À Angers, l’eau ne se perd plus : comment la Ville réutilise ses ressources pour préserver ses parcs et jardins

À Angers, arroser les parcs et les jardins ne signifie plus forcément ouvrir une borne d’eau potable. Depuis plusieurs années, la Ville et Angers Loire Métropole changent progressivement leurs pratiques pour limiter les prélèvements dans la ressource. Piscines, station de dépollution, fontaines et même patinoire : des eaux qui avaient autrefois une seule vie sont désormais récupérées pour en avoir une seconde.

Pour arroser un jeune arbre, nettoyer une rue ou certains équipements publics, une eau récupérée peut parfois suffire. Encore faut-il qu’elle respecte les conditions sanitaires et réglementaires nécessaires à son utilisation.
Crédit Angers Info – Pour arroser un jeune arbre, nettoyer une rue ou certains équipements publics, une eau récupérée peut parfois suffire. Encore faut-il qu’elle respecte les conditions sanitaires et réglementaires nécessaires à son utilisation.

Une évolution devenue particulièrement importante avec les épisodes de sécheresse. En 2026, alors que le Maine-et-Loire est placé en niveau « crise », les collectivités ont renforcé leurs mesures de sobriété. Au niveau crise, la baisse de consommation d’eau atteint 96,5 % par rapport aux usages habituels.

À Angers, l’eau potable n’est plus la solution par défaut

Le principe est désormais bien installé : lorsqu’une eau peut être récupérée, traitée et réutilisée dans un cadre réglementé, elle n’a pas forcément besoin de repartir immédiatement dans le cycle classique.

La Ville d’Angers réemploie ainsi les eaux provenant notamment des piscines municipales, de la station de dépollution de La Baumette, des fontaines et de l’IceParc. Ces différentes ressources peuvent ensuite être utilisées pour la propreté publique ou l’arrosage des végétaux.

Une stratégie qui répond à un objectif clairement assumé par Angers Loire Métropole. « Le gain, c’est de moins prélever l’eau potable dans la Loire. Avant, la plupart des arrosages se faisaient avec de l’eau potable. Il faut qu’on diversifie nos ressources, car depuis quelques années, on a un petit peu moins d’eau dans la Loire », expliquait Jean-Paul Pavillon, maire des Ponts-de-Cé et vice-président d’Angers Loire Métropole chargé du cycle de l’eau, dans un reportage d’Oxygène Radio.

À La Baumette, une eau traitée pour les jeunes plantations

L’un des dispositifs les plus importants se trouve à la station de dépollution de La Baumette.

La Ville est autorisée depuis plusieurs années à récupérer l’eau située en sortie de la station. Après un traitement complémentaire, elle est captée par les services des Parcs, jardins et paysages d’Angers Loire Métropole et de la Ville d’Angers.

Cette eau est notamment destinée à l’arrosage des jeunes plantations et des parcs les plus proches. Le dispositif fait l’objet d’un encadrement sanitaire et administratif spécifique.

L’idée n’est donc pas de remplacer l’eau potable partout et à tout prix, mais de trouver la bonne ressource pour le bon usage.

Les piscines participent aussi au nouveau cycle de l’eau

Les piscines municipales ont également leur rôle à jouer.

À Aquavita, une réserve de 15 m³ récupère notamment les eaux de rinçage des filtres. Cette eau peut ensuite être captée par les services municipaux pour être utilisée lors du nettoyage de l’espace public ou transportée vers les parcs et jardins dans des citernes.

Le dispositif existe également à Belle-Beille, où la récupération de l’eau de filtration permet de préserver plusieurs mètres cubes chaque jour.

Et puis il y a l’IceParc, dont le fonctionnement offre probablement l’exemple le plus surprenant. Après les matchs des Ducs d’Angers, la surfaceuse récupère une partie de la neige produite lors de l’entretien de la glace. Celle-ci fond dans une cuve avant que l’eau soit récupérée.

Selon Oxygène Radio, 128 m³ d’eau provenant de l’IceParc avaient ainsi été récupérés et réemployés entre la mise en place du dispositif et septembre 2025. Au total, 605 m³ avaient été réemployés entre mai et août grâce à quatre équipements.

L’IceParc reste donc un détail dans cette stratégie globale, mais il résume parfaitement le changement de logique : même l’eau issue de la glace peut trouver une seconde utilisation au pied d’un jeune arbre.

« C’est peut-être une goutte d’eau », mais à l’échelle du territoire…

Pour Jean-Paul Pavillon, l’intérêt du dispositif dépasse les seuls volumes récupérés à Angers.

« C’est peut-être une goutte d’eau, mais à l’échelle, si tout le monde d’Angers Loire Métropole arrive à le faire pour les piscines municipales ou d’autres équipements, ça peut faire beaucoup », expliquait l’élu à Oxygène Radio.

C’est précisément l’un des enjeux de cette politique : multiplier les petites sources d’eau alternatives plutôt que de chercher une solution unique.

Angers Loire Métropole prélève actuellement une partie importante de son eau dans la Loire et cherche à réduire progressivement cette pression sur la ressource.

Arroser moins, mais surtout arroser autrement

La réutilisation de l’eau ne constitue toutefois qu’une partie de la stratégie angevine.

La Ville travaille également sur l’arrosage intelligent. Des arbres sont équipés de sondes permettant de suivre leurs besoins réels en eau, tandis que plusieurs parcs, jardins et complexes sportifs disposent de systèmes d’irrigation permettant d’adapter les apports.

L’objectif est de ne plus arroser mécaniquement, mais d’adapter les apports à l’état réel du sol et aux conditions météorologiques.

Cette approche permet également de réduire progressivement la dépendance de certains espaces au réseau d’eau. Dans plusieurs secteurs, les apports sont diminués au fil des années afin que les végétaux développent leurs racines plus profondément et deviennent davantage autonomes.

Les jeunes arbres, priorité dans une ville qui veut rester verte

En période de crise, tous les espaces verts ne sont évidemment pas traités de la même façon.

L’arrosage des espaces paysagers et des fleurissements est fortement réduit, voire arrêté selon les niveaux de restriction. En revanche, les jeunes arbres et les jeunes plantations pérennes bénéficient d’une attention particulière afin d’éviter leur disparition.

En 2026, jusqu’à 1 334 jeunes arbres et 1,5 hectare de nouveaux massifs sont concernés par ces mesures de sauvegarde.

Cette priorité répond à une logique de long terme : les arbres plantés aujourd’hui seront demain une partie de la réponse aux fortes chaleurs et aux îlots de chaleur urbains.

Il ne s’agit donc pas seulement de sauver quelques plantations. Il s’agit aussi de préserver les investissements réalisés pour végétaliser la ville et préparer Angers aux épisodes de chaleur plus fréquents.

Une autre eau pour d’autres usages

Cette politique pose finalement une question assez simple : faut-il réellement utiliser de l’eau potable pour tous les usages ?

À Angers, la réponse est de moins en moins évidente.

Pour arroser un jeune arbre, nettoyer une rue ou certains équipements publics, une eau récupérée peut parfois suffire. Encore faut-il qu’elle respecte les conditions sanitaires et réglementaires nécessaires à son utilisation.

C’est tout l’intérêt des différents dispositifs mis en place : ne pas gaspiller une ressource qui peut encore servir, tout en réservant l’eau potable aux usages qui nécessitent réellement sa qualité.

Demain, davantage d’eau de pluie ?

La collectivité regarde également du côté de l’eau de pluie. Une étude est notamment menée autour de la récupération de cette ressource pour certains usages, notamment l’arrosage des terrains de sport.

Dans le même temps, les gammes végétales évoluent. Les plantations sont progressivement pensées avec davantage d’essences capables de supporter les périodes de sécheresse et nécessitant moins d’eau une fois installées.

Le changement est parfois discret pour les habitants. Pourtant, derrière un arbre planté dans un parc ou un massif fleuri, c’est désormais toute une réflexion sur l’origine de l’eau utilisée qui s’installe.

À Angers, l’eau commence une deuxième vie

Derrière les citernes qui circulent dans la ville, les sondes installées au pied des arbres ou les réserves aménagées dans les équipements municipaux, une nouvelle philosophie se dessine.

L’eau d’une piscine peut servir à nettoyer une rue. Celle de La Baumette peut contribuer à maintenir un jeune arbre. L’eau récupérée après l’entretien de la glace de l’IceParc peut rejoindre le même circuit. Et demain, une partie de l’eau de pluie pourrait également venir compléter ce dispositif.

Jean-Paul Pavillon résume cette logique : « Il faut qu’on diversifie nos ressources ».

À Angers, la question n’est donc plus seulement de savoir combien d’eau est consommée, mais aussi quelle eau est utilisée, pour quel besoin et si elle peut avoir une seconde vie.

Et dans cette nouvelle équation, les parcs et jardins deviennent l’un des derniers maillons d’un cycle beaucoup plus large : l’eau qui a déjà servi n’est plus forcément une eau perdue.

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