Deux militaires morts à Angers : l’enquête révèle des défaillances qui auraient pu éviter le drame

Crédit Wikipédia – Le Pont de la Basse chaine à Angers / Mort de deux plongeurs militaires à Angers : l’enquête interne révèle des manquements dans la préparation et la sécurité de l’exercice nocturne.

Quatre mois après la mort de deux plongeurs militaires dans la Maine, à Angers, l’enquête interne de l’armée met en lumière une succession de manquements dans la préparation et la sécurité de l’exercice nocturne. Briefing incomplet, cavité non identifiée avant la plongée, intervention tardive du plongeur de sécurité… Les révélations donnent une nouvelle dimension à ce drame survenu sous le pont de la Basse-Chaîne.

Le drame avait profondément marqué Angers. Dans la nuit du 4 au 5 mai 2026, deux militaires perdaient la vie lors d’un exercice de plongée dans la Maine, en plein centre-ville. Plusieurs mois après les faits, les circonstances de leur mort prennent une tournure particulièrement préoccupante. Une enquête interne de l’armée fait apparaître plusieurs défaillances dans l’organisation et le déroulement de cet entraînement.

Les victimes étaient le sergent Bin Chen, du 1er régiment étranger du génie, et le caporal-chef Axel Delplanque, du 6e régiment du génie d’Angers. Tous deux participaient à une formation de plongeurs de combat du génie lorsqu’ils se sont retrouvés piégés dans une cavité située sous une pile du pont de la Basse-Chaîne.

À l’époque, les premières informations ne permettaient pas de comprendre précisément ce qui avait conduit à leur décès. Dans un article publié le 15 septembre dernier, Angers Info avait fait le point sur l’enquête judiciaire. Le parquet de Rennes attendait encore les résultats complets des examens toxicologiques et anatomopathologiques pour déterminer les causes exactes de la mort.

Aujourd’hui, les éléments issus de l’enquête interne de l’armée apportent un éclairage nouveau. Et plusieurs constats interrogent.

Une cavité sous le pont qui n’aurait pas dû être découverte pendant l’exercice

C’est l’un des éléments les plus troublants des rapports évoqués par France 3 et ICI Provence. Les deux plongeurs auraient découvert la présence d’une cavité sous une pile du pont au cours même de leur entraînement.

Pourtant, cette particularité de l’ouvrage était visible sur certaines photographies prises lorsque le niveau de la Maine était plus bas.

Autrement dit, cette configuration aurait potentiellement pu être repérée avant la plongée et intégrée à la préparation de l’exercice. Dans une opération sous-marine, particulièrement de nuit et dans une rivière où la visibilité est limitée, la connaissance précise de l’environnement constitue un élément essentiel de sécurité.

Les deux militaires se sont retrouvés piégés dans cette cavité. Les circonstances exactes de leur progression et de leur immobilisation restent toutefois à distinguer des conclusions de l’enquête interne sur la préparation de l’exercice.

Un briefing de sécurité sans les plongeurs

Autre élément relevé par les rapports : le briefing de sécurité organisé avant l’entraînement ne se serait pas déroulé dans les conditions attendues.

Selon les informations rapportées par ICI Provence, cette réunion aurait eu lieu uniquement en présence de l’encadrement, sans l’ensemble des plongeurs concernés.

Une situation qui ne correspondrait pas aux règles de sécurité appliquées dans la Marine nationale.

Ce briefing doit notamment permettre à chaque participant de connaître les conditions de l’opération, les risques identifiés, les consignes à respecter et les procédures à suivre en cas de difficulté.

L’absence des plongeurs à cette étape pose donc une question essentielle : comment les militaires pouvaient-ils disposer de toutes les informations nécessaires sur les risques de leur intervention ?

Le plongeur de sécurité n’était pas équipé au début de l’exercice

Les rapports font également état d’un autre dysfonctionnement concernant le dispositif de secours.

Le plongeur chargé d’assurer la sécurité de l’opération ne portait pas sa combinaison au début de l’exercice. Lorsque les appels au secours ont été entendus, cette absence d’équipement aurait retardé son intervention.

Dans une plongée militaire nocturne, le plongeur de sécurité constitue pourtant un maillon essentiel du dispositif. Il doit pouvoir intervenir rapidement si l’un des participants rencontre un problème.

Chaque minute compte lorsque des plongeurs sont en difficulté sous l’eau.

Ce retard potentiel constitue l’un des éléments les plus sensibles de cette enquête interne, même si les rapports ne permettent pas, à eux seuls, d’affirmer qu’une intervention plus rapide aurait nécessairement sauvé les deux militaires.

Un enchaînement de formations qui interroge

L’enquête interne pointe également l’organisation même de la formation suivie par les deux militaires.

Le stage se déroulait sur dix semaines. Il comprenait sept semaines de formation technique à l’école de plongée de Saint-Mandrier, dans le Var, sous l’autorité de la Marine nationale, puis trois semaines de formation tactique à Angers, consacrées aux opérations en eaux intérieures.

Au moment de l’accident, les deux hommes effectuaient leur seizième plongée sur les dix-sept prévues dans le cadre du module angevin.

Selon les informations rapportées par ICI Provence, cet enchaînement entre les deux formations ne correspondait pas aux pratiques de la Marine nationale.

Ce point mérite une attention particulière : les militaires avaient déjà suivi plusieurs semaines de formation technique avant d’aborder la phase tactique en eau douce. Les rapports soulèvent ainsi des interrogations sur la préparation et les conditions dans lesquelles les stagiaires ont été engagés dans cet exercice.

Le matériel n’est pas mis en cause

Un élément permet toutefois de distinguer les défaillances relevées dans l’organisation de l’entraînement d’un éventuel problème technique.

Selon les rapports cités par ICI Provence, le matériel utilisé par les deux plongeurs n’est pas mis en cause. Les équipements avaient été vérifiés en août 2025.

L’enquête interne s’oriente donc vers des questions de préparation, d’organisation et d’application des procédures de sécurité plutôt que vers une défaillance identifiée des équipements.

La préfecture maritime de la Méditerranée, sollicitée par ICI Provence au sujet de ces rapports, n’avait pas donné suite à la demande du média au moment de la publication de ces informations.

Une enquête judiciaire toujours attendue à Rennes

Ces révélations ne mettent pas pour autant un terme au volet judiciaire. Une enquête pour homicide involontaire a été ouverte sous l’autorité du parquet de Rennes, compétent en matière militaire.

En septembre, lorsque Angers Info avait interrogé le parquet sur l’avancée du dossier, le procureur adjoint de Rennes, Jean-Marie Blin, indiquait que les médecins légistes ne disposaient pas encore de conclusions certaines sur les causes du décès.

Les examens toxicologiques et anatomopathologiques complets étaient alors toujours attendus.

Les nouveaux éléments de l’enquête interne apportent désormais des réponses sur plusieurs dysfonctionnements possibles, mais ils ne doivent pas être confondus avec les conclusions définitives de l’enquête judiciaire.

Au-delà de l’émotion suscitée par la disparition de Bin Chen et Axel Delplanque, une question demeure : comment un exercice militaire de cette nature a-t-il pu être organisé dans ces conditions ?

À Angers, sous le pont de la Basse-Chaîne, le drame de la nuit du 4 au 5 mai n’a donc pas fini de soulever des questions. Et les révélations sur les conditions de sécurité de cette plongée donnent désormais une autre dimension à la disparition des deux militaires.

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