À Angers, une chapelle oubliée révèle un trésor vieux de 800 ans

Elle était là, sous les yeux de tous, mais personne ne pouvait plus la voir. À Angers, la restauration de la chapelle Saint-Jean, au cœur de l’ancien hôpital du même nom, vient de révéler des peintures murales médiévales d’une grande rareté. Certaines remontent au XIIIe siècle. Un véritable trésor du patrimoine angevin, longtemps protégé… par l’abandon du lieu.

Les boiseries et les vitraux ont été déplacés de la chapelle Saint-Jean, en vue de leur restauration. (Photo: Thierry Bonnet/Ville d’Angers)

Il suffit parfois de retirer une couche de peinture, de déplacer une boiserie ou de démonter une vieille tribune pour faire ressurgir plusieurs siècles d’histoire.

C’est exactement ce qui s’est produit dans la chapelle Saint-Jean, à Angers. Alors que la Ville avait lancé un important chantier pour sauver et restaurer cet édifice du XIIe siècle, les restaurateurs ont découvert derrière des décors plus récents des peintures murales beaucoup plus anciennes.

Certaines datent du XIIIe siècle. D’autres remontent au XVe siècle. Des décors du XVIIe siècle étaient venus les recouvrir au fil du temps.

Et derrière ces différentes couches, c’est une autre histoire de la chapelle qui apparaît peu à peu.

Un Christ aux yeux bleus sous une peinture du XVIIe siècle

Parmi les découvertes les plus spectaculaires figure une représentation du Christ datant du XIIIe siècle. Ses yeux bleus et ses lèvres rouges apparaissent sous une peinture du XVIIe siècle, qui avait été réalisée par-dessus.

La Ville d’Angers présente cette découverte comme exceptionnelle. Les peintures font désormais l’objet d’études menées par des historiens, des chercheurs et des laboratoires afin de mieux comprendre leur origine, leur technique et leur chronologie.

Le chantier a également permis de remettre au jour des peintures du XVe siècle. Parmi elles figure une représentation particulièrement rare de Dieu le Père installé sur un croissant de lune. Une autre scène montre le couronnement de la Vierge.

Autant de détails qui donnent aujourd’hui aux spécialistes une nouvelle lecture de cette chapelle et de son histoire.

La drôle de revanche d’un lieu oublié

La découverte prend une dimension particulière lorsque l’on regarde l’histoire récente de la chapelle.

Fondé vers 1175 à l’initiative d’Henri II Plantagenêt, l’ancien hôpital Saint-Jean accueillait pendant des siècles les malades et les plus démunis. La chapelle accompagnait alors la grande salle des malades, devenue aujourd’hui le musée Jean-Lurçat.

Mais contrairement à la grande salle, devenue un lieu culturel connu des Angevins, la chapelle est progressivement tombée dans l’oubli.

Elle a notamment accueilli le musée archéologique de la Ville entre 1874 et 1967. Puis elle a été fermée au public et utilisée notamment comme espace de stockage.

Cette longue période à l’écart du regard du public pourrait finalement avoir contribué à préserver une partie de ses décors.

« L’abandon de cette chapelle l’a sauvée », résume Nicolas Dufetel, adjoint à la culture et au patrimoine de la Ville d’Angers.

Une formule qui résume assez bien le paradoxe : ce monument oublié pendant des décennies est aujourd’hui en train de redevenir l’un des endroits les plus précieux du patrimoine angevin.

Un chantier qui réserve encore des surprises

La restauration ne concerne pas uniquement les peintures.

Les équipes interviennent également sur les voûtes, les boiseries, les vitraux, les portes et différentes parties du bâtiment. La chapelle souffrait notamment de dégradations liées au temps et à l’humidité, avec des fissures et des chutes de matière qui avaient contribué à sa fermeture.

Le chantier avait d’ailleurs déjà livré d’autres surprises. La Ville avait notamment découvert des peintures anciennes derrière la tribune en bois de chêne. La charpente du XIIe siècle constitue elle aussi un élément patrimonial particulièrement important.

Autrement dit, les murs de Saint-Jean n’ont probablement pas encore livré tous leurs secrets.

Un patrimoine qui va enfin retrouver les Angevins

La restauration doit permettre de changer complètement le destin de la chapelle.

Longtemps fermée, elle doit rejoindre le parcours de visite du musée Jean-Lurçat et de la Tapisserie contemporaine. L’objectif est de permettre aux visiteurs de passer du cloître à la chapelle et de découvrir cet édifice qui était jusqu’ici largement inaccessible.

La Ville prévoit une ouverture au public en 2027. Le coût de la rénovation atteint désormais environ 1,5 million d’euros, conséquence notamment des découvertes et des travaux supplémentaires rendus nécessaires par l’état du monument.

Avant cette réouverture complète, les Angevins pourront toutefois avoir un premier aperçu du chantier lors des prochaines Journées européennes du patrimoine. Des visites en jauge limitée doivent permettre de découvrir la chapelle malgré la présence des échafaudages.

Une page nouvelle pour l’ancien hôpital Saint-Jean

À quelques mètres du musée Jean-Lurçat et des Greniers Saint-Jean, le site constitue déjà l’un des ensembles patrimoniaux les plus remarquables d’Angers.

L’ancien hôpital, fondé au XIIe siècle, compte parmi les grands témoignages de l’histoire hospitalière médiévale. Sa grande salle des malades, son cloître, ses greniers et désormais sa chapelle racontent chacun une partie de cette histoire.

Mais la découverte des peintures donne aujourd’hui une nouvelle dimension à l’ensemble.

Pendant des siècles, plusieurs générations ont peint, recouvert, transformé puis oublié ces murs.

Et c’est finalement le chantier destiné à sauver la chapelle qui leur permet de réapparaître.

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