Crise historique du cognac : entre effondrement des ventes et mesures d’urgence, la viticulture charentaise cherche un nouveau souffle

04/09/2026
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Le cognac fait face à une crise historique / DR

Des vendanges anticipées en plein mois d’août, un rendement historiquement bas et des chais qui débordent : le vignoble cognaçais traverse une zone de fortes turbulences. Face à cette situation critique, Julien Massé, le nouveau président de l’Union générale des viticulteurs pour l’AOC cognac (UGVC), a pris la parole depuis ses vignes de Rouillac pour faire un état des lieux sans concession d’une filière en souffrance.

Une chute vertigineuse des expéditions et des revenus
Il y a seulement cinq ans, l’interprofession affichait des ambitions spectaculaires, visant les 330 millions de bouteilles pour 2030. Cette euphorie a poussé de nombreux exploitants à investir massivement, achetant des terres jusqu’à 60 000 euros l’hectare. Aujourd’hui, le réveil est brutal. Les chiffres témoignent de la violence du retournement de marché : Les ventes ont chuté à 141 millions de bouteilles l’an dernier, contre 223 millions en 2021 (soit plus de 80 millions de cols perdus), le chiffre d’affaires s’est effondré, passant de 3,6 à 2,2 milliards d’euros, les stocks s’accumulent, représentant désormais douze à quinze années d’équivalent de ventes, bien au-delà du seuil de tolérance régional fixé à sept ans, le rendement a été plafonné à 7,65 hectolitres, son niveau le plus bas depuis 2004.

Arrachage et batailles judiciaires au cœur des débats
Pour Julien Massé, qui a pris la tête de l’UGVC en juin dernier, le constat est clair : « ceux qui ont piloté la croissance ne peuvent pas piloter la crise ». La profession doit désormais envisager des solutions drastiques, à l’image du dispositif d’arrachage primé à 10 000 euros l’hectare. Une mesure douloureuse, financée à hauteur de 6 000 euros par la viticulture elle-même, mais que le président défend comme une nécessité pour permettre à certains exploitants de « sortir dans la dignité ».

Le climat de tension se traduit également sur le terrain judiciaire. L’UGVC soutient activement les quarante-cinq viticulteurs plaignants dont les contrats ont été rompus, et qui attaquent le géant Sazerac devant le tribunal de commerce, avec une décision attendue pour le 22 septembre. En revanche, le président du syndicat a annoncé qu’un collectif anonyme, qui contestait en justice le principe même de rendement autorisé (et donc de solidarité viticole), venait finalement de se désister.

Le spectre des années 1990
Ce brutal coup d’arrêt réveille dans le vignoble le douloureux souvenir de la crise de 1998, époque où le marché japonais s’était effondré, provoquant des blocages massifs de la ville de Cognac par les tracteurs. S’il avait fallu près de trente ans pour digérer les plantations excessives des années 1970, la filière espère aujourd’hui réagir plus rapidement. Quant à la gouvernance de l’interprofession (BNIC), qui doit revenir à la viticulture en fin d’année, Julien Massé a d’ores et déjà fait savoir qu’il refuserait d’en briguer la présidence.

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