Pas de câlins, pas de bisous, pas d’enfants sur les genoux : la nouvelle charte périscolaire de la rentrée à Angers fait réagir les parents
Après les accusations de violences sexuelles visant des animateurs dans deux écoles angevines, la Ville d’Angers fait évoluer son organisation pour la rentrée scolaire. Une nouvelle charte des « bonnes postures » encadre désormais très précisément les comportements des animateurs et des agents auprès des enfants. Des mesures destinées à mieux protéger les élèves, mais qui suscitent aussi des interrogations chez certains parents.

Ce lundi matin, alors que les élèves retrouvaient le chemin de l’école, une nouvelle consigne s’est invitée dans les discussions des parents d’élèves angevins : la Ville a profondément revu ses pratiques dans les temps périscolaires, à la suite des affaires récentes ayant concerné des animateurs et des accusations de violences sexuelles dans deux écoles de la ville.
Objectif affiché : renforcer la protection des enfants et clarifier les comportements professionnels attendus des agents qui travaillent quotidiennement auprès d’eux. Pour accompagner cette évolution, la municipalité a publié sur son site internet une charte des bonnes postures, destinée à être accessible aussi bien aux familles qu’aux professionnels. Le document fixe notamment des règles précises concernant les contacts physiques, l’accompagnement aux sanitaires, l’utilisation des téléphones ou encore le droit à l’image.
« En gros, on comprend qu’il n’y a pas de câlins ou pas de contact physique si un enfant est triste », indique un parent d’élève. En clair, les contacts physiques sont désormais strictement encadrés. La règle est clairement posée : un animateur ou un agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM) ne doit pas solliciter lui-même une interaction affective avec un enfant.
Autrement dit, pas question de demander à un élève de venir dans ses bras ou de s’installer sur ses genoux. Les professionnels ne doivent pas non plus provoquer de câlins, de bisous ou de caresse dans le dos ou sur la tête.
La charte, décrite comme très stricte par les parents rencontrés, prévoit toutefois le cas où l’enfant serait lui-même à l’initiative d’un contact physique. « Si un enfant vient spontanément s’asseoir sur les genoux d’un adulte, celui-ci doit limiter la durée de cette interaction et adopter une posture professionnelle permettant de préserver la sécurité et la distance nécessaires. »
Des consignes qui peuvent paraître très précises, voire inhabituelles, dans des métiers où les adultes sont aussi amenés à rassurer, consoler et accompagner de jeunes enfants au quotidien.
Aux toilettes, davantage de transparence
Autre situation désormais particulièrement encadrée : l’accompagnement d’un enfant aux sanitaires. Lorsqu’un professionnel doit accompagner seul un enfant, il doit en informer ses collègues. L’adulte doit rester à l’entrée des sanitaires, afin de préserver à la fois la sécurité de l’enfant et son intimité.
La charte rappelle également que les gestes d’hygiène ne doivent pas être réalisés systématiquement à la place de l’enfant. L’objectif est de favoriser son autonomie tout en intervenant lorsque cela est réellement nécessaire.
Une évolution qui vise notamment à éviter qu’un adulte et un enfant se retrouvent isolés sans que les autres professionnels sachent où ils se trouvent.
Téléphones portables et photos : fin des prises de vue personnelles
La Ville a également renforcé les règles concernant les téléphones et le droit à l’image. Il est désormais interdit aux agents de photographier ou de filmer les enfants avec leur téléphone ou un appareil personnel. Les photos et vidéos ne peuvent être réalisées que dans le cadre d’un droit à l’image préalablement organisé et sollicité auprès des parents, et avec un appareil appartenant à la collectivité.
Là encore, le principe est celui de la traçabilité et de la limitation des usages personnels des images d’enfants.
Une nouvelle organisation pour la sieste
La rentrée s’accompagne également d’un changement dans la surveillance de la sieste en maternelle. Dans chaque école, le temps de repos des plus petits sera placé sous la supervision d’un professionnel dédié. Puis, après les vacances de la Toussaint, une organisation spécifique des services doit permettre d’assurer la présence de deux agents dans les dortoirs.
Une mesure qui doit notamment limiter les situations dans lesquelles un adulte se retrouverait seul avec plusieurs enfants dans un espace isolé.
Des mesures nécessaires… ou un « parapluie juridique » ?
Pour la municipalité, ces nouvelles règles doivent permettre de sécuriser les pratiques professionnelles et de mieux protéger les enfants comme les agents. Elles interviennent dans un contexte particulièrement sensible, après les accusations récentes qui ont profondément marqué les communautés éducatives concernées.
Mais ce lundi matin, les nouvelles consignes interrogent aussi certains parents. « Franchement, est-ce qu’ils sont obligés d’aller si loin ? Ce n’est pas aux parents ou à l’enfant de s’adapter à des encadrants pédophiles. C’est à la Ville de trier son personnel et le former », lance cette mère de famille.
Alors peut-on encore consoler naturellement un enfant qui pleure sans craindre de dépasser une limite ? Et ces règles constituent-elles avant tout un outil de protection des enfants ou également une façon, pour la collectivité, de se prémunir juridiquement contre de futures accusations ?
À Angers, cette rentrée marque donc un changement de culture dans les temps périscolaires. Reste désormais à voir comment ces nouvelles règles seront vécues sur le terrain…

en partenariat avec REGIEPRO


