Angers

« Ces publicités nous sont imposées » Trois militants poursuivis par le géant JCDecaux pour des actions anti-pub

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Trois militants d’Extinction Rebellion se retrouve devant la justice aujourd’hui à Angers pour une action anti-pub / Crédit: Extinction Rebellion Angers

Ce midi, plusieurs personnes se réuniront devant le palais de justice d’Angers à l’initiative du mouvement de désobéissance civile Extinction Rebellion. La cause, la présence devant le tribunal correctionnel d’Angers de trois de leurs militants.

Ce jeudi, trois militants du mouvement Extinction Rebellion sont convoqués en audience au tribunal correctionnel d’Angers sous les coups de 13h45. Il leur est reproché des faits de « soustraction frauduleuse d’affiches publicitaires » après une action de désobéissance civile anti pub menée juste avant le Black Friday 2024. Plusieurs personnes se rendront ainsi devant le palais de justice pour apporter leur soutien aux trois prévenus. Une cagnotte a aussi été lancée en ligne pour amortir les frais liés aux procès.

En cause, une action anti-pub

Dans la nuit du 21 au 22 novembre, une trentaine de militants d’extinction rébellion ont mené une action contre la publicité agressive. Nommée « nuit blanche », cette soirée avait pour but de dénoncer la surconsommation et la pollution visuelle de plusieurs centaines de panneaux publicitaires qui pullulent à Angers. « C’était une action qui consistait à décrocher des publicités pour libérer les rues angevines, au moins le temps d’un week-end. Et puis, d’avoir un écran blanc au lieu d’avoir une publicité, ça interpelle. » explique Melaine, un des accusés. En tout, l’action réalisée par les membres du mouvement Extinction Rébellion Angers a touché près de 291 abribus, 236 panneaux de 2m², 129 panneaux de 8m² et plus, et 16 panneaux numériques. Une opération massive dont la date n’avait rien d’un hasard du calendrier ou d’une coïncidence fortuite, à une semaine du Black Friday. « Elle était prévue pour, justement, faire une action contre la pub et contre le Black Friday communément. » ajoute Vincent qui est lui aussi sur le banc des accusés aujourd’hui, « Comme les deux sont très liés, souvent, il y a beaucoup de pubs agressives à ce moment de l’année, c’était l’occasion de lier les deux. ». Au-delà de l’incitation à la surconsommation, les militants dénoncent un gaspillage énergétique, un effet néfaste sur la biodiversité et de la pollution lumineuse comme d’un problème de santé publique. Une action renouvelée cette année aux mêmes dates.

Une plainte déposée par JCDecaux

Offrir un week-end sans publicité aux angevins, c’était tout l’objectif. Si l’action n’a pas manqué de faire réagir, l’entreprise JCDecaux n’a pas tardé à répondre, elle qui reste très présente à Angers de par un contrat passé avec ALM qui gère plus d’un million de faces publicitaires dans 80 pays. JCDecaux a l’habitude de porter plainte pour « dégradation », mais ici le retrait des affiches a été qualifié de « soustraction frauduleuse d’affiches publicitaires ». « La dégradation est de plus en plus régulièrement perdue par JC Decaux lorsqu’il porte plainte. Il y a eu un cas à Besançon en 2024 où, pour dégradation, le prévenu a été relaxé. » explique Vincent, « Dans notre cas, les faits ont été définit à l’issue d’une enquête. ». Avec cette modification, ils risquent tous les trois jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, contre une simple contravention de 1 500 euros d’amende pour des dégradations légères et jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amendes pour des dégradations lourdes, c’est à dire s’il y a une dégradation des supports ou non.

L’action comme dernier recours à leur expression

Les trois hommes se trouvaient sur Foch au niveau de la mairie lorsque la police est venue à leur rencontre. Affectés à cette zone, ils sont repérés à cause des caméras de surveillance. Les agents ont ensuite procédé à des contrôles d’identités, menant par la suite à des convocations à une audition libre des suites de la plainte de JCDecaux. Ils le savent, si leurs actions peuvent découler sur une médiatisation, un procès aussi. « On n’y va pas avec plaisir, mais on s’en sert comme une tribune. » ajoute Vincent qui avoue aussi que le dialogue avec la ville est rompu. À quelques semaines des municipales, les militants d’extinction rébellion espèrent que leurs actions vont inscrire le sujet de la publicité au sein des élections locales, permettant un retour des discussions avec la mairie. « On ne souhaite pas la suppression de tous les panneaux publicitaires de la ville » affirme Melaine, « Une chose est sûre, les actions contre les pubs continueront tant que ces dernières s’imposeront à nous ».

L’histoire ne s’arrête pas là

Au-delà de cette action et après la tenue du procès, les militants d’extinction rébellion sont clairs, ils veulent continuer d’agir en pointant notamment du doigt un flou concernant condition d’affichage non respectée par JCDecaux. « Nous avons repéré des panneaux de 8m2 dans des zones limitées à 2m2 » affirme Melaine, qui se base sur l’adoption d’un nouveau règlement local de publicité intercommunal en 2020, qui a imposé une réduction drastique des formats dans certaines zones à Angers. L’entreprise qui n’en est pas à son premier coup d’essai puisqu’en 2013, c’est France Nature Environnement Anjou qui dénonçait une violation du code de l’environnement de la part de JCDecaux qui avait installé un panneau de publicité lumineuse à moins de 100 mètres d’un monument, le château d’Angers, ce qui est interdit à l’intérieur des agglomérations.

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