Au CHU d’Angers, la canicule s’éloigne mais l’hôpital reste sous pression
Les températures ont enfin baissé. Dans les couloirs du CHU d’Angers, pourtant, personne ne parle encore de retour à la normale. Une semaine après le déclenchement du Plan Blanc, les équipes continuent de gérer les conséquences d’un épisode caniculaire qui aura mis à rude épreuve les urgences, le SAMU et les capacités d’hospitalisation.

L’effet rebond de la canicule
Le pic de chaleur est passé, mais ses effets, eux, continuent d’arriver aux portes de l’hôpital. Depuis le mardi 23 juin, le CHU d’Angers fonctionne sous le régime du niveau 2 du Plan Blanc. Et ce dispositif exceptionnel n’est pas près d’être levé : il restera en vigueur tant que l’Agence régionale de santé des Pays de la Loire ne mettra pas fin au Plan Blanc territorial.
Car les patients continuent d’affluer. Lundi 29 juin, les urgences adultes ont enregistré 210 passages, un niveau proche des records observés lors de la précédente vague de chaleur du début du mois. Plus marquant encore, plus d’un patient sur quatre accueilli ce jour-là a dû être hospitalisé. Une proportion bien supérieure à celle habituellement constatée, notamment chez les personnes âgées de plus de 75 ans, particulièrement fragilisées par les fortes températures.
« C’est l’effet rebond de la canicule », résume en substance le CHU. Les complications surviennent parfois plusieurs jours après les épisodes de forte chaleur, retardant le retour à une activité normale.
Le Centre 15 a vécu une semaine hors norme
Avant même l’arrivée des patients aux urgences, c’est le Centre 15 qui a encaissé le premier choc.
Au plus fort de la crise, les téléphones n’ont quasiment jamais cessé de sonner. Le samedi 27 juin, les régulateurs ont reçu 2 439 appels, contre une moyenne habituelle de 925 à cette période de l’année. Les journées précédentes avaient déjà affiché des hausses comprises entre 120 et 160 %.
Depuis lundi, la pression commence à diminuer. Le nombre d’appels reste toutefois près de deux fois supérieur à celui observé lors d’un mois de juin classique.
Même évolution pour le SMUR. Jeudi 25 juin, les équipes mobiles avaient réalisé 24 sorties pour des urgences vitales, soit trois fois plus que la normale. Quatre jours plus tard, elles n’étaient plus que neuf. Surtout, aucun déplacement pour hyperthermie maligne n’a été nécessaire au cours des dernières quarante-huit heures, un signe encourageant de l’amélioration de la situation.
Libérer des lits, coûte que coûte
Pour absorber cet afflux, l’hôpital a dû revoir toute son organisation.
Depuis une semaine, les interventions chirurgicales non urgentes et certaines hospitalisations programmées ont été repoussées. Au total, près de 160 opérations et consultations ont été déprogrammées afin de réserver des lits aux patients arrivant des urgences.
Une stratégie qui commence à produire ses effets. Avec le retour de températures plus supportables, le CHU a engagé la réouverture progressive de 75 lits jusque-là fermés dans plusieurs services, notamment en cardiologie, en médecine interne et en chirurgie ambulatoire.
Mais l’établissement ne desserre pas totalement l’étau. Huit lits supplémentaires restent ouverts en gériatrie et en soins médicaux de réadaptation, tandis que quinze lits de médecine interne et d’endocrinologie, initialement destinés à des hospitalisations de semaine, demeurent transformés en lits d’hospitalisation complète jusqu’à la fin de la semaine.
Le message adressé aux patients est d’ailleurs clair : sauf appel de l’hôpital, les rendez-vous sont maintenus. Les personnes concernées par une déprogrammation seront recontactées pour fixer une nouvelle date.
Mieux préparer les prochaines vagues de chaleur
Cette crise laisse déjà des enseignements.
À l’EHPAD Saint-Nicolas, où le Plan Bleu reste activé, les mesures de prévention se poursuivent et les effectifs sont renforcés pour l’été avec l’arrivée progressive de onze agents supplémentaires.
Le confort thermique devient également une priorité. De nouveaux climatiseurs sont installés dans plusieurs secteurs sensibles, notamment aux urgences adultes et en chirurgie ambulatoire. D’autres équipements sont attendus dans le cadre des dotations nationales, même si les délais restent inconnus.
Surtout, le CHU veut désormais intégrer la chaleur dans sa manière d’organiser l’hôpital. Une cartographie des services les plus exposés est en cours de réalisation. À l’avenir, ce critère pèsera dans les décisions de fermeture estivale de lits afin de maintenir ouverts les secteurs les plus adaptés lors des épisodes caniculaires.
Une évolution qui témoigne d’une réalité désormais bien installée : les vagues de chaleur ne sont plus des événements exceptionnels mais deviennent un paramètre durable de l’organisation hospitalière.
Une mobilisation qui se poursuit
Chaque matin depuis le 22 juin, la cellule de crise du CHU se réunit pour ajuster les moyens en fonction de l’évolution de la situation.
Grâce à la solidarité entre les établissements de santé du département, tous placés sous Plan Blanc à la demande de l’ARS, des capacités d’hospitalisation supplémentaires ont pu être mobilisées.
Pour autant, au CHU d’Angers, personne ne considère la crise comme terminée. Les températures ont baissé. La tension, elle, ne redescend que progressivement.


