Quais d’Angers : qualité de l’air, biodiversité… ce que révèle l’expertise environnementale

Qualité de l'air, zones humides et îlots de chaleur : l'autorité environnementale demande des précisions sur le réaménagement des quais Ligny à Angers.
Qualité de l’air, zones humides et îlots de chaleur : l’autorité environnementale demande des précisions sur le réaménagement des quais Ligny à Angers.

À Angers, le projet de réaménagement des quais Ligny et du Roi de Pologne fait l’objet de plusieurs observations de l’autorité environnementale. Qualité de l’air, protection de la biodiversité, compensation des zones humides et îlots de chaleur : Alter Public a apporté des réponses, mais certains points devront encore être précisés. Le public peut consulter le dossier et déposer ses observations jusqu’au 4 novembre.

Au pied du château d’Angers, le paysage des quais Ligny et du Roi de Pologne doit évoluer. Le projet prévoit de nouveaux cheminements pour les piétons et les cyclistes, une passerelle, des espaces végétalisés et une nouvelle organisation des accès routiers. L’objectif affiché est de rapprocher davantage les Angevins de la Maine et de redonner une place à la nature sur ces berges urbaines.

Mais derrière les perspectives d’aménagement, plusieurs questions environnementales ont été soulevées. Dans son avis du 8 septembre 2026, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) a examiné l’étude d’impact du projet. Elle a demandé des compléments sur plusieurs sujets, notamment la qualité de l’air, la biodiversité et la lutte contre les îlots de chaleur.

Le document ne conclut pas à une irrégularité du projet. Il pointe toutefois des éléments qui, selon l’autorité environnementale, méritent d’être mieux documentés avant que les conséquences de l’aménagement puissent être pleinement appréciées.

La qualité de l’air doit encore être étudiée

C’est l’un des points soulevés par la MRAe. Le projet prévoit notamment une nouvelle voie d’entrecroisement de 172 mètres afin de faciliter les entrées et sorties de la voie des Berges. Cette modification doit permettre aux véhicules de rejoindre plus directement l’axe routier depuis le secteur du pont de Verdun.

Pour l’autorité environnementale, les conséquences de ces changements sur la circulation et les émissions polluantes doivent être évaluées plus précisément. Dans son avis, elle estime que l’étude d’impact repose encore trop largement sur des considérations générales et ne commente pas suffisamment l’évolution des émissions de polluants atmosphériques enregistrées à Angers.

En réponse, Alter Public indique qu’une étude doit être lancée avec Air Pays de la Loire. L’étude d’impact doit également être actualisée à partir des données du rapport annuel 2025 de l’organisme chargé de la surveillance de la qualité de l’air dans la région.

Ce rapport fait état d’une qualité de l’air qualifiée de moyenne pendant 75 % du temps en 2025 dans l’agglomération angevine. Des indices dégradés ou mauvais ont été relevés pendant 24 % du temps. Deux procédures d’information liées à des épisodes de pollution, concernant l’ozone et les particules fines PM10, ont également été mises en œuvre au cours de l’année.

Ces données décrivent la situation à l’échelle de l’agglomération. Elles ne permettent pas, à elles seules, de déterminer l’effet du futur aménagement sur les concentrations de polluants au niveau des quais.

C’est précisément ce que devra éclairer l’étude annoncée : le nouvel agencement de la circulation permettra-t-il de limiter certaines nuisances ou modifiera-t-il leur répartition autour du site ? Les résultats de cette analyse seront importants pour apprécier les effets concrets du projet.

Des zones humides à compenser au bord de la Maine

Autre sujet sensible : la protection des milieux naturels. Le secteur des quais comprend plusieurs habitats liés à la rivière, dont des prairies humides et des formations végétales présentes sur les berges.

Dans son avis, la MRAe relève que le prolongement d’un cheminement piéton doit entraîner la destruction permanente de 188 m² de zone humide. Le dossier prévoit une compensation, mais l’autorité environnementale considère que celle-ci n’est pas suffisamment définie à ce stade.

Deux possibilités sont évoquées : restaurer une friche herbacée pour favoriser le développement d’un milieu humide ou restaurer une galerie riveraine de saules blancs actuellement dégradée, notamment en supprimant les espèces végétales envahissantes.

La MRAe demande également qu’un suivi écologique permette de vérifier l’efficacité de la mesure retenue. Sans ce suivi, il serait difficile de savoir si la restauration annoncée produit réellement les effets attendus sur les milieux naturels.

Dans son mémoire en réponse, Alter Public détaille plusieurs mesures de protection des berges. Une clôture légère composée de poteaux et de cordelettes doit notamment délimiter une bande préservée de quatre à onze mètres le long de la cale Ligny. Ce dispositif vise à protéger la végétation des rives et la prairie humide inondable située en amont.

Un comité de gestion est également à l’étude. La direction des Parcs et Jardins de la Ville d’Angers ou la Ligue pour la protection des oiseaux pourraient y participer.

Ces mesures doivent contribuer à limiter les effets de la fréquentation humaine sur les espaces les plus fragiles. Reste à préciser comment sera organisée la gestion du site dans la durée et comment l’efficacité des mesures de compensation sera contrôlée.

La végétalisation suffira-t-elle à limiter la chaleur ?

La question des îlots de chaleur constitue un autre point de discussion. Dans une ville, les surfaces minérales peuvent emmagasiner de la chaleur pendant la journée puis la restituer la nuit, ce qui ralentit le refroidissement des espaces urbains.

Le projet angevin prévoit davantage de végétation, avec des plantations et des espaces paysagers. Mais la MRAe estime que cette évolution ne suffit pas à démontrer une réduction significative des îlots de chaleur.

L’autorité environnementale relève notamment que la création de gradins en béton peut accroître l’imperméabilisation de certaines surfaces. Elle demande une analyse plus globale des effets du projet sur la création d’îlots de fraîcheur et la réduction des zones les plus chaudes.

Alter Public défend pour sa part un bilan positif de la désimperméabilisation à l’échelle de l’aménagement, en mettant en avant les plantations et les espaces végétalisés prévus sur les parties hautes des quais. Le porteur du projet souligne que les gradins représentent une surface limitée au regard des autres interventions.

Le débat porte donc sur la manière de mesurer le résultat final. Davantage de végétation peut contribuer au rafraîchissement local, mais l’effet dépend aussi des surfaces conservées ou ajoutées, des matériaux utilisés et de l’organisation des espaces.

Pour les habitants, l’enjeu est concret : les quais seront-ils plus agréables à parcourir pendant les fortes chaleurs ? Les documents devront permettre de mieux apprécier cet effet attendu.

Un projet encore soumis à la participation du public

Le réaménagement des quais Ligny et du Roi de Pologne s’inscrit dans le programme Rives Vivantes, qui vise à transformer les berges de la Maine et à améliorer leur accessibilité. Le dossier fait actuellement l’objet d’une participation du public par voie électronique, organisée du 5 octobre au 4 novembre 2026.

Les habitants peuvent consulter l’étude d’impact, l’avis de la MRAe et le mémoire en réponse d’Alter Public sur le site de la Ville d’Angers. Ils peuvent également transmettre leurs observations à Angers Loire Métropole à l’adresse indiquée dans le dossier de participation.

Cette consultation intervient alors que plusieurs questions techniques doivent encore être précisées, notamment sur la qualité de l’air et le suivi des mesures écologiques.

L’avis de l’autorité environnementale ne constitue pas une décision défavorable au projet. Il permet en revanche d’identifier les points qui méritent une attention particulière avant la poursuite de la procédure d’autorisation.

Pour les Angevins, la question est désormais de savoir comment les engagements annoncés seront traduits dans les études complémentaires, puis dans la réalisation et la gestion des futurs quais.

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