À l’heure de la rentrée, l’argent de poche revient dans les discussions familiales. Mais entre paiements sans contact, achats en ligne et épargne, les parents français ne savent pas toujours comment transmettre les bons réflexes financiers. Une enquête menée auprès de 3 600 parents révèle une éducation à l’argent encore largement construite au tâtonnement.

Parler d’argent, oui. Donner les vrais chiffres, beaucoup moins.
Les Français parlent-ils suffisamment d’argent avec leurs enfants ? En apparence, oui. Mais dès qu’il s’agit de parler concrètement de salaires, de factures ou de budget familial, la transparence s’arrête souvent aux portes des montants.
Selon l’enquête réalisée pour Yomoni auprès de 3 600 parents d’enfants âgés de 6 à 17 ans, 70 % des parents déclarent aborder les questions d’argent avec leurs enfants. Pourtant, seuls 13 % des parents d’enfants et 24 % des parents d’adolescents disent le faire en toute transparence, en donnant les véritables chiffres.
La majorité préfère rester plus vague : 57 % des parents d’enfants et 59 % des parents d’adolescents parlent d’argent, mais cachent les montants réels. Pour près d’un parent sur cinq d’enfants, le sujet reste même suffisamment délicat pour être considéré comme tabou ou source de malaise.
Cette difficulté à parler concrètement d’argent peut compliquer l’apprentissage du budget au moment où les enfants commencent progressivement à gérer leurs propres dépenses.
Carte bancaire et paiement sans contact : l’argent devient difficile à voir
Le problème est encore plus visible avec la disparition progressive de l’argent liquide. Pour un enfant, quelques pièces ou un billet permettent de matérialiser immédiatement ce qu’il possède et ce qu’il dépense. Avec une carte bancaire ou un téléphone, cette limite devient beaucoup plus abstraite.
Près de la moitié des parents interrogés, soit 47 %, estiment ainsi que leur enfant ne comprend pas vraiment la valeur de l’argent lorsqu’il est principalement utilisé sous forme numérique.
Chez les parents d’enfants, 17 % expliquent que leur enfant associe simplement le paiement au fait « d’approcher un téléphone », tandis que 19 % estiment que leur enfant considère la carte bancaire comme « magique » et sans véritable limite.
Chez les adolescents, ces proportions restent importantes : 15 % ont cette vision du paiement sans contact et 12 % considèrent encore la carte bancaire comme une réserve d’argent illimitée.
L’argent de poche reste très différent selon l’âge
À la rentrée, la question de l’argent de poche revient naturellement dans les familles. Faut-il donner une somme fixe chaque mois ? Récompenser les tâches ménagères ? Donner uniquement lorsqu’un besoin se présente ?
Les pratiques restent très diverses. Chez les enfants, seuls 27 % reçoivent un montant fixe sans condition. Cette proportion grimpe à 43 % chez les adolescents.
À l’inverse, 26 % des parents d’enfants ne donnent pas du tout d’argent de poche. Ils ne sont plus que 11 % lorsque l’enfant devient adolescent.
Le montant augmente également nettement avec l’âge. Seuls 8 % des enfants reçoivent plus de 30 euros par mois. Chez les adolescents, cette proportion atteint 32 %. Les sommes distribuées évoluent donc fortement au moment où les jeunes gagnent en autonomie et commencent à multiplier leurs propres dépenses.
Filles et garçons : des montants encore parfois différents
L’enquête met également en lumière une différence entre filles et garçons, même si la majorité des familles affirme appliquer les mêmes règles.
Chez les enfants, 56 % des parents déclarent donner exactement le même montant à âge égal. Cette proportion atteint 51 % chez les adolescents.
Mais lorsqu’une différence existe, elle est davantage favorable aux garçons. Chez les adolescents, 9 % des parents déclarent donner un peu plus à leur fils, contre seulement 3 % qui donnent davantage à leur fille.
Une différence qui montre que certains réflexes financiers peuvent parfois se transmettre très tôt, y compris sans que les parents en aient réellement conscience.
Donner de l’argent contre des tâches ménagères reste minoritaire
Contrairement à une idée répandue, l’argent de poche n’est pas majoritairement utilisé comme récompense pour les tâches du quotidien.
Seulement 5 % des parents d’enfants conditionnent l’argent de poche aux tâches ménagères. Chez les adolescents, cette proportion monte à 13 %. Les bonnes notes sont encore moins souvent utilisées comme déclencheur : 4 % pour les enfants et 6 % pour les adolescents.
Dans la majorité des cas, les familles privilégient donc soit une somme fixe, soit une distribution ponctuelle selon les besoins.
Des parents qui ne se sentent pas toujours capables d’enseigner la gestion d’un budget
L’un des enseignements les plus marquants de l’étude concerne finalement les parents eux-mêmes.
À peine 21 % des parents d’enfants et 25 % des parents d’adolescents se sentent pleinement compétents pour apprendre à leurs enfants à gérer leur argent.
La majorité estime avoir des connaissances seulement moyennes et devoir « faire avec ses propres limites ». Ils sont 58 % chez les parents d’enfants et 54 % chez les parents d’adolescents.
Certains reconnaissent même leurs propres difficultés : 7 % des parents d’enfants et 9 % des parents d’adolescents déclarent mal gérer leur propre argent. D’autres expliquent n’avoir eux-mêmes jamais appris à gérer un budget.
Les achats en ligne deviennent un nouveau terrain de risque
Avec l’adolescence, les dépenses numériques prennent également une place beaucoup plus importante.
Alors que 86 % des parents d’enfants déclarent que leur enfant n’a jamais dépensé d’argent via un écran sans leur accord, cette proportion tombe à 55 % chez les parents d’adolescents.
Les jeux vidéo arrivent en tête : 19 % des adolescents concernés ont déjà réalisé des achats dans un jeu, comme des skins ou des packs, sans accord parental. Les abonnements et applications concernent 17 % d’entre eux et les achats en ligne 12 %.
Plus préoccupant, 3 % des parents d’adolescents déclarent que leur enfant a déjà dépensé de l’argent via des paris ou des jeux d’argent en ligne.
Épargner pour son enfant : une volonté qui se heurte aux moyens
Préparer les études, le permis de conduire ou le premier logement : les parents souhaitent largement anticiper l’avenir de leurs enfants. Mais entre l’intention et la réalité, l’écart reste important.
Seuls 23 % des parents d’enfants déclarent placer régulièrement de l’argent pour leur avenir. Chez les adolescents, cette proportion progresse à 33 %.
Dans le même temps, 37 % des parents d’enfants expliquent qu’ils aimeraient épargner mais n’en ont pas les moyens. Cette proportion reste élevée chez les adolescents, à 29 %.
Même lorsqu’un livret a été ouvert, l’épargne n’est pas toujours alimentée : 22 % des parents d’enfants et 26 % des parents d’adolescents déclarent y déposer peu ou rien.
À la rentrée, apprendre à gérer l’argent devient aussi une affaire d’éducation
L’étude dessine finalement un paradoxe : les parents souhaitent transmettre de bonnes habitudes financières, mais beaucoup ne se sentent pas suffisamment armés pour le faire.
Dans un quotidien où l’argent est de moins en moins visible, apprendre à un enfant qu’un paiement représente une dépense réelle devient un enjeu éducatif à part entière. L’argent de poche peut alors servir de premier outil pour comprendre les notions de budget, de choix, de frustration et d’épargne.
Pour Yomoni, l’objectif n’est donc pas nécessairement de déterminer combien un enfant doit recevoir, mais surtout de lui apprendre à arbitrer entre ce qu’il souhaite acheter aujourd’hui et ce qu’il pourrait mettre de côté pour demain.
Méthodologie
L’enquête a été réalisée en ligne selon la méthode CAWI du 21 au 28 août 2026 auprès de 3 600 parents résidant en France et ayant au moins un enfant âgé de 6 à 17 ans. L’échantillon comprend deux groupes de 1 800 parents : l’un interrogé au sujet d’un enfant de 6 à 11 ans, l’autre au sujet d’un adolescent de 12 à 17 ans. Les données ont fait l’objet d’un redressement statistique selon plusieurs critères sociodémographiques, notamment à partir de données de référence de l’Insee.