Justice
Audience solennelle de rentrée 2026 : à Angers, une justice sous tension mais résolument mobilisée

Le Tribunal judiciaire d’Angers a tenu, mardi 20 janvier 2026, son audience solennelle de rentrée, marquant la clôture de l’année judiciaire 2025 et l’ouverture officielle de la nouvelle année. Autour du président du tribunal, Benoît Giraud, et du procureur de la République, Éric Bouillard, étaient réunis les représentants de l’État, des collectivités, des forces de sécurité, du barreau, des professions judiciaires et des partenaires institutionnels.
Au-delà du rituel républicain, cette audience a permis de dresser un bilan chiffré précis de l’activité de la juridiction, révélateur des profondes mutations de la délinquance et des défis structurels auxquels la justice angevine est confrontée.
Une juridiction aux moyens renforcés mais encore fragiles
Le Tribunal judiciaire d’Angers dispose théoriquement de 36 magistrats du siège, pour un effectif réel de 32,1 équivalents temps plein, complété par un magistrat placé, cinq magistrats honoraires ou temporaires, neuf attachés de justice et trois assistants de justice.
Le parquet compte 11 magistrats, pour 10,2 ETP, appuyés notamment par treize délégués du procureur et plusieurs attachés de justice. Les services de greffe et fonctionnaires totalisent 146 postes, mais avec un effectif réel limité à 122,7 ETP, malgré le recours à des greffiers placés, contractuels, vacataires et volontaires en service civique
Sur le plan budgétaire, la juridiction a mobilisé environ 2,6 millions d’euros de frais de justice, 900 000 euros de frais de fonctionnement et 25 000 euros de budget de proximité, dans un contexte de forte contrainte financière.
Une mutation profonde de la délinquance
Le procureur de la République a souligné une évolution marquée de la délinquance entre 2019 et 2025 : les atteintes aux personnes ont progressé de 21 % pour la police et de 46 % pour la gendarmerie, tandis que les atteintes aux biens reculent fortement (–30 % pour la police, –24 % pour la gendarmerie). Les infractions économiques et financières connaissent quant à elles une hausse notable (+27 % police, +15 % gendarmerie)
Les violences conjugales, bien qu’en légère baisse (1 265 affaires nouvelles en 2025 contre 1 552 en 2023, soit –18 %), demeurent à un niveau élevé, tandis que les violences intrafamiliales hors conjugalité progressent de 24 %, avec une augmentation corrélative du nombre de victimes
Protection des victimes et de l’enfance : une activité soutenue
En 2025, près de 2 500 signalements ou échanges ont transité par la cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP). Dix bracelets anti-rapprochement et soixante-treize téléphones grave danger ont été remis, illustrant le renforcement des dispositifs de protection des victimes
La protection de l’enfance demeure un point de vigilance majeur, tant au civil qu’au pénal, dans un contexte de saturation des dispositifs d’accueil.
Une réponse pénale plus rapide et plus ferme
L’activité du parquet montre une hausse continue des défèrements, passés de 680 en 2019 à 1 768 en 2025. Les audiences pénales sont plus longues, traduisant la complexité croissante des dossiers, avec 1 570 heures d’audience en 2025, contre 1 032 en 2019, pour un nombre de dossiers traités en légère baisse
Les procédures simplifiées représentent désormais 65 % des poursuites, contre 61 % en 2024, tandis que les condamnations augmentent (+4 %). Le taux de prononcé de l’emprisonnement ferme atteint 38,9 %, en hausse de plus de deux points, avec un allongement significatif des peines, le quantum moyen passant de 9,8 à 13,1 mois. Les années d’emprisonnement ferme prononcées progressent de 47 %
Parallèlement, la politique de saisie des avoirs criminels s’intensifie fortement : 9,27 millions d’euros ont été saisis en 2025, contre 1,7 million en 2020.
Une activité civile globalement mieux maîtrisée
Au civil, la juridiction enregistre une amélioration notable de ses indicateurs. Les affaires terminées progressent plus vite que les affaires nouvelles, portant le taux de couverture à 95 %, avec un délai moyen ramené à 9 mois, contre 10,8 mois en 2024.
Les contentieux familiaux (JAF) connaissent également une amélioration des délais, tandis que le pôle social reste en difficulté, avec un taux de couverture en recul malgré une réduction des délais moyens
Une justice sous tension mais déterminée
Les discours du président du tribunal et du procureur de la République ont convergé sur un constat : la justice angevine tient, grâce à l’engagement des professionnels, mais demeure sous forte tension, notamment en matière de ressources humaines, de protection de l’enfance et de surpopulation carcérale — la maison d’arrêt d’Angers dépassant les 500 détenus.
En clôture, l’année judiciaire 2026 a été officiellement déclarée ouverte, dans un esprit de vigilance démocratique, de fermeté pénale et d’exigence d’humanité, rappelant que la justice reste avant tout une œuvre collective au service de la société.
