Montrevault-sur-Èvre, Sèvremoine, Beaupréau-en-Mauges et Mauges-sur-Loire figuraient parmi les communes du Maine-et-Loire ciblées par une série de cambriolages de piscines publiques durant l’été 2026. Deux hommes, également poursuivis pour des faits similaires en Loire-Atlantique et en Vendée, ont été condamnés jeudi 1er octobre 2026 par le tribunal correctionnel de Nantes.

Les premières investigations avaient commencé après le cambriolage de la piscine de Nort-sur-Erdre, en Loire-Atlantique, dans la nuit du 23 au 24 juin 2026. Sur les images de vidéosurveillance, les enquêteurs avaient découvert deux individus en train de forcer une porte à l’aide d’un pied-de-biche. L’un d’eux portait notamment un « jogging noir avec des bandes blanches », un détail vestimentaire qui allait permettre de rapprocher cette affaire de plusieurs autres vols commis dans les jours suivants. Des cambriolages similaires avaient en effet été signalés à Grandchamp-des-Fontaines et à Cordemais, avec à chaque fois un mode opératoire comparable.
Quatre piscines ciblées en Maine-et-Loire
L’enquête allait rapidement prendre une dimension régionale. Les gendarmes avaient notamment relevé la présence d’un utilitaire Volkswagen Caddy dont les plaques d’immatriculation avaient été volées à Vertou durant la nuit des premiers faits. Le véhicule allait ensuite être retrouvé dans plusieurs dossiers, notamment lors des cambriolages commis en Vendée au Poiré-sur-Vie et à Aizenay, où les auteurs portaient des « tenues similaires » à celles observées lors des premiers faits. Puis les investigations ont conduit les enquêteurs jusqu’au Maine-et-Loire, où le même véhicule a été identifié lors de cambriolages commis à Montrevault-sur-Èvre et à Sèvremoine, tandis que Beaupréau-en-Mauges et Mauges-sur-Loire figuraient également parmi les communes concernées par cette série de vols.
Lors de l’audience devant le tribunal correctionnel de Nantes, le président a détaillé la manière dont les gendarmes étaient parvenus à reconstituer une partie du parcours des suspects. « Les gendarmes en ont déduit qu’ils avaient dû passer par le péage d’Ancenis », a expliqué le magistrat en s’appuyant sur les éléments du dossier. Les enquêteurs avaient notamment établi un lien avec le premier cambriolage de Nort-sur-Erdre, puisque l’utilitaire avait été « flashé sur la route » durant la nuit des faits. Malgré les fausses plaques d’immatriculation utilisées sur le véhicule, son propriétaire avait pu être identifié. Il s’agissait de Valentin XXX, un salarié d’une entreprise automobile de Rezé, également titré Meilleur ouvrier de France en carrosserie.
Les téléphones permettent de remonter jusqu’aux deux suspects
L’exploitation de la téléphonie de cet homme âgé de 30 ans a ensuite permis aux enquêteurs de découvrir des « contacts réguliers » avec son cousin par alliance, Louis-Paul XXX. Le téléphone de ce dernier avait, selon les éléments présentés à l’audience, borné dans plusieurs des secteurs correspondant aux lieux des cambriolages. Ces différents indices, ajoutés aux images de vidéosurveillance et aux déplacements du véhicule, ont progressivement renforcé les soupçons des enquêteurs. Devant les juges nantais, les deux hommes ont finalement reconnu la totalité des faits qui leur étaient reprochés.
À la barre, Valentin XXX a tenté d’expliquer les raisons qui l’avaient conduit à participer à cette série de cambriolages. Il a assuré que les faits n’avaient pas été préparés de longue date et a évoqué une période personnelle compliquée, alors qu’il venait de se séparer de sa compagne. « À aucun moment cela n’a été planifié. J’étais perdu, car je n’étais plus avec ma compagne, mais depuis, je me suis remis avec », a-t-il déclaré aux trois juges. Le prévenu a également expliqué qu’il était « un petit peu en manque d’argent », notamment en raison de « beaucoup de frais de gasoil » et de « dépenses extérieures », alors qu’il était retourné vivre chez ses parents à Rezé. Il a assuré avoir depuis engagé « un travail psychologique » afin de comprendre son comportement et « avoir une réponse à mes questions et aux vôtres ».
Le président du tribunal lui a toutefois rappelé que les difficultés évoquées ne suffisaient pas à expliquer le passage à l’acte. « Tout ce que vous nous racontez, c’est le quotidien de 99 % des gens et pourtant ils ne volent pas », lui a répondu le magistrat. Une remarque d’autant plus appuyée que le tribunal a relevé que le prévenu disposait d’un revenu d’environ 2 200 euros par mois, considéré comme « plutôt haut » dans le cadre de l’examen de sa situation personnelle.
Pourquoi avoir ciblé les piscines publiques ?
Le choix des piscines publiques avait également intrigué les magistrats. Pourquoi s’en prendre précisément à ces équipements municipaux plutôt qu’à des habitations ou à d’autres commerces ? Interrogé sur ce point par le procureur de la République, Louis-Paul XXX, âgé de 25 ans, a expliqué qu’il cherchait notamment à éviter de rencontrer des habitants pendant leur sommeil. « Pourquoi des piscines ? Ce n’est pas commun : souvent on vole des maisons, des banques… », lui a demandé le procureur. Le prévenu lui a répondu qu’il n’avait « pas envie de choquer des gens » dans leur sommeil, avant d’ajouter : « C’est pas mon but dans la vie… Là, je savais que je n’allais pas croiser d’autres humains. »
Cette explication a trouvé un écho particulier dans le dossier puisque plusieurs des cambriolages avaient été commis alors que les piscines étaient particulièrement fréquentées en raison des fortes chaleurs. À Sèvremoine notamment, les horaires d’ouverture avaient été élargis pour permettre aux habitants de profiter davantage de l’équipement durant le premier épisode de canicule. Une responsable de la mairie a expliqué devant le tribunal : « On avait élargi nos horaires pour répondre aux besoins de la population car c’était la première semaine de canicule. Tout le monde savait qu’il y avait de l’argent dans la caisse. » Une situation qui permet de comprendre pourquoi les équipements aquatiques avaient pu représenter une cible intéressante pour les cambrioleurs au moment où leur fréquentation et leurs recettes étaient particulièrement importantes.
Près de 100 000 euros de préjudice
Au fil des différents cambriolages, le préjudice subi par les établissements concernés s’est élevé à près de 100 000 euros. L’avocat de Louis-Paul XXX, Me Théo Barrière, a toutefois demandé au tribunal de ramener ce montant à de « plus justes proportions », soulignant notamment que certains coffres-forts avaient finalement été retrouvés vides. Il a qualifié cette série de cambriolages d’« équipée de pieds nickelés », tout en rappelant que les conséquences financières pour les victimes restaient importantes.
La défense de Valentin XXX a, de son côté, insisté sur son parcours professionnel. Me Franck-Olivier Ardouin a notamment rappelé que son client était Meilleur ouvrier de France en carrosserie et qu’il bénéficiait d’une solide reconnaissance dans son entreprise. « Il s’est attiré les louanges de son employeur », a expliqué l’avocat, qui a décrit un responsable professionnel « dithyrambique » sur les qualités personnelles de son client et son investissement dans son travail. Le salarié est également « maître de stage » et a « des jeunes sous sa responsabilité », a rappelé son conseil, qui a ainsi voulu mettre en avant une insertion professionnelle jusque-là solide malgré les faits qui lui étaient reprochés.
Deux peines prononcées par le tribunal
Le parquet avait requis quatre mois de prison ferme, sans aménagement à ce stade, ainsi que huit mois supplémentaires avec sursis probatoire à l’encontre de Valentin XXX. Pour Louis-Paul XXX, déjà condamné à deux reprises, le procureur avait demandé six mois de prison ferme avec maintien en détention, auxquels devaient s’ajouter quinze mois avec sursis probatoire.
Le tribunal a finalement condamné Louis-Paul XXX à douze mois de prison ferme, mais sans mandat de dépôt. Il devra donc être convoqué devant un juge de l’application des peines afin que soient examinées les modalités d’exécution de sa peine. Une alternative à l’incarcération, comme le bracelet électronique ou la semi-liberté, pourra notamment être étudiée. Valentin XXX a, lui, été condamné à quinze mois de prison avec sursis probatoire.
En prononçant cette peine, le président du tribunal correctionnel de Nantes a voulu souligner la gravité de la série de faits tout en tenant compte de la situation personnelle des deux prévenus. « C’est une sérieuse peine d’avertissement, adaptée à la gravité des faits et à leurs répercussions dans la société », a justifié le magistrat. Pour les communes du Maine-et-Loire concernées, l’affaire ne s’arrêtera toutefois pas avec le jugement pénal : la question de l’indemnisation des victimes doit encore être examinée. Le montant des réparations auxquelles pourront prétendre les différentes piscines et collectivités sera arrêté en février 2027.