À Orée-d’Anjou, neuf millions de m³ d’eau rejetés dans la Loire : pourquoi les agriculteurs n’en ont-ils pas profité ?

ENQUÊTE. À Orée-d’Anjou (Maine-et-Loire), quelque neuf millions de mètres cubes d’eau se sont accumulés dans la carrière du Fourneau à la suite des crues de février 2026. Depuis la fin juillet, cette eau a été progressivement rejetée dans la Loire, après accord des services de l’État. Mais alors que la sécheresse s’installait durant l’été, une question se pose : pourquoi cette ressource n’a-t-elle pas été proposée aux agriculteurs pour irriguer leurs cultures ?

Neuf millions de mètres cubes. C’est le volume d’eau accumulé dans la carrière du Fourneau, à Orée-d’Anjou, après les importantes crues qui ont touché le département en février 2026. Une quantité considérable, dont l’évacuation a nécessité une décision des services de l’État. Depuis la fin juillet, cette eau est progressivement rejetée dans la Loire.

Entre les crues hivernales et les fortes chaleurs estivales, la situation hydrologique du Maine-et-Loire a pourtant évolué. En février, les sols étaient saturés par les précipitations et la possibilité de diriger une partie de cette eau vers des parcelles agricoles n’avait pas été retenue. Quelques mois plus tard, alors que les besoins en eau des cultures pouvaient se faire sentir, cette hypothèse aurait-elle pu être réexaminée ?

« Ça n’a pas de sens économique »

Pour un agriculteur installé dans la commune, qui exploite une ferme d’une centaine d’hectares, l’idée de transformer cette réserve en ressource pour l’irrigation mérite surtout d’être confrontée aux réalités du terrain.

Pour l’agriculteur, le problème ne se résume pas au volume disponible. Encore faut-il pouvoir acheminer cette eau jusqu’aux parcelles. « Ça n’a pas de sens économique », estime-t-il. Il évoque les moyens de pompage nécessaires, les distances à parcourir et la construction de réseaux d’irrigation particulièrement importants.

« Il faudrait des réseaux monstrueux qui nécessiteraient des infrastructures lourdes », résume-t-il. Selon lui, la mise en place d’un tel dispositif aurait représenté un investissement disproportionné au regard des besoins et des contraintes des exploitations du secteur.

L’agriculteur pointe également le coût énergétique du pompage. « Des stratégies qui consisteraient à irriguer, ça coûte de l’électricité. Autant arrêter de produire du maïs », lance-t-il. Une formule volontairement provocatrice qui traduit ses réserves sur la pertinence d’une irrigation développée à partir d’une ressource éloignée des parcelles et pour de la monoculture. Selon son témoignage, des travaux sur les fossés ont été entrepris et le pompage a commencé en septembre. Il constate depuis une baisse du niveau de l’eau dans la carrière.

Pour cet agriculteur, la priorité aurait surtout été de vider la carrière et de réaliser rapidement les travaux d’endiguement. Dans cette logique, l’eau accumulée n’aurait pas été envisagée comme une réserve destinée à un usage ultérieur, mais comme un volume à évacuer pour permettre la poursuite des opérations.

De son côté, la préfecture du Maine-et-Loire indique que « l’autorisation de rejeter l’eau a été accordée par arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 23 juillet 2026, après instruction d’un dossier déposé par l’exploitant de la carrière auprès de l’autorité préfectorale ».

Les eaux pompées sont ensuite rejetées hors de l’excavation et s’écoulent par un fossé puis un chenal jusqu’à la Loire, où elle s’écoule naturellement par gravité. Le débit maximum de rejet autorisé est de 2000 m3/h.

« L’autorisation de rejet est accordée pour une durée de 18 mois. Elle prévoit que si le niveau de la Loire atteint +5 m NGF, le rejet doit être interrompu par l’exploitant. Cette durée de 18 mois doit permettre la vidange complète de la carrière. Les eaux de la Loire collectées dans la carrière pendant la crue sont restituées à la Loire », détaillent les services de la préfecture.

Cette dernière précise aussi qu’elle a interrogé les agriculteurs et maraîchers à plusieurs reprises sur la réutilisation de l’eau. Mais aucun besoin localement n’a été est remonté.

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