C’est une nouvelle étape importante pour l’industrie angevine. Bull inaugure ce vendredi 2 octobre son nouveau bâtiment de production sur son site historique d’Angers. Derrière cet investissement de 80 millions d’euros se dessine une usine entièrement repensée pour répondre aux besoins croissants en supercalculateurs, en infrastructures d’intelligence artificielle et, demain, en technologies quantiques. Un projet qui doit faire de l’usine angevine un site industriel stratégique à l’échelle européenne.

Une usine historique d’Angers entre dans une nouvelle dimension
Depuis son inauguration en 1963, le site Bull d’Angers a accompagné plusieurs générations de technologies informatiques. Plus de soixante ans plus tard, l’usine change une nouvelle fois d’échelle avec un vaste programme de reconstruction et de modernisation qui doit s’achever en 2028. La première étape de cette transformation est désormais visible avec l’inauguration du nouveau bâtiment de production, conçu pour permettre à l’entreprise de fabriquer et de tester les infrastructures informatiques les plus puissantes du marché.
Au total, 80 millions d’euros sont investis dans la transformation du site angevin. L’objectif n’est pas simplement de rénover une usine vieillissante, mais de construire un outil industriel capable d’évoluer avec des technologies qui progressent très rapidement. Les besoins liés à l’intelligence artificielle, au calcul scientifique et aux supercalculateurs évoluent en effet à une vitesse telle que les lignes de production doivent pouvoir être régulièrement adaptées. Bull a donc conçu ses nouveaux ateliers pour pouvoir modifier leur organisation, intégrer davantage d’automatisation et utiliser progressivement des robots collaboratifs.
20 000 m² pour fabriquer les ordinateurs les plus puissants d’Europe
Le nouveau site représente 20 000 m² de surface totale, dont 10 700 m² consacrés à la production. Selon Bull, cette nouvelle organisation doit permettre de doubler la capacité de production de l’usine tout en améliorant sa productivité de 30 %. La conception des bâtiments doit également permettre de réduire de 30 % les coûts de maintenance, avec une organisation plus moderne des espaces industriels et des équipements.
Concrètement, le site angevin est destiné à réunir plusieurs étapes qui étaient jusqu’ici réparties entre différents espaces ou infrastructures. Les équipes peuvent y concevoir, intégrer, assembler, tester et valider des supercalculateurs, des serveurs d’entreprise et des infrastructures destinées à l’intelligence artificielle. Cette capacité à réaliser l’ensemble de ces opérations sur un même site constitue l’un des principaux arguments avancés par Bull pour présenter Angers comme un site industriel unique en Europe.
Des panneaux solaires et de la chaleur récupérée
La nouvelle usine doit également répondre à des objectifs environnementaux plus importants. Le bâtiment accueille ainsi plus de 3 500 panneaux photovoltaïques, installés sur environ 7 000 m², pour une puissance maximale annoncée de 1 500 kWc. Bull prévoit également une alimentation électrique issue d’énergies renouvelables afin de réduire l’empreinte énergétique du site.
L’autre particularité du projet concerne la chaleur produite par les équipements informatiques. Les machines utilisées pour le calcul intensif et les phases de test dégagent en effet beaucoup de chaleur. Plutôt que de la considérer uniquement comme une perte énergétique, Bull prévoit de la récupérer pour l’injecter dans le réseau de chaleur urbain. L’objectif annoncé est de récupérer à terme 5 GWh de chaleur par an, soit l’équivalent des besoins d’environ 600 foyers.
La reconstruction du site est assurée par Alter Cités, entreprise publique locale au service des territoires de l’Anjou et de l’agglomération angevine. Le projet bénéficie également de plusieurs soutiens publics, avec 1,2 million d’euros du Fonds vert, 213 000 euros de l’Ademe dans le cadre du Fonds chaleur et 1,5 million d’euros de la Région Pays de la Loire.
Mais que fabrique exactement Bull à Angers ?
Pour comprendre l’importance du site angevin, il faut revenir à ce qu’est un supercalculateur. Contrairement à un ordinateur classique, utilisé par une seule personne pour effectuer quelques tâches à la fois, un supercalculateur rassemble des milliers de composants capables de travailler simultanément. Il peut ainsi réaliser un nombre gigantesque d’opérations en une seconde et permettre aux chercheurs ou aux entreprises de résoudre des problèmes qui seraient impossibles à traiter avec une informatique traditionnelle.
Ces machines sont utilisées dans de nombreux domaines : recherche scientifique, météorologie, énergie, simulation industrielle, médecine ou encore intelligence artificielle. Les supercalculateurs sont notamment indispensables pour entraîner certains modèles d’intelligence artificielle, analyser d’immenses volumes de données ou simuler des phénomènes complexes.
À Angers, Bull ne se contente donc pas de produire des serveurs informatiques classiques. Le site assemble et teste des infrastructures complexes destinées notamment au calcul haute performance. L’entreprise présente d’ailleurs son usine angevine comme le seul site industriel en Europe capable d’assembler des supercalculateurs à grande échelle.
Angers participe déjà aux grands projets européens
Le savoir-faire développé à Angers est déjà mobilisé sur plusieurs projets de très grande ampleur. Le site a notamment participé à la réalisation de JUPITER, présenté comme le premier supercalculateur européen capable d’atteindre la puissance exascale. À cette échelle, la machine peut effectuer environ un milliard de milliards d’opérations par seconde, une puissance qui donne une idée de la quantité de calcul nécessaire aux infrastructures scientifiques et aux futures applications d’intelligence artificielle.
L’usine angevine travaille également sur des systèmes destinés à réduire leur consommation énergétique. Bull met notamment en avant sa participation à plusieurs supercalculateurs figurant parmi les plus performants au monde sur le plan de l’efficacité énergétique. Cette double recherche de puissance et de sobriété devient particulièrement importante à mesure que les besoins informatiques liés à l’intelligence artificielle explosent.
De nouveaux supercalculateurs doivent sortir d’Angers
La transformation de l’usine doit permettre d’aller encore plus loin dans les prochaines années. Bull prévoit notamment de faire participer le site angevin à la réalisation d’Alice Recoque, le prochain supercalculateur exascale européen qui doit être hébergé en France et dont la mise en service est attendue en 2027.
Le site doit également contribuer à LUMI-AI, une infrastructure d’intelligence artificielle développée autour du supercalculateur européen LUMI en Finlande. Pour Bull, ces projets illustrent le changement de dimension du site angevin : l’usine ne doit plus seulement répondre à des commandes industrielles classiques, mais devenir un maillon de la construction des grandes infrastructures numériques européennes.
Bull veut aussi ouvrir son usine à d’autres entreprises
L’entreprise profite de cette inauguration pour lancer son programme « Open Factory », qui doit permettre à d’autres acteurs technologiques de bénéficier des capacités industrielles de l’usine angevine. L’idée répond à un problème auquel sont confrontées de nombreuses entreprises innovantes : réussir à mettre au point une technologie dans un laboratoire est une chose, parvenir ensuite à la fabriquer à grande échelle en est une autre.
Bull souhaite ainsi accompagner des entreprises travaillant dans l’intelligence artificielle, le calcul avancé ou les technologies quantiques lorsqu’elles passent de la phase de recherche et développement à la production industrielle. Le groupe veut notamment contribuer à faire émerger en Europe des infrastructures aujourd’hui largement fabriquées en dehors du continent, alors que les besoins en capacités de calcul explosent avec le développement de l’intelligence artificielle.
Un premier partenariat a déjà été annoncé avec Foxconn, géant mondial de la fabrication électronique. Les deux entreprises doivent travailler à la conception et à la fabrication en Europe de serveurs d’intelligence artificielle reposant notamment sur la plateforme NVIDIA Vera Rubin NVL72. Ces équipements sont destinés aux grandes infrastructures d’IA et aux nouveaux acteurs du cloud.
Un enjeu qui dépasse largement Angers
Derrière cette transformation industrielle se joue donc une question qui dépasse le seul avenir de l’usine angevine. Les entreprises et les États européens ont besoin de disposer de capacités de calcul toujours plus importantes pour développer l’intelligence artificielle, la recherche scientifique et de nombreuses technologies stratégiques. Or, une grande partie des infrastructures informatiques nécessaires à ces activités est aujourd’hui produite en dehors de l’Europe.
En renforçant son usine d’Angers, Bull entend donc contribuer à maintenir sur le continent une partie de cette chaîne industrielle. Pour Emmanuel Le Roux, directeur général de Bull, le nouveau site doit permettre à l’entreprise de passer de son rôle historique dans le calcul informatique à celui de partenaire industriel pour les supercalculateurs, l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques dites souveraines.
« Depuis son inauguration en 1963, l’usine d’Angers accompagne les grandes étapes de l’histoire de Bull », souligne le dirigeant, qui considère ce nouvel outil industriel comme un moyen de préparer « la prochaine génération de supercalculateurs, d’infrastructures d’IA et de technologies ».