Maine-et-Loire : pourquoi la LPO s’inquiète des nouvelles règles qui pourraient changer le sort des haies

Une haie détruite devra-t-elle être remplacée par une haie de même longueur ? C’est ce que prévoit actuellement le projet d’arrêté préfectoral en Maine-et-Loire. La LPO Anjou estime que cette règle ne permettrait pas de compenser réellement la disparition des haies anciennes et alerte aussi sur les dates prévues pour les travaux.

Une nouvelle plantation, même si elle occupe la même longueur, ne possède pas immédiatement les mêmes caractéristiques.
Crédit Angers Info – Une nouvelle plantation, même si elle occupe la même longueur, ne possède pas immédiatement les mêmes caractéristiques.

Dans les campagnes du Maine-et-Loire, les haies font partie du paysage. Mais elles ne servent pas uniquement à séparer deux parcelles. Elles offrent aussi un abri, de la nourriture et des lieux de reproduction à de nombreuses espèces d’oiseaux et d’animaux.

C’est justement ce rôle que la LPO Anjou veut rappeler alors que de nouvelles règles doivent être mises en place.

Une nouvelle règle pour les haies

La loi d’orientation agricole du 24 mars 2025 prévoit un régime unique de la haie. Dans chaque département, un arrêté préfectoral doit préciser les règles applicables.

En Maine-et-Loire, le projet actuellement présenté prévoit notamment un coefficient de replantation de 1.

Dit plus simplement : si un kilomètre de haie est détruit dans le cadre d’un projet, un kilomètre devra être replanté.

Pour la LPO Anjou, ce calcul ne suffit pas à prendre en compte la différence entre une haie récemment plantée et une haie qui existe depuis plusieurs dizaines d’années.

« Pour un kilomètre de haie détruite – même vieille de plus de soixante ans, avec toute la valeur écologique existante – un kilomètre seulement devra être replanté », dénonce l’association dans son communiqué.

Pourquoi une vieille haie ne se remplace pas en quelques années

L’explication est finalement assez simple. Une haie ancienne a eu le temps de développer une végétation importante et d’accueillir de nombreuses espèces.

Une nouvelle plantation, même si elle occupe la même longueur, ne possède pas immédiatement les mêmes caractéristiques.

La LPO Anjou défendait donc, lors de la concertation, un coefficient compris entre 1,5 et 2, selon le type de haie détruite.

L’association revient également sur une réunion organisée le 12 mai. Selon elle, les représentants de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs avaient quitté la réunion après avoir demandé que le coefficient reste fixé à 1.

Le projet d’arrêté reprend finalement ce coefficient.

Une situation qui pousse la LPO Anjou à poser une question : « faut-il quitter la table pour être entendu par l’État ? »

Des oiseaux peuvent encore nicher après le 9 août

L’autre sujet qui inquiète la LPO concerne le calendrier des travaux.

Le projet prévoit que les interventions sur les haies puissent débuter dès le 9 août.

Or, selon les observations réalisées par la LPO Anjou, certaines espèces protégées peuvent encore se reproduire à cette période.

L’association cite notamment la Grive musicienne, le Verdier d’Europe, le Chardonneret élégant et le Faucon hobereau.

« Cette date ne tient nullement compte de la réalité écologique du territoire », estime la LPO Anjou, qui indique observer chaque année des reproductions actives jusqu’au début du mois de septembre pour plusieurs espèces.

L’enjeu est donc concret : couper une haie à cette période peut intervenir alors que des oiseaux utilisent encore les arbres et arbustes pour se reproduire.

Le problème de la sécheresse

La LPO soulève également une autre question : celle de la survie des nouvelles plantations.

Une haie détruite disparaît immédiatement. Une nouvelle haie, elle, a besoin de plusieurs années pour grandir.

Et toutes les plantations ne résistent pas forcément aux conditions météorologiques.

Avec les épisodes de sécheresse récurrents, la LPO Anjou estime ainsi qu’il est impossible de garantir que toutes les haies replantées survivront.

L’association résume sa crainte par une formule particulièrement claire : « Destructions immédiates, compensations incertaines et retardées ».

Un débat qui concerne les paysages du Maine-et-Loire

Derrière ce projet d’arrêté préfectoral se trouve donc une question assez simple : comment remplacer une haie qui a parfois mis plusieurs décennies à se développer ?

Pour l’État, le nouveau régime doit permettre d’harmoniser les règles concernant les haies. Pour la LPO Anjou, le dispositif présenté ne prend pas suffisamment en compte la biodiversité et le temps nécessaire à la reconstitution d’un milieu naturel.

L’association a ainsi choisi de rendre publique sa réaction au projet, qu’elle résume dans le titre de son communiqué : « un projet d’arrêté préfectoral qui ignore le dialogue et le vivant ».

Le texte étant encore au stade du projet, le débat n’est pas terminé. Dans le Maine-et-Loire, les prochaines étapes permettront de voir si le coefficient de replantation et les périodes de travaux évolueront avant l’adoption définitive de l’arrêté.

Quitter la version mobile