs publics face à l’ampleur des violences.
De #MeToo à Mazan, des affaires qui ont changé le regard
Depuis l’émergence du mouvement #MeToo en 2017, les révélations de violences sexuelles se sont multipliées. Les affaires de Mazan, du chirurgien Joël Le Scouarnec, de Bétharram ou encore les révélations concernant des violences dans le cadre périscolaire ont contribué à mettre en lumière des situations longtemps restées dans l’ombre.
Pour les organisations à l’origine de l’appel, cette médiatisation traduit une évolution : la parole des victimes est davantage entendue. Mais elle ne suffirait pas à modifier en profondeur les mécanismes qui permettent à ces violences de perdurer.
Les signataires veulent ainsi sortir de la logique du simple « fait divers ». Pour eux, les violences sexistes et sexuelles, mais aussi celles faites aux enfants, doivent être analysées comme un phénomène systémique, lié notamment aux rapports de domination dans la société.
« Le compte n’est pas bon »
Le constat dressé par les organisations est sévère. Elles dénoncent notamment la persistance des féminicides, l’augmentation des violences visant les personnes LGBTQIA+ et la multiplication des révélations concernant les violences sexuelles faites aux enfants.
Mais c’est surtout le manque de moyens consacrés à la prévention et à l’accompagnement qu’elles pointent du doigt.
Justice, hôpital public, services sociaux, protection de l’enfance ou associations : les structures chargées d’accueillir, d’accompagner et de protéger les victimes seraient, selon les signataires, confrontées à des moyens insuffisants.
« Comment accueillir, accompagner les victimes de violences, comment éduquer, soigner, empêcher, sans moyens ? », interrogent-ils dans leur appel.
Les organisations réclament notamment davantage de moyens humains et financiers pour la justice, les services publics et les associations de proximité, ainsi qu’un investissement important dans la prévention.
L’éducation à la vie affective au cœur des revendications
La mobilisation angevine ne se limite donc pas à réclamer davantage de sanctions. Les organisateurs souhaitent changer de perspective et placer la prévention et l’éducation au cœur de la lutte contre les violences.
Ils demandent notamment un renforcement de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, avec des moyens permettant de former et d’accompagner les professionnels.
Dans leur appel, les signataires mettent également en garde contre les réponses qu’ils jugent essentiellement répressives et contre les politiques de surveillance numérique présentées comme des outils de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants.
Ils s’opposent ainsi à la loi européenne dite « Chatcontrol », considérant que le contrôle des communications privées ne constitue pas, selon eux, une réponse efficace à la pédocriminalité et pourrait conduire à une surveillance massive des données personnelles.
Une dénonciation de l’extrême droite
Autre volet très politique du texte : les organisations dénoncent ce qu’elles considèrent comme une instrumentalisation des violences sexuelles par l’extrême droite.
Elles accusent cette dernière de privilégier les discours sécuritaires et de s’appuyer sur des ressorts racistes et sexistes. Elles rappellent notamment que le Rassemblement national s’était abstenu en 2018 lors du vote de la loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes et qu’il avait voté contre la Convention d’Istanbul en juin 2023.
Pour les signataires, « l’extrême droite est raciste, paternaliste : jamais féministe ! »
Un rendez-vous devant le palais de justice d’Angers
Au-delà des revendications, les organisateurs veulent faire de cette journée une démonstration de force collective. Ils rappellent que les mobilisations sociales et féministes ont, selon eux, permis par le passé d’obtenir des avancées qui semblaient auparavant inaccessibles.
Ils appellent donc à une « grève féministe et enfantiste », contre les violences sexistes et sexuelles et pour une société qu’ils souhaitent « plus juste et égalitaire ».
Le rassemblement est fixé lundi 7 septembre 2026 à 10 h 30 devant le palais de justice d’Angers.
L’appel est signé par Angegouines, le Collectif enfantiste 49, Corps à cœur 49, Nous toustes 49, le Planning familial 49, l’UNEF et l’Union syndicale Solidaires 49.