Angers
La 38ème édition de Premiers Plans officiellement clôturée, une cérémonie rassurante

Après un marathon d’une semaine, le festival Premier Plan a clôturé hier soir sa 38ème édition. Une réussite puisque les salles angevines ont accueilli près de 83 000 personnes dont 30 000 moins de 25 ans. Après la remise des différents prix, le film irakien « Le gâteau du président » d’Hasan Hadi a été projeté en avant-première.
Samedi soir, le festival Premier Plan a clôturé son édition 2026. Cette année encore, la magie a opéré, les spectateurs ont été conquis, et les chiffres sont bons voire très bons. On parle d’environ 83 000 spectateurs en salle comme l’année passée. Une performance d’autant plus remarquable que l’organisation a dû composer avec des vents contraires. « Nous avons un peu réduit notre offre de programmation pour des raisons économiques et les incompréhensibles décisions régionales », explique Claude Eric Poiroux, avant de saluer la jeunesse qui s’est emparée du festival. « Ces moins de 25 ans ont été, cette année encore, près de 30 000 à fréquenter le festival, et ce malgré, vous le savez, les diminutions du pass culture ». Thomas Cailley, président du jury longs métrages, n’a pas manqué de relever cette singularité propre au festival. « C’est d’autant plus émouvant que ces salles sont remplies de lycéens, d’étudiants, du public scolaire. Tous, je crois, tous les invités, tous les jurys, étaient impressionnés par l’importance ici du public jeune » explique le réalisateur. L’occasion aussi lors de cette clôture d’entendre une dernière fois la tradition que les habitués connaissent bien, ce battement de mains à l’unisson, un rituel né presque par hasard. « L’anecdote que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, c’est Michel Piccoli qui, un soir, a lancé ce rituel en montant sur scène, en se mettant à danser sur la musique du final ensemble. Évidemment, tout le monde applaudit, se joint à lui et depuis, toute la salle bat des mains au début de chaque séance » a souligné Claude Eric Poiroux.
Le triomphe de « Les Dimanches » et l’émotion de « Sorda »
Côté compétition, le jury a couronné Les Dimanches d’Alauda Ruiz de Azúa, qui remporte le Grand Prix du Jury Longs Métrages Européens. Il n’est pas le seul film espagnol à avoir marqué les esprits, puisque Sorda d’Eva Libertad repart avec une Mention Spéciale du Jury, le Prix des Activités Sociales de l’énergie et surtout le Prix d’interprétation féminine pour Miriam Garlo. « Cette actrice nous offre une partition exceptionnelle tout en nous rappelant que le cinéma est aussi un langage du corps, du geste et du regard. Grâce à son interprétation, le film devient une expérience physique, sensorielle et politique qui nous invite à ressentir ce que signifie vivre dans un monde qui n’est pas pensé pour nous » explique le jury. Sur scène, l’émotion de Miriam Garlo était palpable. « C’est la première fois que je reçois un prix en France, j’ai eu beaucoup d’émotions et j’étais très contente. Eva Libertad m’a aussi raconté qu’il y avait beaucoup de personnes sourdes dans le public » nous dit l’actrice.
Entre émotion et message politiques pour les courts métrages
La compétition des courts métrages européens a vu le sacre d’Eraserhead dans un filet à provisions de Lili Koss. La réalisatrice bulgare a dédié sa victoire à son amie restée au pays, tout en ayant du mal à contenir son émotion. « Ce prix me donne de l’espoir, parce que, drôlement, ce film parle d’une fille qui se bat contre le monde entier pour regarder le film qu’elle a envie de voir. » Côté français, le Grand Prix a été attribué à Ne réveillez pas l’enfant qui dort de Kevin Aubert. Le jury a salué une œuvre qui « transforme un acte de refus intime en geste profondément politique » où « le sommeil d’une adolescente devient une forme de résistance silencieuse ». « Ça me touche particulièrement parce que le Festival Premiers Plans, c’est un festival que j’adore et être récompensé dans ce type de festival aussi prestigieux, c’est vraiment un gage de fierté et d’honneur immense » ajoute le réalisateur, très ému. Une mention spéciale a également été décernée au documentaire Still Playing de Mohamed Mesbah. Le film aborde la guerre à travers le prisme singulier du jeu vidéo. Le réalisateur a profité de la tribune pour rappeler le contexte dramatique de son sujet. « Il y a eu des images absolument terribles depuis plusieurs années, mais il faut savoir que la Palestine, depuis 78 ans, lutte pour sa dignité et sa justice », dénonce-t-il.
La relève est assurée, comme toujours
La section Films d’Écoles a récompensé Skin on Skin de Simon Schneckenburger. Le jeune réalisateur allemand s’est dit impressionné par la dimension de l’événement. « Je suis certain que notre film n’a jamais été montré dans une salle si grande, c’est vraiment quelque chose de spécial » raconte le réalisateur. Enfin, les prix d’interprétation ont permis de saluer de jeunes talents prometteurs. Outre Miriam Garlo, le jury a distingué Léandre Perrin pour son rôle dans Léandre à l’été. Une récompense que l’acteur a reçue avec humilité, rendant hommage à son réalisateur. « Merci à toi Léandre pour ta confiance. Je pense que ce prix est une juste récompense à la fois pour toi, qui tu es, et ton travail sur le film qui a été exceptionnel ».
Un film irakien en avant-première
Comme le veut la tradition, la cérémonie était complétée d’une projection. Lors de l’ouverture, Fabrice Luchini était venu présenter son film sur Victor Hugo sans vraiment convaincre. Samedi soir, c’est Hasan Hadi qui a accompagné la projection de son film « Le gâteau du président », une œuvre qui a notamment remporté la Caméra d’Or lors de la Quinzaine des Réalisateurs du dernier festival de Cannes. « Quand j’étais jeune, comme tous les Irakiens, je ne pouvais pas voyager. Nous n’avions pas accès au cinéma, j’ai connu cet art avec des VHS qui m’ont permis de voyager autour du monde et de découvrir d’autres personnes » explique le réalisateur irakien. « J’espère que ce film sera le passeport qui vous fera voyager dans le temps et voir l’Irak des années 90. » Pas la même intention, et pas le même rendu que pour le film de Luchini, c’est une évidence. Le film d’Hasan Hadi est d’une beauté visuelle précieuse et d’une immersion plutôt bien pensée. Une fable politique bouleversante à découvrir dans les salles françaises le 4 février prochain.
Cette 38e édition se clôt donc sur un sentiment de réussite collective. « On aimerait vraiment que la société ressemble un peu plus souvent à un festival que l’on attend », résume Thomas Cailley. Le rendez-vous est pris pour l’année prochaine, avec la promesse de faire résonner à nouveau les applaudissements de milliers de passionnés venus de tous les horizons, dans les salles angevines.
