Un restaurateur qui exploite deux établissements sur les bords de Loire, à Oudon et à Orée d’Anjou, comparaissait mardi 12 octobre 2026 devant le tribunal correctionnel de Nantes. Il est poursuivi après un accident de la route survenu en janvier à Thouaré-sur-Loire, en Loire-Atlantique. Un jeune homme de 25 ans avait été grièvement blessé, transpercé par une barre de fer. Au cœur de l’audience : l’identité du conducteur et les soupçons de subornation de témoins.

Deux restaurants au cœur de l’affaire
L’affaire prend ses racines sur les bords de Loire, à la limite du Maine-et-Loire et de la Loire-Atlantique. Alain XXX, gérant de deux restaurants actuellement fermés en raison des inondations, avait commencé sa soirée du 27 janvier 2026 dans son établissement, le Hâvre de Paix, à Oudon. Il avait ensuite proposé à ses amis de poursuivre la soirée au Cul du Moulin, situé à Orée d’Anjou, dans le Maine-et-Loire.
Au cours de la soirée, les convives avaient consommé de l’alcool, notamment « du Ricard » et « du rhum ». Vers 3 heures du matin, le restaurateur avait pris la route avec deux amis, Alan XXX et Mathis XXX. Ce dernier devait être déposé au magasin Metro, à Nantes, où il était censé commencer son travail une heure plus tard.
Mais le trajet a tourné au drame. L’Audi dans laquelle circulaient les trois hommes roulait à vive allure lorsqu’elle a percuté des aménagements routiers rue de Nantes, à Thouaré-sur-Loire. Le véhicule a terminé sa course dans l’arrêt de bus du Pont de la Métairie. Les débris ont également endommagé trois véhicules de location de l’enseigne Super U stationnés à proximité.
« J’ai essayé de retirer la barre de fer dans mon corps »
À bord du véhicule, Mathis XXX, âgé de 25 ans, a été très grièvement blessé. La présidente du tribunal correctionnel a rappelé la violence du choc à l’audience : « Le passager avant droit Mathis XXX a été transpercé par une barre de fer. »
Le jeune homme a lui-même raconté les premières secondes après l’accident : « J’ai essayé de retirer la barre de fer dans mon corps. »
Ses blessures, particulièrement graves, ont touché l’omoplate, l’épaule gauche et la main droite. Après plusieurs opérations et une période de coma, il s’est vu prescrire huit mois d’incapacité totale de travail (ITT).
Pour la victime, l’enjeu de cette audience dépasse donc la seule question de la responsabilité dans l’accident. Elle porte également sur les conséquences physiques durables du choc et sur l’indemnisation des dommages subis.
Le restaurateur conteste avoir été au volant
C’est sur l’identité du conducteur que les débats se sont principalement concentrés. Mathis XXX affirme qu’Alain XXX conduisait l’Audi au moment de l’accident et qu’il se serait endormi au volant. Le restaurateur, lui, soutient qu’une quatrième personne se trouvait dans la voiture cette nuit-là.
Cet homme, surnommé « Paulo », aurait été le véritable conducteur. Mais les enquêteurs ne sont jamais parvenus à l’identifier.
Un élément a particulièrement retenu l’attention du tribunal : le lendemain de son admission à l’hôpital, Alain XXX était venu rendre visite à la victime. Il lui aurait alors présenté ses excuses, tout en cherchant à le convaincre de l’existence de ce mystérieux quatrième passager.
Mathis XXX estime que cette version vise avant tout à protéger le restaurateur des conséquences financières de l’accident. La Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) réclame en effet 82 000 euros. Selon la victime, le prévenu chercherait à éviter de devoir régler cette somme, alors qu’il serait déjà lourdement endetté.
Les deux témoins venus soutenir devant le tribunal la version d’Alain XXX ont également été mis en cause par la victime, qui les accuse de mentir pour protéger le restaurateur.
Une dette de 25 000 euros et des soupçons de subornation de témoins
Le dossier ne se limite pas aux blessures routières. Alain XXX doit également répondre de soupçons de subornation de témoins. Le parquet le soupçonne d’avoir payé les deux hommes pour qu’ils confirment l’existence de ce quatrième passager.
Le prévenu aurait reconnu être endetté d’au moins 25 000 euros. Il devait également comparaître le même jour dans une autre affaire, portant sur un trafic de stupéfiants, mais ce volet a été renvoyé à une date ultérieure.
À l’audience, le procureur de la République a vivement contesté la version défendue par le restaurateur. « À entendre M. XXX, les gendarmes de Sainte-Luce-sur-Loire seraient de véritables barbouzes », a-t-il ironisé, avant de poursuivre : « Il se moque de nous : il veut acheter une Audi alors qu’il est endetté ! »
Pour le magistrat, la gravité de l’accident et les éléments du dossier justifient une réponse pénale ferme.
« Et pourquoi pas la peine de mort ? »
Le procureur a requis deux ans de prison ferme, auxquels s’ajoutent douze mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans. Il a également demandé que le prévenu soit soumis à une obligation de travail et d’indemnisation de la victime.
À ces réquisitions s’ajoutent une amende de 135 euros pour conduite à une vitesse excessive, ainsi que l’annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser pendant un an.
La réaction du restaurateur a été immédiate. « Et pourquoi pas la peine de mort ? », a-t-il lancé à l’audience.
Son avocat, Me Antoine Barrière, a lui aussi vivement contesté les demandes du parquet. « En quoi les deux témoins ne sont-ils pas crédibles ? », a-t-il interrogé, avant de dénoncer l’absence, selon lui, de preuves suffisantes pour caractériser une subornation de témoins.
L’avocat a également rappelé qu’une doudoune portant des traces de sang avait été retrouvée à quelques mètres du lieu de l’accident. Selon la défense, ce sang n’appartenait ni à son client ni aux deux autres passagers présents dans le véhicule. Un élément qu’elle estime susceptible de nourrir le doute sur le déroulement exact des faits.
« Oui M. XXX est désagréable, mais avez-vous suffisamment d’éléments pour entrer en condamnation ? Je ne pense pas », a plaidé Me Barrière, qui a demandé la relaxe au bénéfice du doute. Il a notamment souligné que son client ne comptait jusque-là que deux condamnations à son casier judiciaire, pour conduite en état d’ivresse et trafic de stupéfiants.
Verdict attendu à la fin novembre
Le tribunal correctionnel de Nantes a mis sa décision en délibéré. Le jugement est attendu à la fin du mois de novembre 2026.
Pour les établissements du restaurateur, situés à Oudon et à Orée d’Anjou, l’affaire intervient alors qu’ils sont fermés en raison des inondations. Mais c’est désormais la décision de justice qui déterminera les conséquences pénales de cet accident survenu en Loire-Atlantique, au terme d’une soirée commencée dans les restaurants des bords de Loire.