
Entre 3 300 manifestants selon les services de l’État et près de 5 000 selon un autre décompte, le centre-ville d’Angers a connu une nouvelle journée de mobilisation ce samedi 7 novembre 2026. Parti à 14 heures du jardin du Mail, le cortège de l’Acte IV a porté des revendications sur le pouvoir d’achat, la précarité étudiante, les services publics et les libertés. Mais la manifestation a également été marquée par des dégradations de commerces et de mobilier urbain, ainsi que des affrontements avec les forces de l’ordre, notamment boulevard Foch, où des gaz lacrymogènes ont été utilisés.
Au jardin du Mail, une mobilisation qui rassemble plusieurs générations
Il est 14 heures lorsque les premiers manifestants se retrouvent au jardin du Mail, à Angers. Pour ce quatrième acte de mobilisation, les participants entendent une nouvelle fois faire entendre leur opposition à la politique gouvernementale, dénoncer la vie chère et défendre leurs revendications sociales.
Le mouvement dépasse les seuls rangs des Gilets jaunes. Étudiants, militants, salariés et citoyens se retrouvent dans le même cortège, avec des préoccupations parfois différentes, mais un sentiment commun de ne pas être suffisamment entendus.
Le défilé s’élance boulevard de la Résistance-et-de-la-Déportation, en direction du centre de congrès. En tête, un groupe de militants antifascistes et révolutionnaires donne le rythme. Certains avancent derrière des parapluies noirs.
Sur les pancartes, les slogans témoignent d’une contestation qui dépasse la seule question du pouvoir d’achat. Boulevard Carnot, des étudiants et militants révolutionnaires défilent notamment derrière cette formule : « Ni chair à canon, ni chair à patron ».
Plus loin, en remontant le boulevard du Général-de-Gaulle, le long du château d’Angers, les chants se succèdent. Un groupe entonne notamment un slogan hostile à Jordan Bardella et à l’extrême droite. L’Internationale résonne également dans le cortège.
« On est venus pour faire entendre nos revendications, pas pour casser »
Dans le cortège, les motivations sont multiples. Pour certains, la priorité reste le pouvoir d’achat. Le prix des courses, les factures d’énergie, les loyers et les dépenses du quotidien alimentent le mécontentement.
D’autres sont venus défendre les services publics, dénoncer les inégalités ou exprimer leurs inquiétudes concernant l’avenir de la jeunesse. Chez les étudiants, la précarité et les difficultés à financer les études occupent une place importante.
« On travaille, on paie nos factures, mais à la fin du mois il ne reste plus grand-chose », pourrait résumer le sentiment de manifestants mobilisés contre la dégradation de leur pouvoir d’achat.
Chez les étudiants, les préoccupations sont également très concrètes. « On veut pouvoir étudier dans de bonnes conditions et ne pas devoir choisir entre se loger, manger et poursuivre ses études », résume une revendication portée par une partie des jeunes présents.
Tous ne sont toutefois pas venus chercher l’affrontement. Une partie importante du cortège poursuit sa marche dans le calme. Plusieurs participants tiennent à prendre leurs distances avec les agissements des groupes les plus offensifs. « On est venus défiler tranquillement. Ce qui se passe à l’avant ne représente pas l’ensemble des personnes présentes », résume l’un des messages exprimés par cette partie du mouvement.
Pour ces manifestants, les dégradations ne doivent pas faire oublier les raisons de leur présence dans les rues d’Angers : le pouvoir d’achat, les conditions de vie, les services publics et l’avenir des jeunes.
Les premières échauffourées avec les forces de l’ordre
Au fil de la progression, le climat change. Des groupes de manifestants, parmi lesquels des individus identifiés comme appartenant à la mouvance black bloc, cherchent à aller au contact du cordon de police.
Les premiers affrontements éclatent. Les forces de l’ordre utilisent des grenades lacrymogènes pour repousser les manifestants et empêcher les groupes les plus offensifs de poursuivre leur progression.
La situation devient particulièrement tendue dans le secteur du boulevard Foch. Les fumées se répandent sur la chaussée et contraignent plusieurs personnes à reculer.
Le contraste est alors marqué entre la tête du cortège, où se concentrent les tensions, et le reste du défilé, dont une partie des participants continue de porter ses revendications dans une ambiance plus calme.
Boulevard Foch, les gaz lacrymogènes font reculer les manifestants
À hauteur de la rue Saint-Aubin, les manifestants reculent sous l’effet des gaz lacrymogènes. Les fumées envahissent une partie du boulevard Foch. Pour ceux qui se trouvent à proximité, il devient difficile de poursuivre leur progression.
Les grenades lacrymogènes tirées par les forces de l’ordre marquent un nouveau tournant dans cette manifestation. Plusieurs participants cherchent à s’éloigner de la zone des affrontements.
Une agence bancaire CCF vandalisée, des vitrines brisées
En marge des affrontements, plusieurs dégradations sont constatées sur le parcours. Des commerces sont tagués et un panneau publicitaire situé devant la Chambre de commerce et d’industrie, boulevard du Roi-René, est vandalisé.
Une agence bancaire CCF est également particulièrement touchée. Sa porte est cassée et des individus pénètrent à l’intérieur de l’établissement. Un début d’incendie devant l’agence du Crédit Agricole a été éteint par les CRS et l’agence BNP Paribas de la place Pierre Mendès France a quant à elle été vandalisée.
À l’arrêt de tramway Foch-Maison Bleue, plusieurs vitres ont aussi été détruites. Ces dégâts matériels viennent alourdir le bilan de cette journée de mobilisation.
Ces scènes contrastent avec l’ambiance observée dans d’autres parties du cortège, où les participants continuent de défiler en scandant leurs revendications.
Entre 3 300 et près de 5 000 manifestants dans les rues d’Angers
Pour cette quatrième journée de mobilisation, les chiffres de participation témoignent d’un rassemblement important dans les rues angevines. Les services de l’État font état de 3 300 manifestants. Un autre décompte approche les 5 000 participants.
L’absence de drapeaux syndicaux sur le parcours souligne également la particularité de cette mobilisation, portée par des collectifs militants, des étudiants et des citoyens venus exprimer leur opposition.
Au terme de cette journée, Angers aura connu une manifestation aux deux visages. D’un côté, des participants venus défendre leurs revendications sociales et politiques dans le calme. De l’autre, des scènes de confrontation, des dégradations et des tirs de gaz lacrymogènes dans le centre-ville.
Un nouveau samedi de mobilisation qui laisse derrière lui des traces visibles dans plusieurs rues du centre d’Angers, mais aussi une question : comment faire entendre une colère sociale lorsque les incidents d’une partie du cortège prennent le dessus sur les revendications de nombreux manifestants ?